La première raison à cela, c’est que concurrencer les banques n’est pas chose simple. Notamment quand il s’agit de séduire le grand public. Pour le toucher, les Fintech doivent franchir de nombreux obstacles, et non des moindres, parmi lesquels la mise en conformité avec les règles du marché bancaire, la gestion des relations avec les clients qui ne tolèrent pas le moindre problème technique lorsqu’il s’agit de leurs finances et, plus généralement, bâtir la confiance, socle nécessaire pour qui veut conquérir le marché de la finance. S’attaquer à ces problématiques coûte cher et impacte très fortement le modèle d’affaire de ces start-up qui deviennent nettement moins intéressantes pour les investisseurs. A cela s’ajoute le problème de l’accès au marché, et de la bataille que devront livrer ces jeunes pousses pour être visibles alors que les investissements marketing consentis chaque année par les groupes bancaires sont conséquents. Répondre à ces fortes contraintes risque donc de coûter cher aux Fintechs, et donc de peser sur la rentabilité de leur modèle ! Quelques élues y arriveront, les autres devront revoir leur stratégie de développement. Cette révision peut les amener à préférer s’appuyer sur les banques classiques pour accéder au marché. C’est particulièrement visible dans l’univers des robo-advisors (robots conseillers) qui peinent à trouver la traction nécessaire pour attirer l’attention des investisseurs.

Nombreuses sont les Fintech qui font donc le choix du pivot en repackageant leur offre historiquement destinée au grand public pour les banques.

Il en va de même pour les agrégateurs de comptes à l’image de Budget Insight ou de Linxo qui, malgré un contexte réglementaire favorable (notamment la directive européenne sur les services de paiement qui obligera les banques à ouvrir leurs données et permettra aux agrégateurs d’initier des transactions), ont fait le choix de proposer leur offre aux banques. Mais ce n’est pas parce que la donne change que les groupes bancaires peuvent se dire qu’ils ont gagné la bataille et se reposer sur leurs lauriers. Force est de constater que ces Fintechs apportent un esprit d’innovation et des idées qui viennent dépoussiérer le monde de la finance. Ils ont donc tout intérêt à s’ouvrir aux start-up et, pourquoi pas, à y investir. 

Si les niveaux d’investissement varient en fonction de la stratégie de chaque groupe bancaire, aucun ne fait l’impasse aujourd’hui sur l'écosystème Fintech.

Un écosystème qui permet, selon les cas, d’externaliser, d’accélérer une partie de la R&D, ou de traiter un sujet innovant sur lequel la banque n’avait pas voulu ou pu investir. Pour les établissements financiers, cela représente une formidable opportunité d’accélérer leur transformation digitale ! Ces récentes évolutions rebattent largement les cartes et ouvrent de nouveaux enjeux. Les start-up vont devoir s’adapter à leur nouvelle cible et faire des concessions. Le traitement réservé aux données par exemple, constitue souvent un point complexe. Elles devront également faire preuve de maturité dans la relation commerciale, car si convaincre une banque reste accessible, il sera beaucoup plus compliqué de toutes les transformer en client. En effet, on observe, à tort ou à raison, que certaines auront quelques réticences à proposer les mêmes fonctionnalités que leurs concurrents. De leur côté, les banques devront proposer des dispositifs d’investissement attractifs pour les entrepreneurs qui réfléchiront à deux fois avant d’accepter à leur “board” leur principal client, au risque de réduire leurs chances de travailler avec d’autres banques. Car encore une fois, c’est moins leur argent que leurs canaux de distribution qui intéresseront les start-up. Les banques devront ensuite être capables de promouvoir ces jeunes pousses auprès de leurs clients tout en laissant une liberté opérationnelle et stratégique aux fondateurs. Pas si simple au regard des enjeux existant en terme de sécurité et des organisations en place !


Les Fintech ne disrupteront donc peut-être pas les banques mais elles auront toute leur attention et seront, de plus en plus, une des composantes de leurs stratégies de développement. Aux plus malines et aux plus efficaces de saisir les bonnes occasions.


Rédigé par Emmanuel Touboul
Directeur de Launchpad (Accélérateur start-up) - L'Atelier BNP Paribas