Chroma.fund propose une approche disruptive du crowdfunding de projets : exit la donation, bonjour l’investissement, le tout grâce au Bitcoin et la blockchain.

Le crowdfunding se réinvente grâce au bitcoin

Les fondateurs de Chroma.fund proposent de réinventer le financement participatif de start-up, petits commerces ou autres projets multimédia. Dans la forme, rien ne change pour les contributeurs : la plateforme se présente comme ses concurrents Kickstarter, KissKissBankBank ou encore Touscoprod en France. Néanmoins, quand une personne souhaite participer au financement d’une campagne sur Chroma.fund, celle-ci n’effectue pas une donation mais bel et bien un investissement.

L'équipe de ChromaFund

L'équipe de Chroma.fund, de gauche à droite : Leif Schackelford, Marcus Estes, Adam Wong, K. Mike Merrill

En effet, les entrepreneurs en recherche de financements, en créant une campagne sur le site de Chroma.fund, émettent des Chroma.Coin, soit une fraction de bitcoin brandé, de sorte qu’ils ne vendent pas un pourcentage du capital de leur entreprise mais de leurs futurs revenus.

Investir dans les futurs revenus de l’entreprise

Cas typique : dans le cadre de la réalisation d’un film à petit budget, un réalisateur doit constituer une équipe qu’il ne peut payer qu’avec une part des recettes en devenir. Celui-ci peut alors émettre des Chroma.coins à distribuer correspondant à un certain pourcentage des recettes futures du film. Une fois l’équipe constituée, le film achevé et les bénéfices engrangés, les investisseurs pourront alors présenter leurs coins et recevoir leur paiement : Chroma.fund verse automatiquement la rémunération des investisseurs sur leur compte en banque.

Ce système ne requiert pas le présence d’un tiers parti, la société de courtage habituelle lors des transactions sur les marchés financiers : « quand vous achetez une action de Wall Street, vous avez besoin d’un intermédiaire dans le processus de transaction. Dans notre cas, nous ne dépendons pas d’un broker. Quand une personne investit sur Chroma.Fund en dollars avec une carte de crédit ou de débit classique, en 40 minutes environ, nous enregistrons la transaction via la blockchain, sorte de grand livre comptable public. Cette même personne est alors en possession de ce que nous appelons un certificat Chroma.coin », explique Marcus Estes, co-fondateur de Chroma.fund. Et la transaction via Chroma.fund serait plus sécurisée que les systèmes de certification traditionnels, la blockchain reposant sur un réseau de données cryptographiées. Elle est aussi opérée automatiquement par un « contrat intelligent ».

Des « contrats intelligents » pour opérer les transactions

Le terme est aujourd’hui à la mode : dans l’univers du bictoin et de la blockchain, on ne parle plus que des smart contracts, ou « contrats intelligents ». Dans le cas de Chroma.fund, il s’agit d’une rémunération future sous condition. La condition, dans l’exemple mentionné, est atteinte lorsque le projet dépasse un certain seuil de bénéfice.

En pratique, un contrat intelligent est un programme informatique qui fonctionne selon le principe « IF », « THEN » (« SI », « ALORS »). Ici, en reprenant l’exemple du film, le contrat intelligent fonctionne schématiquement comme ceci: « SI le projet financé devient bénéficiaire à hauteur de X%, ALORS il faut reverser Y dollars aux investisseurs ».

Si le principe n’a rien de révolutionnaire, son exécution entièrement automatisée l’est. En effet, ici, la chambre d’enregistrement des conditions n’est pas un notaire ou une quelconque entité juridique. C’est un programme informatique qui autorise ou refuse des transactions. Et si l’on fait confiance à ce programme informatique, c’est parce que la transaction est elle-même totalement sécurisée (notamment parce qu’elle est immédiatement enregistrée par tous les ordinateurs qui participent au protocole bitcoin).

La plateforme Chroma.fund

Un Wall Street accessible à tous

Pour l’instant, Chroma.fund n’existe et n’est rendu possible que dans l’état de l’Oregon. Le droit boursier aux États-Unis, en particulier la National Security Law, stipule que seuls les investisseurs disposant d’un certain revenu et d’un certain capital sont autorisés à investir sur les marchés financiers. « Autrement dit, seuls des investisseurs qu’on pourrait qualifier de très riches peuvent se rendre sur les marchés aujourd’hui aux États-Unis ». Mais l’état de l’Oregon fait exception à la loi, grâce à « the Oregon Intrastate Offering Exemption » en permettant à des revenus moyens d’investir dans la limite de 250 000 dollars. « C’est ainsi que nous sommes en droit de lancer Chroma.fund en Oregon et peut-être bientôt dans d’autres états des États-Unis qui s’intéressent au sujet ».

Au delà de transcender la nature des plateformes de crowdfunding, la visée de Chroma.fund s’inscrit dans une démarche plus vaste encore : « investir sur Chroma.fund, c’est contribuer à créer la nouvelle génération de marchés financiers qui servent l’économie locale », nous dit le site de la plateforme. Marcus poursuit : « nous souhaitons que même les petites entreprises et les start-up puissent investir sur les marchés financiers. Nous essayons de construire une place de marché accessible à tous ».

Avec la contribution de Pierre Pariente

Rédigé par Pauline Canteneur