Rencontré au NextGenBanking Nordics 2016, le cofondateur de la “Fintech la plus prometteuse de Scandinavie” revient sur l’intérêt et l’importance de cibler les petites entreprises… et sur l’évolution de la sienne. Interview.

La “Fintech la plus prometteuse de Scandinavie” s’intéresse aux PME

Il y a plus de 350 000 petites entreprises en Finlande. Près d’un quart de la population y travaille : 1,4 millions de personnes sur les 5,5 millions d’habitants que compte le pays. Pourtant, “c’est un marché très mal desservi”, comme l’a constaté Mattias Hansson, cofondateur et CEO de Zervant, rencontré au NextGenBanking Nordics 2016 à Helsinki. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui l’a poussé à lancer sa fintech de facturation : “on a voulu créer les outils qui n’étaient pas disponibles quand on dirigeait des petites entreprises”. C’était en 2010.

Depuis, la start-up a grandi, s’est internationalisée et a commencé à collaborer avec les banques. Zervant a aussi été élue Fintech la plus prometteuse de Scandinavie pour l’année 2016, au Disruption Banking Nordics. Retour sur une trajectoire exemplaire.

L'Atelier : Zervant s’est focalisé sur les petites entreprises, pourquoi ce choix et que leur proposez-vous ?

Mattias Hansson : On s’est rendu compte que le marché des petites entreprises était très large, le plus large même. Cela représente quasiment 90% des entreprises en Europe. Ils ont énormément de besoins qui sont spécifiques à leur taille. Avoir 200 ou 500 employés n’a rien à voir avec le fait d’en avoir un ou deux. Pourtant, rares sont les institutions à s’adresser à eux spécifiquement. Notre objectif chez Zervant est de les aider à réussir. Comment ? En leur offrant un logiciel de facturation simple à utiliser.

La première année il a surtout était question de construire un bon produit qui facilite l’envoi des factures dans le bon format et de manière sécurisée. Maintenant que la plateforme est prête, nous pouvons la configurer pour n’importe quel marché en Europe. Dans certains pays comme en Finlande, les factures électroniques sont déjà la norme mais il faut respecter certains standards. En Europe continentale en revanche, au moins deux tiers des entreprises fonctionnent toujours en mode manuel et papier. Eux vont devoir adopter une solution de facturation pour s’adapter aux nouvelles régulations.

Il y a plus de différences entre les pays qu’entre les différentes industries au sein des petites entreprises. Si vous regardez les détails, les templates, c’est différent selon les cultures. Cela doit ressembler à une facture : le nom de l’émetteur est à droite, ou à gauche, la langue est différente, la devise aussi… En Europe, le produit doit s’adapter aux spécificités de chaque pays et c’est ce qu’il y a de plus difficile à réaliser; avec le fait de trouver le consommateur. L’avantage quand on vient de Finlande, c’est que, comme c’est un tout petit marché, on commence à s’intéresser à l’international dès le début.

Quels sont les défis auxquels sont confrontées les petites entreprises et comment les aidez-vous à les relever ?

Normalement cela prend 50 jours en moyenne en Europe pour que les petites entreprises soient rémunérées à partir du moment où ils envoient la facture. Et ce n’est qu’une moyenne, beaucoup attendent plusieurs mois avant d’obtenir leur argent. Pour l’instant, passer par notre logiciel ne garantit pas d’être payé plus rapidement. Aujourd’hui on les aide avec une solution de facturation qui est conforme aux exigences du marché et en particulier en ce qui concerne la facturation électronique.

À l’avenir en revanche, le but est que chaque facture envoyée par une micro-entreprise soit payée dans l’immédiat. C’est important pour leur permettre d’avoir suffisamment de fonds et de trésorerie pour faire croître leur activité. Il y a plusieurs moyens d’y arriver, soit en proposant au client de l’entreprise de payer directement sur la plateforme, ou en le redirigeant vers une institution financière qui va avancer ou prêter l’argent pour que l’entrepreneur reçoive les fonds plus vite. Elle s’occupera ensuite de collecter la dette auprès du client. C’est une des directions envisagées pour aider les petites entreprises à être payées plus rapidement.

Dans une conférence au NextGenBanking Nordics 2016, vous disiez que cela pouvait être difficile pour les consommateurs de jongler entre plusieurs services financiers et que les banques et les fintech devaient collaborer, qu’aviez-vous en tête ?

Ce que je voulais dire c’est que si chaque service est isolé en silo, ce sera vraiment laborieux pour le consommateur. Il faut donc que les fintechs et banques travaillent ensemble pour s’assurer que l’information et les données circulent et que les services bancaires soient accessibles via d’autres plateformes. Le consommateur doit pouvoir bénéficier du service au moment où il en a besoin, quelle que soit la plateforme sur laquelle il est déjà. Et comme les banques sont estimées, leurs marques sont attractives et la collaboration fait sens. Pour Zervant, elles peuvent proposer les services additionnels que nos clients recherchent. Les institutions financières maîtrisent bien la législation, la réglementation de la finance et pour nous il y a un avantage si elles acceptent de partager ce noyau de compétence. En échange, on peut fournir l’expérience utilisateur, le logiciel, et nous sommes très bons en terme d’acquisition de clients aussi.

Il y a quelques mois vous avez signé un accord avec ING Belgique et vous avez aussi levé 4 millions d’euros, quels sont vos projets pour la suite ? Envisagez-vous un partenariat avec d’autres banques ?

Le partenariat avec ING Belgique date du mois de juin : on leur fournit la solution de facturation et eux apportent la crédibilité et la confiance de leurs clients locaux. Par ailleurs, pour l’instant on a toujours été une start-up en ligne et la banque a plusieurs agences physiques donc c’est intéressant pour nous de voir si cela permet d’attirer plus vite le consommateur. C’est une collaboration encore récente, on la voit comme celle entre un fournisseur et un acheteur et pour l’instant cela fonctionne. Bien sûr, il faut encore qu’on apprenne à travailler avec un grande société et eux avec une startup. On est une petite équipe et ils ont beaucoup de ressources, jusqu’ici ça marche bien. Et on ne s’interdit pas de collaborer avec d’autres partenaires mais on y réfléchit doucement, une étape à la fois. Toute l’industrie y réfléchit en fait, cette collaboration fintech/banque c’est quelque chose d’assez nouveau. Personne ne sait comment cela va évoluer dans les prochaines années. Je suis content d’être avec Zervant dans une phase qui nous permet de ne pas être complètement dépendant mais de pouvoir au contraire continuer à construire par nous-même. Le produit connaît une bonne croissance sur le marché, nous sommes désormais présents dans 7 pays (la Finlande, la Suède, l’Allemagne, la France, la Belgique, l’Autriche et le Royaume-Uni). Avec les quatre millions d’euros, l’objectif est de continuer à grandir. On se concentre sur l’Europe pour l’instant mais qui sait, il y aura peut-être des opportunités pour nous ailleurs.

Rédigé par Sophia Qadiri
Journaliste