La croissance du secteur de l’innovation et notamment des startups en France est au cœur des priorités politiques. Bpifrance souhaite soutenir cette initiative.

"Il est nécessaire d’élargir un peu notre compréhension de ce qu’est l’innovation"

Interview de Paul-François Fournier, directeur exécutif de l’innovation chez Bpifrance, à la suite de la conférence de presse présentant le plan d’action 2014 pour l’innovation.

L’Atelier : Bpifrance a annoncé un nouveau plan d’action pour 2014, le plan NOVA,en faveur de l’innovation. Pourquoi miser sur l’innovation maintenant ?

Aujourd’hui, l’innovation est un sujet absolument essentiel pour la transformation de l’économie française. De nombreux facteurs nous montrent que nous sommes en train de changer d’échelle. Typiquement, les masters axés entrepreneuriat des Grandes Ecoles sont de plus en plus demandés aujourd’hui car les jeunes veulent créer, monter leur entreprise. D’ailleurs, la semaine dernière, j’étais au Salon des Entrepreneurs, la session Innovation était saturée. Et puis, l’année a été exceptionnelle : par exemple, la start-up française Criteo a été cotée 2 Mds d’€ au NASDAQ, c’est une première ! D’ailleurs, le capital innovation est en train de croître, c’est l’un des rares secteurs de l’investissement où de 2012 à 2013, une croissance de 20% a été enregistrée... et ça continue en 2014. Les Régions tiennent également de plus en plus compte de ces questions d’innovation.

Du coup, est-ce en raison de ce changement d’échelle que le dispositif a été mis en place ?

En partie. En effet, l’objectif premier de ce plan est l’évolution vers une nouvelle étape dans l’écosystème de l’innovation en France. Nous sommes partis d’un constat simple : l’entrepreneur français a besoin d’un terrain fertile et de différents outils pour nourrir sa croissance. Pour cela, il est nécessaire aujourd’hui de catalyser les politiques publiques en faveur de l’entrepreneuriat innovant. Nous voulons par ce plan simplifier les démarches des entrepreneurs et augmenter les montants disponibles pour financer l’innovation. Bpifrance consacrera ainsi 1 Milliard d’euros en 2014 au financement de l’innovation au travers de différents outils, parmi lesquels un fonds de 200 Millions d'euros dans le cadre de La French Tech. Nous nous adressons à tous les secteurs d’activité en constatant toutefois que la majorité de nos intervention se concentrent autour de trois priorités qui sont le numérique, les écotechnologies et les biotechnologies. Le numérique prend une part de plus en plus importante, ce qui correspond à une évolution naturelle.

Pendant la conférence, vous avez insisté sur les ruptures d’usage, de consommation davantage que sur les ruptures technologiques, pourquoi ?

La conviction que nous avons aujourd’hui, c’est qu’il est nécessaire d’élargir un peu notre compréhension de ce qu’est l’innovation qui ne doit pas se limiter à la seule innovation technologique. En France, nous avons une culture très « ingénieur », technique, ce qui se révèle être une véritable qualité. Toutefois, certaines entreprises sont à l’origine de ruptures d’usage où la dimension technologique est moindre comme BlablaCar. La technologie est donc importante mais c’est d’abord un changement de comportement qui est suscité et développé. La technologie vient alors « servir » un changement d’usage.  L’usage a repris ses droits et ne considère plus la technologie comme une valeur intrinsèque. C’est ce qu’elle apporte qui importe aux utilisateurs. Si les ruptures d’usage sont très importantes, elles ne sont toutefois pas exclusives : l’innovation de processus est également un véritable sujet tout comme le design. Sur ce point, nos voisins allemands sont très performants; ils considèrent qu’améliorer un processus, c’est innover et que cela permet de gagner en productivité. En France, nous n’avons pas assez cette culture.

D’ailleurs, vous êtes-vous inspirés de modèles étrangers  pour construire ce dispositif ?

Avec Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, nous nous sommes rendus à San Francisco et à Tel Aviv pour rencontrer les investisseurs, les entrepreneurs et observer l’écosystème entrepreneurial. Ces écosystèmes nous ont beaucoup appris. Nous nous sommes notamment inspirés d’Israël pour coupler investissement et financement au travers du prêt d’amorçage. Et, pour sa part, l’écosystème de San Francisco nous a ouvert sur les questions d’usage et sur le fait que la technologie comme fin en soi n’était plus suffisante, sans oublier le savoir-faire du marketing.

 
Rédigé par Kenza ADEÏDA
Journaliste