Fondée par Catherine Berman et Yuliya Tarasava, CNote est une fintech californienne qui essaie de faire en sorte que les gens gagnent de l'argent tout en faisant le bien. CNote Savings permet aux utilisateurs de toucher un taux d'intérêt annuel de maximum 2,5% en investissant dans les logements abordables, auprès des femmes, des entrepreneurs issus des minorités et d'autres communautés. La société travaille en partenariat avec les Institutions financières de développement communautaire (CDFIs) qui prêtent de l'argent aux communautés précaires dans le besoin.

L'Atelier : Quelle est l'idée derrière CNote ?

cnote: L'INVESTISSEMENT éTHIQUE

Yuliya Tarasava: Nous avons construit CNote en pensant à la relation qu'entretiennent les gens avec l'argent. En faisant des recherches préliminaires, nous sommes arrivées à la conclusion que de nombreux individus ressentent de la frustration lorsqu'il s'agit de finance, et ils se sentent globalement intimidés par les produits financiers. Historiquement, de nombreux produits financiers ont été créés sans consultation. J'ai moi-même été impliquée dans ce processus lorsque je travaillais à Wall Street à la création des produits « vendables », basés sur les tendances et souvent uniquement à la portée des plus riches, en général des hommes blancs plus âgés qui contrôlent la richesse. Mais les temps changent : aujourd'hui, aux États-Unis, les femmes contrôlent plus de la moitié des actifs, et nous assistons également à un transfert de richesse dans les mains de la génération Y. Nous voulions créer des produits destinés à tous et qui soient inclusifs, qu'importent le sexe, le revenu ou la richesse.

La frustration et l'intimidation sont deux des sentiments les plus communs lorsqu'il s'agit d'argent.

L'idée était donc de changer la façon dont les produits financiers étaient créés, parce que nous pensons que la finance peut-être redéfinie. Lorsque nous avons commencé il y a un peu plus de deux ans, la mission était de créer des produits financiers humains avec des taux compétitifs qui aient aussi un impact social. Le premier produit que nous avons décidé de lancer est une alternative au compte épargne. L'étude de marché que nous avons menée avant de lancer la société nous a permis de réaliser que la plupart des individus ne se considèrent pas comme des investisseurs : ils se sentent démunis ou pensent qu'ils n'ont pas assez de connaissances sur le sujet, et restent en dehors du monde de la finance. Pourtant, la majorité des gens a un compte épargne, et CNote est une façon très simple de faire quelque chose de bien avec votre argent.

Comment obtenez vous un retour sur investissement à la fois social et financier ?

CNote est une façon de soutenir les femmes et les entreprises dirigées par les minorités tout en gagnant de l'argent. Avec un compte épargne CNote, les gens gagnent 2,5% d'intérêt. Nous ne chargeons aucun frais à nos utilisateurs, et ne gagnons en fait de l'argent qu'en conservant les fonds excédentaires par rapport à ce qui a été investi dans les CDFIs. L'an dernier, les dollars investis dans CNote ont aidé à créer ou maintenir plus de 800 emplois, à financer plus de 120 petites entreprises et entrepreneurs, et un tiers de notre/votre investissement a été consacré aux communautés à revenu faible ou intermédiaire. Nous avons déployé 4,5 millions de dollars dans ces communautés. Gagner de l'argent et augmenter les opportunités économiques pour les autres n'est pas incompatible. Et c'est ainsi que nous devons gérer nos entreprises aujourd'hui : en pensant aux utilisateurs, à la diversité, à la qualité, à l'impact social, ... Gagner un prix dans la catégorie Fintech au SXSW l'année dernière et être reconnu sur une si grande scène a été une étape importante pour mettre en avant le concept global d'entrepreneuriat social.

Comment devient-on investisseur à impact social ?

Shutterstock - Credits: Shutterstock
CNote - Credits: CNote

Comment engagez-vous les individus dans CNote ?

Les individus ne se font pas confiance lorsqu'il s'agit de prendre des décisions financières, et cherchent à suivre les conseils de sources fiables. 

Yuliya Tarasava

Nos recherches auprès des utilisateurs montrent que les gens ne se font pas confiance lorsqu'il s'agit de décisions financières, et cherchent à suivre les conseils de sources fiables. Nous avons constaté que si vous avez entendu parler d'un produit ou d'un service trois fois, et disons au moins une fois de la part d'un ami, vous êtes plus susceptible de vous renseigner et de l'essayer. La plupart de nos utilisateurs sont parrainés par des amis, ou ont entendu parler de nous dans des médias en lesquels ils ont confiance, tels que Forbes ou TechCrunch.

Les gens ne se réveillent pas le matin en pensant aux décisions financières qu'ils doivent prendre (ce n'est toutefois pas ce à quoi ils aspirent), donc nous essayons de nous intégrer facilement aux autres décisions financières qu'ils prennent déjà, comme quand ils décident de ce qu'ils vont faire de leur remboursement d'impôt ou de leur prime. Nous essayons de rendre cela le plus facile possible afin d'éliminer les frictions dans le processus. CNote améliore principalement la relation des gens avec l'argent parce qu'ils voient où il va. Ils reçoivent leur rapport d'investissement à impact social, comprennent comment leur argent est déployé et lisent les histoires des entrepreneurs qu'ils aident. 30% de nos utilisateurs reviennent et font plus d'un investissement.

Qui investit de manière éthique aujourd'hui ?

86%

des MILLEN- -Nials ACTIFS 

s'intéressent à   l'investissement durable

Le produit d'épargne CNote Savings n'est actuellement disponible qu'aux États-Unis, et la base d'utilisateurs est assez diversifiée : ils viennent de plus de trente États différents, la moitié d'entre eux sont des femmes (et en tant que fondatrice, je suis personnellement très fière de cet équilibre), et plus de 60% sont des millennials. Jusqu'à présent, nous avons constaté que les femmes et les jeunes générations sont plus enclines à investir leur argent de manière éthique. C'est aussi ce que suggèrent les études. Une autre catégorie de personnes conscientes de l'investissement à impact social serait les personnes âgées : des femmes pour la plupart, mais aussi des hommes qui ont déjà gagné de l'argent, ont une bonne base d'actifs et peuvent/veulent faire plus que simplement de la charité. Le mouvement d'investissement local prend également de l'ampleur : les gens qui aiment le café de leur quartier ou leur épicerie locale et qui y dépensent déjà de l'argent pourraient aussi vouloir investir dans ces entreprises pour contribuer plus encore à leur communauté. Le rôle des petites entreprises dans les communautés locales ne peut pas être surestimé. Il y a une belle histoire, celle d'un restaurant appelé « 1300 on Fillmore » à San Francisco Fillmore, dans le district qui était connu comme l'épicentre afro-américain de la ville. Sa propriétaire Monetta White a embauché des résidents du quartier pour revitaliser la communauté et investi dans la région, y compris dans des programmes éducatifs pour les jeunes.

La Silicon Valley constitue-t-elle un excellent environnement pour les entrepreneurs sociaux ?

L'entreprise sociale est généralement définie comme celle qui travaille à la résolution de problèmes sociaux. Pour moi, chaque entreprise créée devrait l'être pour résoudre un problème, un point douloureux pour ses utilisateurs. Monter son entreprise en Silicon Valley vous donne certainement accès à des mentors, des capitaux et de l'expertise, mais dans le monde d'aujourd'hui, vous n'avez pas besoin d'être ici pour créer des entreprises prospères.

Rédigé par Marie-Eléonore Noiré
Journalist