Voici presque un an maintenant, Facebook lançait Messenger Native Payments, une fonction permettant à un utilisateur de réaliser un achat en ligne via un bot. Pour proposer cette fonction de paiement, Facebook a noué des partenariats avec Visa, MasterCard, American Express ainsi que PayPal, Stripe, Braintree. Si cette fonctionnalité a été récemment enrichie d’une capacité de paiement groupé directement concurrente aux services de Leetchi ou Pot commun, l’impact de ces nouveaux services n’est pas encore perceptible dans les comptes de Facebook alors que les revenus du réseau social liés aux paiements électroniques ne font que baisser.

wechat pay : 300 millions d'utilisateurs  

Wechat Pay

Après l’échec des boutiques de vente en ligne hébergées par Facebook au début des années 2010, le réseau social parviendra-t-il à s’imposer comme un acteur significatif des paiements alors que Messenger compte 1,2 milliard d’utilisateurs ? Rien n’est moins sûr, car Facebook est loin d’être un pionnier en la matière. Le service de paiement Wechat Pay du chinois Tencent, lancé en 2013, montre la voie. Sur près de 900 millions d’utilisateurs de Wechat, 300 millions de chinois utiliseraient Wechat Pay comme l’a révélé Alex Mecl, responsable du développement international de Wechat au NouvelObs. En implémentant la fonction enveloppe rouge dans WeChat Pay, une tradition chinoise qui veut que l’on glisse de l’argent dans une enveloppe rouge lorsqu’on souhaite donner de l’argent à un ami, le service aurait gagné 200 millions de nouveaux utilisateurs. Les transferts d’argent peer-to-peer par mobile sont littéralement entrés dans les mœurs des chinois. Une récente étude de l’alliance Better Than Cash, une organisation affiliée à l’ONU révèle les montants astronomiques traités par WeChat Pay et son rival Alipay. En 2016, ce sont ainsi 2 900 milliards de dollars qui ont transité via ces applications mobiles. Un montant multiplié par 20 en l’espace de 4 ans. Cet accès aux paiements mobiles au plus grand nombre pourrait faire gagner 6 points de croissance à la Chine d’ici 2025, soit un gain de 3 700 milliards de dollars pour le PIB chinois ainsi que 95 millions d’emploi, selon les chiffres du cabinet McKinsey.

Wechat Pay, un modèle à suivre pour les fintech

Un tel succès est-il réplicable hors de Chine ? Les dirigeants de Tencent semblent le croire. Ils ont confié la mission à Alex Mecl d’internationaliser les usages de Wechat et de son système de paiement mobile. Dans son interview pour Rue89, le consultant ironisait sur le lancement de la fonction de paiement sur Facebook Messenger comme une reconnaissance des innovations introduites par Wechat quelques années plus tôt.

iOS 11  : l'arrivée d'une fonction P2P dans Apple Pay

Applepay

ApplePay

Au Etats-Unis, outre Facebook Messenger et Paypal, Apple prépare l'arrivée prochaine une fonction P2P sur Apple Pay lors de sa conférence développeur WWDC. La fonction sera activée au moment de la disponibilité d'iOS 11. Outre ces acteurs, de multiples start-up fintech tentent de s'imposer avant que les internautes n'aient fait leur choix. Square, la société de Jack Dorsey est bien placée avec Square Cash, mais elle doit faire face à de nouveaux acteurs tels que Circle, ClearXchange, Dwolla, popmoney, Venmo et Snapcash. Lancé en 2014, ce dernier devrait bénéficier de la popularité de Snapchat et emporter la mise auprès des jeunes, bien que la fonction soit restreinte aux plus de 18 ans. Pourtant, les premiers résultats financiers publiés par Snapcash en mars 2017 ne font pas état du poids de cette activité de paiement dans le chiffre d'affaires de l'application sociale, signe que les usages de Snapcash restent encore faibles. Beaucoup de ces services de paiements mobiles vont probablement rejoindre le cimetière déjà bien rempli des services de paiements qui n’ont jamais su trouver leur public.

MobilePay de Danske Bank

Mobilepay

En Europe, les pays scandinaves tracent la voie sur les paiements P2P. Plus gros adeptes de la carte bancaire en Europe, Suédois et Danois n'ont eu aucun mal à adopter les premières applications telles que Swish en Suède ou MobilePay au Danemark. Le premier, lancé en 2012, compte 5,5 millions d’utilisateurs et a permis aux suédois d’échanger 1,2 milliards d’euros rien que pour le mois de janvier dernier. Quant à son rival danois, il est déjà installé sur 1 smartphone sur 3 dans le pays. Pour le cabinet d’études Forrester, le montant des paiements sur mobile va tripler en Europe d’ici 2021 pour atteindre 148 milliards d’euros. « Ce chiffre inclut le P2P qui va, selon nos estimations, représenter un peu moins de 16% des paiements mobiles réalisées dans les pays de l’EU7 (France, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Espagne, Suède, Royaume-Uni) » explique Jacob Morgan, analyste senior chez Forrester qui précise : « C’est un chiffre qui inclut tous les transferts de fonds de personne à personne que ce soit au niveau domestique ou international réalisés sur un Smartphone dans les pays de l’EU-7. C’est aussi le cas des prêts consentis à un ami via une Apps comme il est possible de faire depuis une application telle que Swish. »

Paylib va se positionner à son tour sur le P2P

Les banques françaises ne semblent pas disposées à attendre l’arme au pied qu’un service américain ou chinois ne s’impose dans l’hexagone. Le service de paiement mobile Paylib qui réunit les grandes banques françaises, s’apprête à entrer dans la bataille du P2P. « Nous préparons un système P2P interbancaire au travers de Paylib et toutes les banques qui sont membres de Paylib vont offrir ce service P2P à leurs clients » explique Marc Espagnon, responsable du Cash Management et des moyens de paiement de la banque de détail chez BNP Paribas. « Notre atout, c'est que nous connaissons déjà les IBAN et numéro de téléphone des utilisateurs, ce qui nous permettra d'offrir un bon parcours client. » Pour le responsable, ces moyens de paiements mobiles vont venir cohabiter avec les moyens de paiement classiques. Néanmoins, pour s’imposer, le paiement mobile va devoir mieux s'intégrer dans le parcours d'achat voire le parcours de vie des gens, qu'il passe par des sites ou des apps de e-commerce ou par des réseaux sociaux. « Des facteurs culturels restent importants dans l'adoption de tels services » estime Marc Espagnon. « Les asiatiques et les chinois notamment sont friands d'innovations, sont très actifs sur les réseaux sociaux et réalisent fréquemment de petits paiements. Tout cela a créé un terreau extrêmement favorable au succès de WeChat Pay. Un tel succès n'est pas transposable dans toutes les cultures. »

PAylib, un systeme P2P interbancaire  

Paylib

Une étude Forrester souligne bien ces disparités de comportement des consommateurs vis-à-vis du paiement sur mobile, selon qu’ils soient américains, européens ou asiatiques. L’étude à notamment souligné que de nombreux projet de portefeuilles électroniques ont été arrêtés, faute d’utilisateurs. Les français semblent particulièrement réticents à délaisser l’argent liquide au profit d’un « wallet » électronique. Seulement un français sur dix se dit intéressé contre 21% des espagnols et un italien sur trois. Une prudence « culturelle » des français que Marc Espagnon explique notamment par l’habitude encore fortement ancrée d’utiliser un chèque pour payer un service ou envoyer de l’argent à un membre de sa famille. « En France, les gens sont plus conservateurs vis-à-vis de l'innovation comme le montre le lancement du NFC qui a pris de longues années avant de rencontrer le succès. En outre, l'usage du chèque en P2P est encore très fort chez nous lorsqu'il faut payer sa femme de ménage ou son plombier. Les réseaux sociaux sont certes naturellement positionnés pour enrôler les porteurs, mais il reste à trouver les scénarios d'usages qui vont populariser ce service de paiement.»

Envoi d'argent en P2P, mais aussi possibilité de faire des achats groupés, des dons, les applications du paiement mobile s'étendent peu à peu et pourrait bien accélérer son adoption par tous. L'arrivée de l'Instant Payment en Europe, qui va permettre de constater immédiatement sur son compte en banque qu’un virement P2P est effectif, pourrait bien booster l'adoption de ce type de services auprès des consommateurs les plus réticents. Qui saura tirer son épingle du jeu ? les constructeurs de smartphones, les réseaux sociaux, les banques, un pure player ? En Occident, rien n'est joué.

Rédigé par Alain Clapaud
Journaliste