La startup espagnole Coowry privilégie l’ « airtime » comme monnaie. Ou comment payer et être payé, en temps d’appel.

#Slush15 : Le temps (d’appel), c’est de l’argent !

Dans le monde de David Moreno, patron de la startup Coowry, à menu achat, un porte-monnaie, devenu téléphone !

Fondée en 2013, Coowry adapte le principe d’ « airtime money », soit de micro-paiement par temps d’appel, et le rend indolore financièrement à ses utilisateurs. Le principe est simple. Qui souhaite régler via son téléphone un contenu à faible valeur pécuniaire – moins de 8 euros, pourra payer avec Cowry, via SMS, email ou serveur vocal.  Le service s’adresse d’abord aux personnes non dotées de comptes bancaires ou souhaitant régler de petites sommes.

Jusque là, rien de révolutionnaire. Mais l’initiative se démarque à la fois, par sa gratuité et son ambition de faire du temps d’appel, une monnaie auto-suffisante.

Un système de micro-paiement qui dépend des autorités de régulation telcos

Coowry délivre au consommateur et au distributeur de contenus, un service gratuit, libéré de toute commission. Qui rémunère donc Coowry ? L’opérateur télécom. « L’intérêt pour les télécoms est que ce type de micro-paiement engage à toujours plus de consommation », explique David Moreno. La startup ibérique entretient donc des liens privilégiés, non pas avec des établissements financiers, mais des opérateurs télécom. La jeune pousse dépend ainsi des autorités de régulation des télécommunications. Et pour cause, pour toute transaction, que ce soit du côté du consommateur ou de la société recevant les fruits de la transaction, la monnaie restera la même : le temps d’appel.

Le temps d’appel, une monnaie en soi ?

Se pose évidemment la question de la pertinence pour un producteur et diffuseur de contenus pour tout paiement, du temps d’appel. « Vous n’avez pas idée du nombre de personnes, à qui un entreprise de contenus doit un micro-paiement. Google, par exemple, reverse des millions à des particuliers, créateurs de contenus, vloggers, qui, certes, génèrent du clic mais encore peu d’argent. » La société propose au blogueur/vlogueur un paiement, qui prendra plus de temps et sera ponctionné de charges, ou une somme plus conséquente en temps d’appel. En somme, un système où les espèces n’auraient plus cours.

Coowry rencontre aujourd’hui un certain succès en Indonésie et aux Philippines, des pays où les cartes bancaires font, elles, un bide. « Prochaine étape ? L’Amérique Latine, un marché prometteur pour nous. »

Rédigé par Lila Meghraoua
Journaliste/Productrice radio