Lumo, la plateforme française de crowdfunding dédié aux énergies renouvelables se rallie au projet ElectriCChain. Les projets financés par la plateforme pourront distribuer des SolarCoin, une monnaie cryptographique créée afin de récompenser les producteurs d'énergie solaire.

SolarCoin : la Blockchain au service des énergies renouvelables !

ElectriCChain, projet dédié aux applications de la blockchain dans l'énergie solaire, vient d'annoncer son 14e membre, le français Lumo. Créée en 2012, cette plateforme de crowdfunding est totalement dédiée à la transition énergétique. Ses membres financent des projets de centrales de production d'énergie renouvelable. Prochainement, un producteur d'énergie solaire qui ira lever des fonds sur Lumo recevra un SolarCoin pour chaque MWh d'énergie solaire produit.

ElectriCChain aide les producteurs d'énergie solaire à adopter la blockchain

Pour mettre en place cette distribution de SolarCoin, Lumo a fait le choix de rallier le projet "Open Science" ElectriCChain auquel participent déjà le MIT et la NASA. Ce projet cherche à promouvoir l'usage de la blockchain et de la monnaie cryptographique SolarCoin auprès des acteurs de la filière de production d'énergies renouvelables. Cette coopération va permettre à Lumo de mener une phase de preuve de concept (poc) jusqu'à janvier 2017, un test où la distribution de SolarCoin sera limitée à un seul projet avant une possible généralisation. "Nous allons tout mettre en place pour que les investisseurs ouvrent un wallet, puis reçoivent leurs SolarCoin lorsque la centrale entrera en production. Notre objectif est d'inciter ceux qui lancent des projets d'énergies renouvelable à se rallier au SolarCoin et massifient cette initiative" explique Alexandre Raguet, fondateur de Lumo.

Image de la plateforme Lumo

Une dizaine de projets ont déjà été financés via la plateforme Lumo, essentiellement dans le domaine du solaire, hydraulique ou la biomasse. Exemple, le projet du Moulin de Courtenon, une centrale hydraulique fiancée à hauteur de 350 000 euros par 283 épargnants, soit le tiers du budget total.

Cet ingénieur de formation a fait sa carrière dans la finance de marché avant de s'intéresser au microcrédit et au crowdfunding. Il est aujourd'hui président de l'association européenne de crowdfunding et fervent militant de l'"impact-investing", c'est dire d'un investissement à la fois rentable, mais aussi bon pour la planète. Il souligne l'intérêt de cette monnaie cryptographique : "Avec le SolarCoin, le bénéfice pour la planète peut être quantifié puisque les investisseurs gagnent un SolarCoin à chaque fois que l'installation dans laquelle ils ont investit produit 1 MWh. Il s'agit bien d'un complément, d'une récompense qui ne va pas se substituer à l'euro sur la plateforme."

Le SolarCoin, une monnaie cryptographique encore symbolique

Pour l'instant, cette récompense est plus symbolique que réellement rémunératrice. Si la fondation SolarCoin s'est donnée un objectif de cours de 20 $ d'ici 2018, actuellement un SolarCoin ne s’échange que pour un peu plus de 10 cents. Néanmoins, cette monnaie "verte" et surtout le profil des détenteurs de SolarCoin présentent un réel intérêt marketing pour les marques qui se sont positionnées sur les valeurs de l'écologie et de la protection de l'environnement. "Tous les épargnants qui auront fait un effort pour obtenir ces SolarCoin sont des consommateurs à cibler pour des société qui pourraient utiliser le SolarCoin afin de valoriser leurs offres auprès de consommateurs dont le profils peut clairement les intéresser" estime Alexandre Raguet.

Image de panneaux solaires

Le microgrid électrique de Brooklyn s'appuie sur la blockchain Ethereum pour gérer les contrats entre les multiples petits producteurs d'énergie électrique du quartier qui ont équipé leurs toits de panneaux solaires et les consommateurs.

Des enseignes telles que Nature & Découvertes, Patagonia accepteront-elles un jour des SolarCoin à leurs caisse ? Le fondateur de Lumo en rêve. Pour l'instant, l'entrepreneur étudie les impacts possibles de la blockchain dans le crowdfunding : "Je n'aime pas beaucoup le Bitcoin du fait de sa mauvaise réputation, par contre je m'intéresse beaucoup à la blockchain. Chez Lumo, nous accordons un grand intérêt aux smart-contracts pour les transactions ainsi qu'aux Minibons annoncés par Emmanuel Macron lors des troisièmes assises de la finance participative, fin mars. Les vieux bons de caisse vont être dépoussiérés pour la finance participative et portés sur une blockchain. Nous émettons des actions, des obligations et des minibons dès que nous le pourrons."

La blockchain outil de désintermédiarisation du secteur de l'énergie

Outre ces incitations au crowdfunding, le secteur de l'énergie s'intéresse beaucoup à une autre application potentielle de la blockchain, l'instauration de smart-contracts entre les consommateurs et les producteurs d'énergie, sans devoir passer par des intermédiaires. C'est tout l'objet du projet de microgrid que mène actuellement Transactive Grid à Brooklyn : "Quand une centrale d'énergie renouvelable s'installe sur un territoire, ce que voudraient les riverains, c'est consommer cette électricité locale propre » commente Alex Raguet, « c'est exactement ce qui est en train de se mettre en place à Brooklyn où les compteurs des consommateurs peuvent se connecter directement aux producteurs du quartier pour leur acheter son électricité, sans intermédiaire de distribution ou de paiement. De la vente d'électrons en circuit court en quelque sorte !". Le cours du SolarCoin le montre, nous n'en sommes encore qu'au début, mais la blockchain pourrait bien réinventer le secteur de l’énergie, parmi tant d’autres.

Rédigé par Alain Clapaud
Journaliste