Faut-il nécessairement qu’une start-up se lance en Bourse ? Il y-a-t-il un meilleur moment ? Eric Forest, CEO d’Enternext, répond à nos questions.

Start-up : « On ne vient pas en Bourse pour réaliser une opération coup de poing ! »

Quand on voit l'exemple de Blablacar qui appartient désormais au club des fameuses Licornes, et ce grâce à des capitaux qui proviennent uniquement de fonds privés, on peut se poser la question de la nécessité pour une start-up française de se lancer désormais en Bourse. Pourtant Showroomprivé a sauté le pas et elle n'est pas la seul à y voir une vraie opportunité. Alors qui a tort, qui à raison ? 

Eric Forest, CEO de Enternext, filiale de l’opérateur de marché Euronext dédiée à l'accompagnement sur les marchés financiers des valeurs moyennes, nous apporte des élements de réponse.

Portrait d'Eric Forest CEO d'Enternext

Showroomprivé a effectué une entrée en Bourse plus ou moins réussie mais très médiatisée en octobre dernier. Peut-on dire que la Bourse est le nouveau « Graal » des start-up de la French Tech ?

Un Graal, certainement pas. Ne serait-ce que pour une raison simple, le Graal représente pour moi l’aboutissement de quelque chose, la quête de l’absolu, l’aboutissement d’une vie ou d’une œuvre. On est dans une expression qui laisse penser qu’après ce Graal, cette introduction en Bourse, plus rien ne peut arriver. La Bourse, à l’inverse, annonce le commencement d’une histoire, une histoire boursière. C’est une nouvelle étape dans le développement d’une entreprise : celle de l’accession à des marchés financiers.

Et ensuite, tout l’intérêt des marchés financiers est de permettre justement à ces entreprises, au fur et à mesure de leur développement, de continuer à utiliser les marchés. Deezer et Oberthur, plus récemment, ont d’ailleurs choisi pour leur part de repousser leur introduction.

Est-ce qu’il y a un bon moment pour se lancer ? Et est-ce qu’il n'y a pas un risque de brûler des étapes quand on est une start-up ?

Il y a effectivement un bon moment, mais avec des facteurs exogènes et endogènes. Il y a bien sûr un environnement de marché général qui peut faire qu’à une certaine période le marché semble un peu plus difficile. Et puis, il y a évidemment des considérations qui sont intrinsèques à l’entreprise qui envisagent de venir en Bourse. Par contre, il serait prétentieux et surtout faux de vouloir tirer des conclusions générales sur les cas des opérations Deezer et Oberthur car cela concerne des industries différentes, des entreprises différentes, et qu’aujourd'hui les marchés sont ouverts, en tout cas en matière d’introduction en Bourse.

La question de griller les étapes est pertinente. Il faut effectivement être prêt pour venir en Bourse. Il faut que l’introduction en Bourse s’insère complètement dans une stratégie et un développement. On ne vient pas en Bourse pour réaliser une opération en coup de poing. Ce qui va intéresser les investisseurs, c'est bien l’histoire de croissance que va présenter l’entreprise. Donc le b.a.-ba, c'est d’avoir à minima une histoire de croissance et de développement à présenter.

Et quelle différence apporte une introduction en Bourse par rapport à une levée de fonds privée pour une start-up ?

Il ne faut, selon moi, surtout pas opposer les deux. Il existe plutôt une forme de complémentarité. J’emploierais comme illustration le fait que plus de 90% des sociétés qui rejoignent nos marchés dans le cas d’introduction en Bourse ont en fait à leur capital des fonds de private equity. Ça veut dire qu’avant de venir sur les marchés, elles avaient déjà réalisé un, deux, trois tours de table privés pour financer leurs premières étapes de développement.

Et je crois qu’on en revient à votre question précédente de griller les étapes. La Bourse, effectivement, devient plus naturelle à partir du moment où l’entreprise a franchi un certain nombre d’étapes dans le développement de son activité, de son métier, et a besoin pour les étapes suivantes de montant plus significatif.

Comment Enternext accompagne les start-up dans ce choix ?

Aujourd'hui, les marchés ne se représentent pas encore tout le potentiel qu’ils peuvent offrir à ces jeunes entreprises. Et pourtant, il existe un énorme potentiel en matière d’entreprises technologiques innovantes en France et en Europe. On a donc un travail important de pédagogie à faire auprès des investisseurs, ce que nous avons entamé depuis un an.

Nous avons également lancé en septembre dernier un programme d’accompagnement qui s’appelle TechShare, pour les entreprises technologiques non cotées. Le but est d’aider à mieux les préparer au marché financier le jour où elles décideraient d’y aller et de se financer par la Bourse. C’est donc un programme de coaching, d’éducation autour des marchés financiers dont l’intérêt est qu’ils soient le plus à l’aise avec ce monde qui n’est pas leur aujourd'hui. 

Rédigé par Aurore Geraud
Responsable éditoriale