Les start-up de la santé se sont bousculées au Y Combinator cette saison. Tour des tendances e-santé de ce premier batch 2016.

Y Combinator : de la prévention au traitement de précision

Parmi les 127 start-up de cette saison du YC, une trentaine oeuvre dans le domaine de la santé, soit plus de 25% d’entre elles, ce qui est un chiffre fort. L’Atelier a notamment observé 2 tendances dans la e-santé pour ce 1er batch de l’année 2016 du Y Combinator : la détection avancée ainsi que les traitements de précision des cancers et des maladies infectieuses.

L’analyse sanguine comme outil de détection avancée

On avait déjà repéré il y a quelques temps la multiplication de projets s’appuyant sur l’analyse sanguine pour détecter rapidement les cancers, à l’image de Guardant Health. X-Zell, incubée au Y Combinator cette saison, vient s’ajouter à la liste. Comme le rappelle son co-fondateur Sebastian Bhakdi, « S’ils étaient détectés assez tôt, 90 % des cancers pourraient être soignés ». La start-up a mis au point une technologie qui permet d’isoler les globules rouges sains des cellules supposées cancéreuses en un temps record. « Identifier rapidement les cellules cancéreuses est une tâche compliquée, c’est comme chercher une aiguille dans une botte de foin. 10 ml d’échantillon sanguin peuvent contenir peut-être 10 cellules cancéreuses contre 50 milliards de globules rouges sains ! », poursuit le co-fondateur d’X-Zell, dont la technologie, brevetée, s’impose comme un complément voire une alternative efficace à la biopsie. En effet, en plus de présenter des risques sérieux de complications, les résultats d’une biopsie mettent au mieux deux jours et souvent plus pour arriver. La solution de X-Zell fonctionne de la manière suivante : les cellules saines sont d’abord retirées de l’échantillon sanguin qui ne contient alors plus que les cellules tumorales. Ces dernières sont alors placées sur une lame de verre, comme on peut en trouver dans tous les laboratoires puis envoyées directement à des pathologistes pour évaluation, de la même façon que le seraient les prélèvements d’une biopsie ou d’un frottis de dépistage. Le test coûte moins de 100 dollars et peut délivrer des résultats en moins d’une journée. Les tests cliniques conduits par la start-up fin 2015 auraient atteint une précision de 90 %, un résultat plus qu’encourageant car proche de la précision d’une biopsie.

X-Zell

Au delà du cancer, l’analyse sanguine peut être également utilisée pour la détection de maladies infectieuses. La start-up Unima propose ainsi un test sanguin rapide et à bas coût pour le VIH et la tuberculose. À l’heure actuelle, un test de laboratoire coûte 20 dollars en moyenne aux États-Unis. De plus, plusieurs heures voire plusieurs jours s’avèrent nécessaires pour obtenir les résultats. Partant de ce constant, les co-fondateurs d'Unima ont bâti une solution à destination des centres de soin qui s'appuie sur la biotechnologie, l'intelligence artificielle et le machine learning pour proposer un test à moins d'1 dollar, dont les résultats sont disponibles en 15 minutes et doté d'une précision plus importante que la moyenne actuelle des tests de laboratoires pour le VIH et la tuberculose (96 % contre 75 % selon les propos de Jose Nuno, CEO et co-fondateur d’Unima). Dans la pratique, rien de plus simple pour le personnel soignant. Il suffit de déposer quelques gouttes d'un échantillon sanguin mis en présence d'anticorps particuliers sur une bandelette de papier, sur laquelle apparaîtra ou non une réaction chimique. Une photo de la bandelette de papier prise via l'application Unima lance alors l'analyse dont le verdict tombe une dizaine de minutes plus tard. D’autres maladies infectieuses comme la dengue ou la grippe se trouvent dans le radar d’Unima qui conduit actuellement des tests cliniques dans 7 hôpitaux américains.

Les trois étapes du test de dépistage du VIH et de la turberculose mis au point par Unima

Les trois étapes du test de dépistage du VIH et de la turberculose mis au point par Unima 

Outre l’analyse sanguine, la détection avancée de cancers peut également se réaliser par le biais des ultrasons. C’est en tout cas la technique sur laquelle s’appuie iSono Health, une start-up ayant mis au point un appareil à utiliser chez soi pour détecter les cancers du sein. Les statistiques sont frappantes. Selon l’ONG Breastcancer.org, une Américaine sur huit risque de développer durant sa vie un cancer du sein. Or les mammographies actuelles, effectuées une fois par an, ne sont pas infaillibles comme le souligne Maryam Ziaei, co-fondatrice d’iSono Health : un cancer sur trois passerait entre les mailles du filet. L’appareil conçu par l’équipe d’iSono Health consiste en un wearable utilisant les ultrasons dont le technologie a été brevetée. Les images générées par l’appareil sont reliées à une plateforme d’imagerie. N’ayant pas recours au radiation, il peut être utilisé tous les mois et ne prend que 2 minutes à opérer. « 99 % des cancers du sein peuvent être soignés si on les détecte à temps (..) Aujourd’hui ce sont plus de 50 millions d’Américaines qui ont un risque de développer un cancer du sein et qui ont besoin d’outils pour repérer la maladie à temps ». On devrait retrouver le produit d’iSono Health sur le marché dès 2017.

ISonoHealth

La solution d'iSono Health, un wearable couplé à une plateforme d'imagerie

Un traitement de précision grâce à l’étude du génome

Après la prévention et la détection, le traitement de précision. Ici encore, les initiatives pour soigner mieux, plus rapidement et à moindre coût sont nombreuses, en particulier celles se concentrant sur l’étude du génome. On relève notamment celle du Perlstein Lab PBC, qui entreprend de repenser la manière dont on découvre des molécules pour lutter contre les maladies rares grâce à une plateforme basée sur la technologie CRISPR (« Clustered Regularly Interspaced Short Palindromic Repeats »). Cette dernière permet de manière ultra précise et rapide d'éditer, remplacer ou encore inhiber un ou plusieurs gènes. « Aujourd’hui, il existe une palette de 7 000 maladies rares et pour 95 % d’entre elles, aucun traitement approuvé par la FDA n’a encore été découvert. Étant donné le temps que nous mettons aujourd’hui à développer des nouvelles molécules, il nous faudrait 400 ans pour trouver un remède à toutes ces maladies », explique Ethan Perlstein, fondateur du Perlstein Lab PBC. Le concept ? Transposer sur le génome d’animaux de laboratoire (des levures, des mouches, des vers et parfois des souris) les anomalies génétiques identifiées sur un génome humain. Le Perlstein Lab peut donc ensuite rapidement tester différentes molécules pour repérer les plus effectives sur des organismes vivants, là où les grands laboratoires pharmaceutiques procèdent d’abord à des expérimentations sur des cellules mises en culture dans des boîtes de pétri. Ce laboratoire est alors à même de réduire le temps ainsi que le coût de développement de nouvelles molécules.

 

 

Une autre start-up, LoopGenomics, co-fondée par 3 doctorants spécialistes de l’ADN, disrupte le développement de médicaments en proposant une technologie capable de lire et de réparer des séquences d’ADN endommagées. Notre ADN peut en effet être détérioré de différentes façons : des rayonnements UV par exemple ou des molécules cancérogènes ou encore une erreur de copie de l’ADN lors d’une division cellulaire. Si des mécanismes moléculaires, naturels donc, se mettent en oeuvre chaque jour pour stabiliser notre matériel génétique, LoopGenomics leur vient en aide et pourrait bien réussir à industrialiser la lecture et la réparation d’ADN via une technologie à même de lire 10 000 lettres d’ADN à la fois pour un coût dérisoire de 2 dollars par lecture. La start-up a signé un contrat de 50 000 dollars afin de développer un projet pilote avec Twist Biosciences, un des plus grands acteurs du secteur. « Twist Biosciences travaille sur 1 000 séquences d’ADN par jour en moyenne, ce qui constitue un potentiel de marché de 21 milliards de dollars pour nous », explique Tuval Ben-Yehezkel, fondateur et CEO de Loop Genomics. La start-up a aussi développé un partenariat avec l’Université de Los Angeles pour travailler sur une autre application de sa technologie, le diagnostic avancé de cancers.

En somme, les tests sanguins aux côtés de l’étude du génome se trouvent être actuellement deux zones d’intérêt privilégiées par les start-up de l’e-santé. Ce sont elles qui laissent probablement entrevoir parmi les avancées les plus prometteuses en matière de détection rapide et de traitement du cancer et des maladies génétiques rares. Des tendances qui dépassent largement les frontières du Y Combinator.

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Rédigé par Pauline Canteneur