La start-up Enovalys créée par un chimiste pour des chimistes, permet désormais la démocratisation des données scientifiques : un gain de temps et d’argent considérable pour les laboratoires comme pour les industriels.

Les données de laboratoire enfin accessibles

A l’ère du Big Data, le monde scientifique, et particulièrement le domaine de la chimie, peine à faire bon usage de ses données, celles-ci étant peu partagées. La numérisation de ce secteur se limite actuellement aux cahiers de laboratoire électroniques qui restent néanmoins peu utilisés à cause des contraintes qu’ils posent aux officines (comme l’installation d’un serveur). Dans ce contexte peu opportun pour le big data, la start-up Enovalys se lance le pari de révolutionner le mode de fonctionnement des laborantins en proposant une solution totalement accessible en ligne adaptée aux besoins des chimistes. L’idée de l’entrepreneur, Frank Hoonakker, « c’est de faire une sorte de Wikipédia pour la chimie. On fournit un outil qui permet de publier le savoir, les expériences réussies comme celles qui ont raté » A l’heure où seulement 3% des recherches scientifiques sont publiées, le besoin d’une plateforme de publication simple devient donc crucial. La start-up a déjà été récompensée en 2011 par le prix Alsace Bio Valley Award décerné par l’union Européenne et la région Alsace, et fait actuellement partie de l’accélérateur Startupbootcamp de Barcelone.

Une plate-forme multifonction

L’idée d’Enovalys germe en 2009 à la suite d’une mauvaise expérience de son inventeur : « Lorsque je rédigeais ma thèse sur le thème de l’infochimie, j’avais besoin d’accéder à l’historique du laboratoire dans lequel je travaillais, je me suis donc rendu en salle d’archives où s’entassaient des piles de cahiers sans index. Autant dire que rien n’était facilité pour avoir accès aux informations qu’ils contenaient ». S’ensuit Enovalys. Pour procurer un accès facile et rapide à la data, l’entreprise met plusieurs produits à disposition de ses clients : une plate-forme de publication de recherches, un cahier de laboratoire électronique, un gestionnaire de produits chimiques qui permet de connaître l’état de son stock, et un moteur de recherche spécialisé.

Les scientifiques académiques peuvent dès lors profiter d’un abonnement annuel moyennant 2 000 euros, offrant un accès à tous les produits de la plate-forme et à la base de données constituée par le logiciel. Les grosses industries pharmaceutiques, quant à elles, « ne sont pas intéressées par des outils électroniques pour gérer leurs recherches, mais sont intéressées par la donnée » précise Frank. Le concepteur leur propose donc un accès à la base de données de la plate-forme contre plusieurs centaines de milliers d’euros par an.

La start-up veut encourager les laboratoires à publier les résultats de leurs expériences, qu'elles soient réussies ou ratées.

Un développement plus rapide des différents médicaments et traitements ?

A l’heure actuelle, Enovalys recense 1 500 utilisateurs, grâce à qui une première base de données contenant près d’un million de réactions chimiques. Un projet à l’avenir prometteur : « Tous les industriels sont intéressés par le potentiel de la donnée. On s’inscrit dans une lame de fond qui est en pleine évolution : l’open data » commente Frank Hoonakker. La start-up a pour ambition de passer à plus de 15 000 utilisateurs en deux ans.

Une entreprise comme celle-ci peut potentiellement apporter une rupture dans une industrie qui, du côté académique, « reste très archaïque, pour des raisons de coûts, d’habitude et surtout à cause d’une certaine crainte sur l’utilisation du numérique » précise Frank Hoonakker. La start-up contribue sensiblement à moderniser l’univers de la chimie et démocratiser l’acte de publication, « un acte naturel et normal pour tous les scientifiques » selon Frank. En plus de faciliter l’accès à la donnée, Enovalys pourra donc permettre aux chimistes de publier en quantité plus importante et avec plus de rapidité. La promesse du concepteur ? « Multiplier par deux la vitesse de recherche dans les industries » avec comme impact, un développement plus rapide des différents médicaments et traitements, avec l’espoir peut être de « pouvoir trouver un remède contre le cancer en deux fois moins de temps qu’aujourd’hui ».

Rédigé par Anthéa Delpuech