[Doctors 2.0] L’association E-nable œuvre pour fournir des outils d’assistance sous forme de main aux personnes handicapées. Celles-ci sont uniquement fabriquées par la biais d’une imprimante 3D, et ceci bénévolement.

Fabriquer des « prothèses » de main via l’impression 3D, le défi d’Enable

Aujourd’hui, les progrès concernant les prothèses sont fulgurants mais s’accompagnent souvent d’un coût que beaucoup de personnes handicapées ne peuvent assumer. C’est dans cette optique de « démocratisation » de ces prothèses qu’œuvre l’association E-nable, présente récemment au salon Doctors 2.0. Fondée il y a seulement 2 ans, l’association créée par Jon Schull, chercheur aux États-Unis, est une plateforme qui rassemble personnes handicapées ayant besoin de d’appareils d’assistance et personnes bénévoles disposant d’imprimantes 3D et prêtes à consacrer un peu de leur temps à la fabrication de celles-ci. Une idée intéressante quand on sait qu’il y a quelques jours encore le docteur Homero Rivas vantait le potentiel énorme de l’impression 3D.

Forte de témoignages et de demandes, l’association s’est donc lancée le pari de fabriquer des « mains » en plastique via une imprimante 3D permettant ainsi, à ceux qui en ont le besoin, d’effectuer les mouvements les plus basiques grâce à un outil simple et de toujours rester dans l’objectif de porter des projets les plus abordables possibles.

Une vue d'ensemble des pièces qui composent une main fabriquée par le biais de l'impression 3D

Une processus de fabrication simple

L’association propose à ce jour 10 modèles de « mains » disponibles, qui s’adressent à deux types d’utilisateurs. « Soit de jeunes adultes qui ont perdu leurs doigts après un accident et qui veulent retrouver la capacité perdue, soit des individus nés ainsi  en France on en recense près de 20 000 » explique Thierry Oquidam, informaticien et membre de l’association depuis septembre 2014. Une main entièrement fabriquée via l’impression 3D grâce à de simple clichés : « Il suffit à la personne qui va recevoir l’appareil d’envoyer des photos de ses bras posés à plats sur une table avec une règle graduée entre les deux bras » détaille Thierry.

Une série de photographies qui permet au « créateur », sans avoir même rencontré le bénéficiaire, d’élaborer l’appareil le plus adapté à son handicap. Ensuite, il suffit au créateur de modéliser la main directement en fonction de la photo. Autre particularité de la prothèse, son coût dérisoire : « l’objectif est de fabriquer un appareil qui coûtera le moins cher à produire, composé de fil de pêche, de velcro, de vis de quincaillerie et de plastique PLA, avec comme coût final, moins de 50 euros. » Un coût intégralement financé par le créateur car l’activité de l’association est entièrement fondée sur le bénévolat, et selon Thierry, « c’est justement l’une des raisons qui fait que nous fonctionnons aussi bien. De plus, nous ne représentons aucune menace pour les fabricants de prothèses officielles ».  

Des versions colorées et personnalisée des mains sont également disponibles généralement plus appréciées par les enfants

Près de 5 000 membres en 2015

Il est vrai, l’appareil reste limité en termes fonctionnels : « la main est utile pour effectuer des gestes basiques : immobiliser un objet pendant que l’on s’en sert par exemple. Mais elle ne permet pas de faire ses lacets ». Au delà de la fonction, la main a avant tout un rôle social selon Thierry Oquidam :  « Dans le cas des enfants, l’appareil d’assistance fait passer ce dernier du statut de celui à qui il manque quelque chose à celui qui a désormais quelque chose en plus. » Malgré son processus de fabrication relativement long (travail de préparation, élaboration d’un prototype en plus des 24 h d’impressions finales) l’association à d’ores et déjà réussi à délivrer plusieurs centaines de mains, selon Thierry.

L’association a également vu se développer un département de R&D composé d’une petite trentaine de personnes, qui se concentre sur deux axes : « d’un côté, ils travaillent à l’amélioration des mains actuelles pour les rendre plus confortables et moins chères, et de l’autre, ils élaborent de nouveaux appareils. À l’heure actuelle, nous travaillons sur l’élaboration d’un bras pour les personnes qui ne disposent pas de poignet. ». Un modèle qui devrait pouvoir être lancé d’ici la fin de l’année 2016. Alors que fin 2014, l’association ne recensait « que » 700 membres, elle atteint aujourd’hui les 5 000. Un nombre que Thierry Oquidam espère voir grossir, puisque « nous sommes bien moins nombreux que nous avons de demandes ». L’association se voit quant à elle soutenue par les plus grands puisque Google a annoncé en Mai dernier son soutien à hauteur de 600 000 dollars à la branche américaine de l’association.

Rédigé par Anthéa Delpuech