Pour adresser les questions de santé publique, les données s’avèrent très utiles. C’est une des raisons pour lesquelles les agences gouvernementales souhaitent collaborer avec les entreprises technologiques. Explications.

Gouvernements et entreprises de la tech devront collaborer pour une meilleure santé

« Nous, qui travaillons dans les agences gouvernementales, sommes constamment à la recherche d’un moyen de mieux collecter et de mieux comprendre les données de santé. » Au festival Interactive de South by Southwest (SXSW), Sandeep Patel relève ainsi l’un des intérêts pour le gouvernement de collaborer avec les entreprises de la tech. D’autant que, pour le manager Open Innovation au département américain de la santé et des services sociaux, la technologie est sous-exploitée par les organismes de santé publique, alors qu’elle est décisive pour lutter contre l’obésité infantile, le tabagisme passif ou les maladies chroniques. Une idée largement partagée, par Wendy Thompson par exemple. Cette épidémiologiste et manager à l’Agence de santé publique du Canada regrette au SXSW que « le gouvernement n’avance pas aussi vite que la technologie ». La manière dont sont réalisés les sondages dans certaines agences gouvernementales en est un exemple frappant. La cheffe de la branche « Surveillance de la santé de la population » aux Centres pour le contrôle des maladies et la prévention (CDC), Machell Town, confie ainsi qu’ils réalisent « toujours les enquêtes en contactant les sondés sur leur téléphone fixe ».

Or la difficulté avec les méthodes à l’ancienne réside dans la qualité et la fiabilité de la donnée recueillie. Parmi les personnes qui acceptent de répondre aux questions posées, certaines communiquent des informations erronées. « Les gens ne sont pas toujours honnêtes, ils ne le font pas forcément exprès, c’est juste qu’ils ne se souviennent pas forcément », explique Machell Town. C’est donc dans ce contexte que les agences gouvernementales des États-Unis et du Canada se sont tournées au SXSW vers les entreprises technologiques, espérant y trouver une aide précieuse. Comme l’a clairement énoncée Wendy Thompson : « Pour connaître les comportements des gens il faut leur poser des questions. Mais il est difficile de les interroger en utilisant des sources conventionnelles alors qu’en utilisant la technologie, vous avez déjà les réponses ». Wearables et autres outils technologiques apparaissent comme des solutions efficaces pour obtenir des informations sur les comportements de santé, et ainsi améliorer les politiques publiques.

Mieux cerner les priorités et sensibiliser les populations

L’objectif des agences gouvernementales de santé publique est de participer à l’amélioration de la santé des citoyens, notamment en changeant leurs comportements. Mais encore faut-il savoir lesquels et où agir. À l’école ? Au travail ? À la maison ? Comment décider sur quel sujet en priorité sensibiliser les populations ? Comment savoir s’il faut mettre l’accent sur la lutte contre le tabac ou concentrer ses actions sur une meilleure nutrition ? Comment s’adapter aux différentes populations ? Les environnements, y compris socio-économiques, méritent d’être pris en compte. Et pour cela, les données s’avèrent cruciales.

Au Canada par exemple, « seuls 9,3% des enfants suivent les conseils d’exercice physique quotidien d’une heure à une heure trente en moyenne », note l’épidémiologiste à l’Agence de santé publique du Canada. Avoir ce type de données permet de savoir qu’il faut intensifier ses efforts sur ce sujet, alerter les citoyens, faire des campagnes et proposer des solutions ingénieuses parce que le climat souvent rude dans cette partie du monde est probablement lié au faible taux d’activité physique. Cela permet aussi de comprendre d’où vient l’obésité infantile et de réagir pour qu’elle ne mène pas à une obésité chez l’adulte.

Les chiffres permettent aussi de marquer les esprits et sont souvent présents dans les messages de prévention.

Les chiffres dans les campagnes de prévention santé publique

Des données mises à jour, disponibles en temps réel

Outre la fiabilité et la diversité des données, un autre facteur compte. Celui de la temporalité. Quand une étude, un sondage ou une enquête est réalisée, plusieurs mois peuvent s’écouler avant la publication des conclusions et résultats. À l’inverse, les données des wearables, des moteurs de recherche, de géolocalisation peuvent être disponibles en temps réel et permettraient de comprendre les comportements de santé et leurs liens avec les maladies sur une large échelle. « Les gens ont déjà plusieurs façons de surveiller leurs comportements. Ils le font d’eux-mêmes. Ils téléchargent des applications, regardent des cours de sport en direct, vous pouvez même avoir accès à des programmes de nutrition », remarque Wendy Thompson. « Il y a tellement de données, mises à jour qui plus est. On se demande comment on pourrait collecter toutes ces informations que les gens partagent. » Un partenariat avec les dites applications ou d’autres entreprises de la tech ayant à leur disposition des données liées aux comportements de santé ferait sens. À condition d’avoir la permission des utilisateurs et de leur garantir le respect de la confidentialité de leurs données.

La garantie du respect de la vie privée et autres motivations

« Si on collecte ce type de données, on l’utilisera de manière appropriée. Il faut que le public sache qu’on ne partagera pas les informations. » Machell Town insiste sur cet aspect à raison. Et pour cause, pour accéder à la donnée de manière éthique, les agences gouvernementales devront d’abord gagner la confiance des citoyens. Leur assurer que leurs informations seront anonymisées et resteront confidentielles est aussi une manière de les inciter à partager leurs données.  

Comme le dit la responsable de la branche “Surveillance de la santé de la population” au CDC, « si on donne les bons outils aux citoyens, ils pourront aider le gouvernement à trouver des solutions » et à améliorer les politiques de santé publiques. Et pour les motiver, la gamification peut aider. « On pourrait créer une application qui fait gagner des points à ceux qui achètent de la nourriture saine au supermarché », propose Wendy Thompson.

Des initiatives de collaboration entre start-up et institutions de santé publique existent déjà, comme à Baltimore. Des équipes composées d’entrepreneurs - ingénieurs, étudiants, et autres développeurs - sont venues montrer comment la ville pourrait se servir de la technologie pour améliorer les politiques de santé publique. Parmi les challenges à relever dans ce projet intitulé Techealth, les participants doivent prévenir la mortalité infantile, suivre la progression de l’asthme, endiguer les overdoses et apporter des solutions nouvelles pour la ville. À la clef, des subventions de 5000 à 25 000 dollars pour les entrepreneurs et la possibilité de voir leur technologie commercialisée. De quoi améliorer la santé du portefeuille de l’innovateur, en même temps que celle des habitants de Baltimore.

Rédigé par Sophia Qadiri
Journaliste