Souvent oubliées par la numérisation massive des outils et habitudes, les personnes âgées représenteraient un groupe crucial dans la pénétration des applications médicales au sein des habitudes des patients.

Interview de Maneesh Juneja fondateur et directeur du cabinet de consultant MJAnalytics et fondateur du chapitre londonien d'Health 2.0. Rencontre suite à la pré-conférence d'Health 2.0 se concentrant sur les outils digitaux à destination de personnes âgées.

Le marché des applications est extrêmement prolifique mais ne présente-t-il pas aussi le risque d'un engorgement ?

Il y a effectivement 97 000 applications à but médical aujourd'hui sur le marché. Il est vrai que sur cet énorme volume, seules quelques unes de ces applications sont effectivement utilisées par des groupes larges et peuvent toucher quelques millions de personnes. Pour le reste de ces applications, nous constatons que celles-ci pourront être en effet téléchargées mais ne seront réellement utilisées que pour quelques semaines. Selon moi, le problème auquel nous faisons face est assez comparable à celui de la ruée vers l'or californienne. Actuellement, il existe énormément d’applications sur le marché mais n’importe qui peut assez aisément en créer une et la mettre en ligne pour quelques dollars ou gratuitement car il existe très peu de régulations. Du coup, la qualité et l’utilité de ces innovations sont rendues plus difficiles à estimer de par leur nombre, en particulier pour les personnes âgées.

Comment faire alors pour éclaircir l'offre à ce marché ?

A l'image de ce qui a été fait et de ce qui est fait actuellement concernant les produits financiers ou les médicaments, il faut sensibiliser au fait que ces applications à but médical ne peuvent prendre leur essor que par le biais d'une régulation formelle. L’intérêt sera évidemment que l'utilisateur arrive à identifier dans cette masse d'offres quelles applications ont été soumises à vérifications, sont sûres et plus largement sans risques. Et cela, aussi pour le marché des personnes âgées, mais évidemment aussi dans leur utilisation pour un public plus global.

Du coup, il y a t-il, selon vous, réellement un marché pour les applications médicales à destination des personnes âgées?

J’estime qu’il n'y a pour le moment pas beaucoup d'opportunités pour un développeur de faire des bénéfices sur un tel marché. C'est encore une fois la situation de l'oeuf et de la poule. Les entrepreneurs ne sont en effet pas poussés à développer des outils digitaux spécifiquement pour les personnes âgées. La raison est que d'une part, on a l’impression que celles-ci ne réalisent pas la valeur de ces nouvelles technologies ou encore les craignent, et d'autre part, le gouvernement et les services médicaux ne sont pour l’instant pas encore prêts à payer pour ce type d’innovations.

Pourtant vous estimez qu’adapter les applications médicales vers un usage par les personnes âgées est une nécessité...?

Je pense surtout que la raison pour laquelle ces applications sont les plus à même d’aider actuellement les personnes âgées tient au fait que nous ayons, pas seulement ici au Royaume-Uni mais dans la majorité des pays, un problème d'adaptation dans la société des générations les plus âgées, notamment accentué par l’isolement de ces personnes. Cela est généralement lié au fait que les enfants ont souvent besoin de changer de ville ou de pays pour des raisons professionnelles, particulièrement dans l'économie du savoir. Or les chercheurs relient cette isolement à des maladies de plus en plus développées comme les maladies chroniques ou simplement une augmentation du stress. Par exemple, au Royaume-Uni, nous avons 1 patient sur 10 qui prend rendez-vous avec son médecin non pas pour des raisons médicales mais pour y trouver un interlocuteur. Les nombreuses technologies digitales, pour certaines d'entre-elles présentées ici à Health 2.0, pourraient être déployées de façon effective et peu coûteuse pour permettre à ces personnes âgées de pouvoir se connecter avec leurs familles et même, pourquoi pas, entre elles.

Rédigé par Quentin Capelle
Journaliste