Trois étudiants ont mis au point une méthode rapide et efficace pour anesthésier la peau du patient avant une piqûre.

L’impression 3D travaille à la création d’alternatives technologiques à la seringue traditionnelle

Mal très répandu et pourtant peu combattu, la trypanophobie, ou peur des aiguilles et des injections, affecterait aujourd'hui un américain sur cinq. Un phénomène préoccupante en matière de santé publique : en effet, au moins 20 % des personnes concernées rechignent à se soigner pour cette raison. Trois étudiants de l'université de Rice, au Texas, ont élaboré une solution susceptible de rendre l'expérience moins traumatisante. Grâce à l'impression 3D, Andy Zhang, Mike Hua et Greg Allison ont en effet conçu un petit objet capable d'anesthésier rapidement et efficacement la peau du patient avant d'administrer la piqure. « Notre produit, imprimé en 3D, se compose de deux chambres hermétiques contenant respectivement du nitrate d'ammonium et de l'eau », explique Mike Hua dans un communiqué de son université. Une simple torsion permet l'alignement des deux chambres et le mélange des deux produits, créant une rapide réaction endothermique. La plaque de métal située au bas de l'engin devient alors rapidement très froide. Il ne reste plus qu'à anesthésier en plaçant cette dernière en contact avec la peau, puis à piquer avec l'aiguille hypodermique intégrée.

 
L’appareil comporte une plaque de métal qui refroidit rapidement grâce à une réaction chimique et permet d’anesthésier la peau du patient.
 

Idéal pour les personnes sensibles à la douleur

À la genèse du projet, un module où les étudiants ont l'obligation de travailler sur un projet concret. Le trio est mis à contribution par un chirurgien texan contraint d'effectuer quotidiennement des injections au visage et à l'aine, deux surfaces extrêmement douloureuses. Il demande aux étudiants de réfléchir à une solution permettant d'endormir la peau avant la piqûre. Beaucoup de bidouillage, quelques conseils glanés auprès de professionnels et une impression 3D plus tard, Comfortably numb était né. « Nous ciblons quiconque ayant besoin d'une injection, c'est à dire potentiellement n'importe qui. Mais le produit est particulièrement adapté aux personnes sensibles à la douleur » explique Greg Alison. Soit les personnages âgées, les enfants, et les patients ayant besoin d'injections dans des zones douloureuses.

                                                L’anesthésie prend moins d’une minute.

 

Une méthode rapide et efficace, mais coûteuse

Récompensé au Rice's engineering and design showcase, l'appareil, bien qu'encore au stade embryonnaire, pourrait ouvrir de belles perspectives dans le milieu médical. C'est du moins ce dont sont convaincus ses créateurs, qui n'excluent pas de monter une société pour le produire à grande échelle et le commercialiser. Car les solutions actuelles sont peu efficaces ou très chronophages. L'équipe avance ainsi que l'une des méthodes les plus répandues nécessite une heure avant de fonctionner, contre moins d'une minute pour Comfortably numb. Autre avantage : comme aucun produit chimique n'entre ici en contact avec la peau du patient, l'engin ne serait pas confronté aux nombreux obstacles législatifs et normes sanitaires auxquels les inventions dans ce domaine doivent d'ordinaire faire face. Seule ombre au tableau : le coût, estimé à 2 dollars. Un tarif élevé pour un appareil jetable. À titre de comparaison, le prix d'une seringue traditionnelle est de 35 centimes. Reste également à déterminer ce qui, de la douleur ou de l'aiguille en elle-même, effraie vraiment les trypanophobiques. Ces derniers devraient également lorgner du côté de l’entreprise Tasso, qui développe un appareil capable de réaliser une prise de sang parfaitement indolore.

Rédigé par Guillaume Renouard