MedPics permet le partage de photos entre professionnels de santé. Safia Slimani, co-fondatrice de la start-up, insiste sur l'importance de la médecine collaborative dans un contexte médical de plus en plus tendu.

MedPics ambitionne de devenir le 1er réseau social médical pour professionnels en France

Safia Slimani, médecin et co-fondatrice de MedPics, start-up repérée au Hacking Health Camp de Strasbourg en mars dernier, revient sur le lancement de sa plateforme de partage de photos de cas cliniques entre professionnels de santé via une application mobile.

MedPics s'est lancée en France il y a 5 mois maintenant. Quelles avancées amenez-vous en ce qui concerne la question de la vie privée des patients ?

Safia Slimani : Cette question est primordiale. MedPics respecte la vie privée des patients en se conformant à la CNIL et au code de santé publique. Pour pouvoir publier une photo médicale, la condition sine qua non est l’anonymisation. Le patient, ainsi que le professionnel de santé, ne doivent pas être identifiables sur les photos. A ce sujet, nous facilitons cette opération en intégrant à l’application un logiciel de retouche pour effacer visage, tatouage ou nom-prénom par exemple. Par ailleurs, nous renforçons notre vigilance en modérant chaque photo avant publication.

Comment vous distinguez-vous sur le sol français par rapport à la start-up canadienne Figure 1, qui fit beaucoup parler d'elle au moment de son lancement ?

Figure 1 est une entreprise intéressante car elle jouit d'une base de photos médicales impressionnante du fait de son ancienneté. Toutefois, l'aspect culturel importe réellement ici. Lorsqu'il s’agit d’interagir entre professionnels de santé pour creuser en profondeur les cas cliniques, maîtriser très bien l'anglais devient une nécessité, le jargon médical n’étant pas le même. Dans ce contexte, il devient difficile pour les soignants français d'échanger comme ils le souhaiteraient. Or, la vraie valeur de MedPics, au-delà de la diversité des photos, réside bien dans l’interactivité et le partage d’expériences entre confrères. Par ailleurs, des retours d'utilisateurs ont souligné l'importance de la langue française : ceux-ci se sentent en effet rassurés d'interagir sur une plateforme française et de stocker leurs photos médicales sur un serveur français. 

Au micro de L'Atelier, le fondateur de Figure 1 ambitionnait à l'époque de devenir le Wikipédia de l'image médicale. Quelles sont vos ambitions ?

Les images médicales ne sont pour nous qu’une étape. Nous souhaitons devenir le 1er réseau social médical professionnel francophone. L'avènement du smartphone facilite aujourd'hui l'échange mais au delà du réseau personnel dont disposent les soignants, qui est parfois limité, notre start-up peut permettre à ces profesionnels de faire grandir leur réseau.

Quel positionnement adoptez-vous face aux applications spécialisées dans le suivi de la prise en charge patient ?

Ces applications s’intègrent dans ce qu’on appelle la télémédecine. Et on pourrait l'illustrer très simplement ainsi : deux professionnels de santé discutent le cas d'un patient identifié pour statuer sur le meilleur traitement à mettre en place. Mais MedPics s'inscrit dans une démarche collaborative d'une ampleur plus conséquente. Notre solution offre en effet la possibilité de créer une entraide médicale ainsi que des échanges d’expériences entre un grand nombre de professionnels de santé. Sur le site, on parle de cas cliniques sans identifier une personne spécifiquement afin d'enrichir sa formation initiale ou de poursuivre un processus de formation qui ne s'achève jamais et apporter des soins de meilleure qualité.

           MedPics permet le partage de photos de cas cliniques entre soignants sur support mobile

Quelle est votre vision de la médecine collaborative en France aujourd'hui ?

La médecine collaborative, c'est l’avenir de la médecine, et ce en particulier si on souhaite préserver une médecine de qualité en France. Les professionnels de santé voient leur charge de travail augmenter. Ils doivent faire plus dans un laps de temps qui reste inchangé. Ceci constitue un vrai problème dans certains hôpitaux et maisons de retraite spécialisées où on ne recrute pas assez de soignants mais aussi dans les campagnes qui font face à une pénurie de professionnels. Ceci a également un impact négatif sur le temps qu'est censé consacrer un médecin à la mise à jour de ses connaissances. Dégager des moments pour parfaire son savoir est une activité cruciale. Or trouver le temps aujourd'hui devient de plus en plus difficile. La solution à ce problème réside dans le partage de connaissances à grande échelle entre confrères. S'appuyer sur la communauté pour apprendre, voilà très certainement la clé. C’est cela la force de l’intelligence collective, la force de la médecine collaborative.

Rédigé par Pauline Canteneur