La numérisation des données, la gestion des outils connectés sont des vecteurs d’efficacité et de sécurité pour toute la chaîne médicale. Pas étonnant que l’industrie pharmaceutique se tourne vers des entreprises high tech pour y parvenir.

“Nous avons besoin d’une start-up pour développer le Uber de la santé”

Entretien avec Rick Valencia, Vice-Président et Directeur Général de Qualcomm Life, la division santé en Europe du spécialiste des technologies mobiles Qualcomm au sujet de la collaboration entre Qualcomm et Novartis, groupe pharmaceutique suisse.

L’Atelier : Quels sont les objectifs de la collaboration entre Qualcomm et Novartis ?

Rick Valencia : D’une part, Qualcomm Life a décidé de collaborer avec Novartis autour d’une initiative appelée “Tests Cliniques du Futur” (“Trials Of The Future”) à l’aide de la plateforme 2net (ndlr : un système cloud destiné à favoriser la connectivité entre les physiciens et les patients avec un accès facile aux données biométriques). L’objectif ultime de cette initiative est de développer des tests cliniques plus efficaces et plus rentables qui délivreront des expériences plus connectées aux patients.

D’autre part, Qualcomm, avec sa branche d’investissement Qualcomm Ventures, a créé un fonds d’investissement commun avec Novartis, leader global de la santé, afin de cibler des entreprises au stade précoce qui développent des technologies, produits ou services qui “vont au-delà de la pilule médicale”. Cette structure investira jusqu’à 100 millions de dollars pour soutenir les innovations sélectionnées. L’objectif étant d’accélérer l’introduction de nouvelles technologies mobiles et numériques qui ont le potentiel de changer l’exercice de la médecine et ainsi apporter de nouvelles découvertes aux patients et à la société.

L’Atelier : Quelles sont les problématiques abordées par ce partenariat ?

Rick Valencia : La mission de Qualcomm Life est de mobiliser les capacités médicales et d’augmenter l’accès aux soins à tous moments et partout. Nous travaillons avec les technologies pharmaceutiques et médicales (Pharma/MedTech) afin de créer des services numériques autour des comprimés ou des appareils médicaux pour favoriser l’efficacité des entreprises, améliorer les résultats médicaux et enfin réduire le coût total des soins.

L’Atelier : Quelle est la création de valeur apportée par cette collaboration ?

Rick Valencia : Concernant les “Tests Cliniques du Futur”, en numérisant les tests cliniques, de nombreuses économies de coûts peuvent être réalisées. Le management de la thérapie connectée (Connected Therapy Management) améliore l’efficacité, la sécurité et les résultats à travers une intégration quasi en temps réel des différentes données thérapeutiques et de diagnostic. À travers la capture de données intégrée via le portail 2net de Qualcomm Life, ainsi que 2net Mobile et 2net Platform, la collecte des données biométriques du patient peut être automatisée, ce qui permet une économie de temps et d’argent pour l’entité qui réalise les tests cliniques.

L’Atelier : Ce genre de partenariat entre une entreprise traditionnelle pharmaceutique et une entreprise numérique peut-il se généraliser ?

Rick Valencia : Tout à fait, le milieu pharmaceutique se tourne aujourd’hui vers les entreprises numériques pour l’aider à résoudre le problème autour de la création de thérapies et d’expériences connectées pour ses patients. En effet, les entreprises pharmaceutiques font face à des difficultés similaires à celles rencontrées par les fournisseurs de soins directs. Elles ont besoin d’adopter les nouveaux modèles de remboursement basés sur la valeur, maintenir un revenu et des marges dans un environnement en constante évolution, être capable d’exploiter la big data et avoir une analyse approfondie de leurs patients. Les technologies numériques peuvent les aider dans ces différents aspects, nous assisterons donc à une plus grande adoption de la technologie de la part de l’industrie pharmaceutique.

L’Atelier : Au sujet du fonds d’investissement commun, dRx Capital, est-ce essentiel pour Qualcomm et Novartis de collaborer avec des start-up pour développer de nouvelles solutions ?

Rick Valencia : Bien sûr. Nous pensons qu’il est essentiel de combiner la connaissance et l’expérience des meilleures entreprises MedTech et PharmaTech avec de nouvelles start-up qui ne sont pas encore lassées par la manière dont le système de santé fonctionne. Nous avons besoin d’une start-up qui développerait le “Uber de la santé”, c’est-à-dire une expérience sans frictions et à boucle fermée qui apportera des bénéfices aussi bien aux patients qu’aux professionnels : les patients économiseront de l’argent, et les professionnels de santé réaliseront plus de bénéfices et peut passer à de très grande échelle. Il existe aujourd’hui des start-up très innovantes qui appréhendent la santé en apportant de nouveaux modèles de prestation de soins qui semblent vraiment captivant.

L’Atelier : D’après vous, comment va évoluer la santé connectée ?

Rick Valencia : La santé connectée évoluera jusqu’à être qualifiée simplement de santé tout court. Toutes les autres industries ont déjà été transformées par le numérique et les technologies mobiles, la transformation de la santé est actuellement en cours de réalisation.

Rédigé par Eliane HONG
Journaliste