Philippe Pouletty est un médecin français ayant décidé de lancer son propre fonds d’investissement, Truffle Capital, finançant de nombreuses innovations de rupture dans le domaine de la santé.

P. Pouletty réconcilie recherche et fonds d’investissements

Un innovateur ? 

Et surtout un chercheur passionné d’innovation. “Alors que cela ne se fait jamais, j’ai décidé de démissionner de l’internat des hôpitaux de Paris pour partir aux Etats-Unis être cofondateur de ma première entreprise biotech et faire de la recherche en biologie moléculaire à Stanford. J’ai toujours aimé dévier des voies classiques.” Ce qui l’intéressait à l’époque, c’était les parasites et la biologie moléculaire, c’est pour cette raison que le laboratoire de Stanford, excellent dans le domaine, lui a semblé la meilleure des opportunités. 

“J’y ai déposé un brevet qui a très bien marché et j’ai décidé de m’installer sur place en Californie où j’ai créé une première entreprise, SangStat, qui commercialisait des médicaments pour la transplantation d’organes.” explique-t-il. Cette entreprise a ensuite été côtée au Nasdaq avant d’être rachetée par Genzyme lui-même racheté par Sanofi. “Je peux donc dire que les français de l’étranger participent à la croissance française.” 

L’idée disruptive ? 

Mais Philippe Pouletty ne s’intéresse pas qu’à la recherche et à l’innovation. Il a envie de changer les choses de manière plus globale et d’aider la France à se mettre à la page. 

“A la fin des années 1990, Dominique Strauss Kahn et Anne Saint Claire sont venus en Californie pour que les français de là-bas leur donnent quelques idées. J’ai accepté l’invitation à condition que mes idées ne restent pas lettre morte. C’est là que j’ai proposé le statut de la jeune entreprise innovante dont la partie juridique est devenue la SAS. J’ai ensuite continué à travailler sur la partie fiscale avec Chirac qui a été votée en 2004.”

Mais il reste selon lui encore beaucoup à faire juridiquement pour favoriser le terreau de l’innovation française. “La France est un très bon pays pour créer des startups, il y a des médecins, des ingénieurs, de nombreuses aides publiques… Par contre la réforme majeure à mener est celle d’une meilleure orientation de l’épargne des français vers le financement des startups. L’assurance vie par exemple est une fantastique réserve financière française. Selon moi, il faudrait en prendre 5% de ces fonds et les canaliser vers les jeunes entreprises. Ainsi, nous pourrions être champions d’Europe. En France, nous pouvons réussir car nous avons les cerveaux, c’est là toute notre chance. Il nous manque par contre le carburant, qui est l’épargne des français.”

Comment les fonds d’investissements peuvent-ils être utiles à la recherche?

“Lors de mon retour en France, j’ai créé en 2001 avec mes partenaires Truffle Capital pour continuer à faire ce que j’aime, c’est à dire créer des entreprises innovantes. L’avantage du fond d’investissement, c’est qu’il donne des moyens importants.”  Depuis, une soixantaine d’entreprises ont été financées mais avec un modèle particulier : “en effet nous sommes directeurs / fondateurs de 75% des entreprises que nous finançons. Parmi celles que nous avons lancées, il y a Carmat, le coeur artificiel. Il y a aussi Vexim, un implant vertébral qui ressemble à un cric de voiture et qui  permet de réparer une vertèbre écrasée en relevant les plateaux vertébraux en 40 minutes pour traiter le malade de manière très peu invasive, 27 000 patients en Europe ont déjà été traités avec ce système." Symetis pour sa part est dans le domaine des valves cardiaques qui se déploient à la manière d’un parapluie et permettent d’opérer de manière moins invasive des patients très âgés en seulement 20 minutes sans ouvrir le thorax.

"Quand nous investissons dans les sciences de la vie, le thème est l’innovation de rupture qui change la vie des malades. Nous ne nous intéressons pas aux innovations marginales. Nous voulons des innovations qui apportent des changements majeurs dans la vie des gens, c’est ce la qui nous intéresse. Nous ne faisons pas qu’apporter de l’argent, nous nous intéressons aussi à la recherche et à la stratégie."

Et la médecine dans tout ça? 

“La profession de médecin, je ne l’exerce plus que dans les avions, par contre je continue la recherche en participant à la conception des essais cliniques dans les entreprises financées. Comme je suis très actif dans les comités brevets, je continue à en faire de manière indirecte, c’est ce qui me passionne vous savez.”

Rédigé par Constance Guyon
Journaliste / attachée de production