Suite à son intervention lors de l’évènement “Objets connectés, bien au-delà du gadget” organisé au NUMA Paris, L’Atelier a rencontré Nicolas Huchet, porteur d’un projet ambitieux: s’appuyer sur l’opensource afin de changer la donne des amputés.

 

 

Un innovateur ? Oui et un homme engagé. Nicolas Huchet, vient tout droit du milieu ouvrier industriel rennais. Il y a une dizaine d’années alors qu’il était mécanicien constructeur, il perd sa main droite lors d’un accident du travail. Suite à cet évènement, il se reconvertit plusieurs fois notamment en étant dessinateur industriel, puis il se tourne vers ce qui a toujours été sa passion: l’univers du son. Il est aujourd’hui technicien du son, mais son côté “Robin des bois” le rattrape En effet, fier de sa région et de la dynamique bretonne en matière d’innovation, celui-ci a su s’en inspirer pour venir en aide aux personnes qui, comme lui, ont vu leur quotidien chamboulé par un accident. Ainsi, depuis février 2013, il est porteur du projet Bionicohand, beta-testeur et participe aux recherches au sein du LabFab de Rennes labellisé Rennes La Novosphère.

 

L’idée disruptive ? Créer une prothèse d’avant-bras myoélectrique, c’est-à-dire reliée par des capteurs musculaires au bras de la personne amputée afin de la commander, à bas coût et en opensource. Et cela prendra pour forme le projet Bionicohand*. Le prototype s’appuie sur des technologies opensource, un microcontrôleur Arduino, des pièces standards, des fils de pêche pour l’ouverture et la fermeture de la main, et surtout sur un travail collaboratif entre FabLabs et institutions comme les écoles. Plus précisément, il prend son origine sur le design numérique d’une main robot, conçue par le français Gaël Langevin, et proposée sur Thingiverse en open-source, le tout imprimé en 3D. Les premiers prototypes ont été ensuite présentés à la Fête du  numérique à Rennes, au GeekPikNik de Moscou et à la Maker Fair de Rome où ils ont été récompensé de deux prix..

 

Pourquoi s’intéresser à l’opensource? "Car étant amputé de la main droite, j’ai été frustré de ne pas avoir accès aux nouvelles prothèses très chères - de l’ordre de 40 à 80 000 euros". Nicolas pense tout de suite à ce qu’un travail collaboratif pourrait changer et l’open source apparaît comme une évidence. C’est pour cette raison qu’il part à la rencontre des responsables du Fablab de Rennes à qui il propose son projet de main robotisée. Ces derniers l’écoutent et le prennent au sérieux. C’est ainsi que naît le projet BionicoHand autofinancé et porté par une équipe d’une dizaine de bénévoles, point sur lequel insiste Nicolas particulièrement. Car l’open source, c’est aussi pour lui un moyen évidemment de rendre sa prothèse accessible financièrement “aux personnes en ayant besoin mais surtout accessible dans le monde entier".

 

Pourquoi ça nous impacte ? Car les guerres en Irak, en Afghanistan ont créé une émulation dans ce domaine de recherche et de nombreuses innovations dans le domaine des prothèses ont vu le jour. Ainsi, de nouvelles prothèses myoélectriques ont été développées permettant une multitude de mouvements, plus de possibilités et une meilleure apparence esthétique. Pourtant, comme l’explique Nicolas "Ces prothèses coûtent en moyenne entre 40 000 et 100 000 euros et ne sont malheureusement pas remboursées." Avec ce projet, une prothèse devrait coûter environ 1 000 euros et à l’aide de l’intelligence collective, cette démarche pourrait profiter à de nombreux amputés qui n’ont pas nécessairement les moyens. Le projet ne s’arrête pas aux frontières françaises mais se veut ouvert sur le monde. Nicolas insiste beaucoup sur l’esprit de communauté et d’ouverture généré : "Nous avons des contacts au Brésil, aux États-Unis, en Italie, en Angleterre, en Russie. Certes, le fait de se voir physiquement permet un contact humain ce qui permet de développer ce projet humain avant tout mais ce projet a pour but de s’ouvrir à l’international et justement de proposer l’appareil prothétique pour des pays en ayant besoin, pour des pays sans couverture sociale, pour des personnes à faibles ressources financières."

 

Et à l’avenir ? Se structurer. Car pour l’instant le projet ne s’appuie que sur l’association MyHumanKit qu’il a créé afin d’avoir un statut juridique. Mais également lever des fonds et rechercher des personnes volontaires pour poursuivre la recherche. "Le prototype doit continuer à être développé, les pièces doivent être miniaturisées, la prothèse doit être plus robuste et s’autonomiser car pour l’instant elle fonctionne avec des piles. Le but : la rendre adaptable à toutes les personnes et dans toutes les tailles d’ici deux ans". Mais un second projet est en préparation pour Nicolas : développer en parallèle avec une école d’ingénieurs à Rennes un prototype de main mécanique qui fonctionnerait avec le mouvement du corps. Ce qui permettrait cette fois de créer une prothèse sans électronique. Et dernier chantier: "Fédérer le réseau afin de pouvoir travailler à distance avec différents partenaires".

 

*L’équipe BionicoHand sera présente au mois de mai à la Maker Fair de San Francisco puis à celle de Paris.

Propos recueillis par Lila Meghraoua et Kenza Adeïda.

Rédigé par Kenza ADEÏDA
Journaliste