Un algorithme qui sonde l’activité cérébrale pourrait accélérer la recherche médicale en décelant très tôt les analgésiques inefficaces.

Un programme capable de détecter l’effet placebo

Mis au point par une équipe de chercheurs américains et britanniques, un algorithme qui sonde l’activité cérébrale pourrait donner un coup de pouce à la recherche médicale. En analysant une IRM fonctionnelle faite peu de temps après la prise, il permet de déterminer si une personne a ingéré un véritable analgésique ou un simple placebo. Rappelons qu’un placebo est un médicament neutre, ne contenant aucun composant actif destiné à combattre une maladie, mais susceptible, par un mécanisme neurologique, d’avoir malgré tout une certaine efficacité sur le patient, lorsque celui-ci croit avoir pris un vrai médicament. Les placebos sont notamment utilisés dans la phase de développement d’un nouveau médicament : on compare, sur des patients volontaires, l’efficacité de ce dernier avec celui d’un simple placebo. Pour que le médicament vaille la peine d’être développé, il faut que son efficacité soit supérieure.

Les placebos sont utilisés dans la recherche médicale pour tester l'efficacité des médicaments expérimentaux.


Effet placebo ou non ?

L’effet placebo peut être extrêmement puissant pour soulager la douleur, à tel point qu’un patient peut être persuadé d’avoir pris un véritable analgésique. C’est notamment ce qui se produit lors des phases de test expérimentales pour mettre au point un nouvel antidouleur. Le patient volontaire pour tester le médicament peut affirmer que celui-ci est efficace, dans la mesure où la douleur qu’il ressent s’atténue, alors que cette amélioration n’est imputable qu’à l’action des analgésiques naturels de son métabolisme, déclenchée par l’effet placebo. Les chercheurs peuvent ainsi croire un temps que l’analgésique testé est efficace, alors qu’il ne l’est pas plus qu’un placebo traditionnel. A plus long terme, des tests effectués sur un plus grand nombre de personnes finissent par leur révéler la vérité, mais ils auront ainsi perdu du temps en travaillant sur un médicament inefficace. Avec cet algorithme, les chercheurs pourraient donc gagner un temps précieux dans leurs recherches.

Construit à partir d'IRM issus de différentes expèriences, l'algorithme permet de déceler très tôt si le médicament testé est efficace ou non.


Des tests encourageants

La différence entre l’IRM d’un patient ayant pris un véritable analgésique et celle d’un autre ayant ingéré un placebo est très difficile à déceler à l’œil nu. Les chercheurs ont procédé en analysant des scans issus de huit études portant sur des analgésiques différents, tous testés en laboratoire. Chacune des études incluait des volontaires ayant pris un véritable analgésique, et d’autres ayant pris un placebo (à leur insu). Pour chaque étude, les IRM de ces deux groupes de patients ont été comparées, des données extraites et utilisées pour construire le programme. Celui-ci a ensuite été testé sur quelques patients, avec des résultats plutôt concluants. Dans la majorité des cas, l’algorithme a été capable de déceler lorsque l’analgésique n’avait pas plus d’effet qu’un simple placebo, avec un taux de succès variant de 57 à 83% selon le médicament. Un chiffre qui peut sembler mitigé, mais rappelons que l’appareil demeure à l’état de prototype et est donc voué à s’améliorer. Par ailleurs, même si l’algorithme n’est pas fiable à 100%, il permet d’éliminer rapidement un certain nombre de médicaments inefficaces sur lesquels les chercheurs auraient continué à travailler en pure perte en son absence. Notons enfin que le programme n’a jamais pris un placebo pour un médicament efficace : la seule erreur qu’il est susceptible de commettre est de laisser quelques médicaments inefficaces passer à travers les mailles du filet. Médicament dont l’inefficacité sera débusquée tôt ou tard. Au-delà de cette trouvaille, les recherches dans le domaine de l’activité cérébrale sont en progrès constant. L’an passé, une technique permettant de modéliser l’activité des neurones en 3D et en temps réel ouvrait de nouvelles pistes pour traiter les troubles du cerveau. A l’automne, L’Atelier évoquait un casque susceptible de changer l’état d’esprit du porteur en agissant sur l’activité neuronale par de légères simulations électriques.
 

Rédigé par Guillaume Renouard