Milo, Leka, robot de téléprésence: la robotique à destination des enfants autistes et des personnes âgées se développe. Le point sur les innovations en France.

Un enfant sur 68 aux États-Unis est touché par un spectre du trouble de l’autisme et un nouveau-né sur 150 en France serait concerné par l’autisme et les troubles envahissants du développement, d’après les estimations de la Haute Autorité de Santé. Pour les soigner et améliorer leurs interactions avec le monde extérieur, des études ont démontré l’utilité des robots et notamment des robots humanoïdes comme Milo. L’entreprise RoboCare Lab co-fondée par Faissal Houhou et Dominique Blasco en avril 2015 s’apprête à le commercialiser aux hôpitaux français après l’avoir présenté au salon de la robonumérique de Saint Quentin.

Nous venons de signer un accord de distribution exclusive avec l’entreprise américaine RoboKind”, annonce Faissal Houhou. Ladislas de Toldi et Marine Couteau ont eux choisi un autre type de robot pour interagir avec les enfants autistes. Leka est petit et sphérique, il tient dans les mains des parents. C’était l’objet de leur projet d’étude commun avant qu’ils ne décident de se lancer professionnellement. Des robots similaires sont également utilisés dans les maisons de retraite, pour créer un lien entre les personnes âgées et leurs familles et stimuler leur mémoire.

Le robot Milo est très expressif

                                                  Le robot Milo est très expressif

Stimuler les enfants autistes grâce à des robots

Pour aider les enfants autistes à mieux communiquer avec leur environnement, Milo mime des émotions et des expressions humaines. “Il sera utilisé par des professionnels de l’autisme et par les orthophonistes, ce sera comme un assistant pour eux qui leur proposera des jeux ludiques appropriés aux enfants”, explique Faissal Houhou. Le robot sera connecté à une tablette qui affichera les contenus interactifs: vidéos, images, quizz... “Nous sommes en train d’adapter le programme, pour l’instant très américanisé”, précise-t-il. Son robot, disponible à partir du deuxième trimestre 2016, coûtera “6000€ pendant la première année et ensuite il y aura des frais de support et de maintenance de 1500€ par an”.

Car Milo s’adresse principalement aux hôpitaux et centres de soins, contrairement à Leka avant tout destiné aux parents. “Le but est de stimuler sensoriellement les enfants, les aider à sortir de leurs bulles”, explique Charlélie, responsable des relations avec les professionnels de la jeune pousse Leka SAS. Le robot sphérique est conçu pour motiver les enfants exceptionnels (autistes, par exemple) à faire des activités et à interagir avec leurs parents et éducateurs. Grâce aux sons, lumières, vibrations, paroles... Leka capte l’attention de l’enfant et participe au développement de ses capacités sociales, intellectuelles, motrices ou cognitives via des applications téléchargeables et basées sur le jeu. “Les parents ont la possibilité de paramétrer le robot et de le personnaliser aux besoins de leurs petits”, souligne Charlélie. Leurs progrès sont ensuite enregistrés au fur et à mesure. Leka a déjà été testé avec succès auprès de 70 enfants et dans trente centres spécialisés partenaires. La startup lance une campagne de crowdfunding en mars prochain et les premières livraisons sont prévues pour Noël 2016 pour moins de mille euros.

Marine et Ladislas, fondateurs de Leka

                                         Marine et Ladislas ont créé ensemble le robot Leka

Les robots débarquent en maison de retraite

Milo est aussi un robot destiné à stimuler la mémoire des personnes âgées. Nous allons les mettre en place dans des ateliers dans des maisons médicalisées et maisons de retraite pour lire des livres audio, faire des jeux de mémoire”, détaille Faissal Houhou. Le secteur lui tient à coeur: “cette problématique de parents en maison de retraite, c’est quelque chose que j’ai personnellement connu lorsque j’étais expatrié à Dubaï il y a dix ans et que mon père était en résidence médicalisée. C’était ma soeur qui devait gérer seule la situation depuis Lyon ce qui créait beaucoup de pression familiale”. C’est la raison pour laquelle RoboCare Lab a également mis en place un autre service pour les séniors: un robot de télé-présence.

Pour permettre aux enfants et aux petits-enfants qui ne peuvent pas se déplacer de rendre visite à distance à leurs (grands-)parents, Faissal Houhou et son associé ont imaginé un système de présence virtuelle. “En réservant sur notre site web, les familles peuvent prendre la main sur le robot à dimension humaine: un grand écran sur des roulettes, et  suivre la personne âgée dans la maison de retraite. Plutôt que de raccrocher à l’heure du déjeuner, les familles pourront accompagner leurs proches au réfectoire par exemple.”

Les deux projets sont bien avancés : dans les maisons de retraite, l’expérimentation de Milo débutera en janvier 2016. “Toulouse va nous servir de laboratoire, c’est un formidable atout pour tester nos solutions dans des environnements à taille humaine mais nous souhaitons ensuite nous développer dans le reste de la France comme à Lyon ou à Paris.” Et pour le robot de téléprésence? “Pour commencer nous avons un accord pour le lancer dans dix-huit maisons de retraite dans la région Midi-Pyrénées.” Contrairement à ce qu’on pourrait penser: “les personnes âgées n’ont rien contre les nouvelles technologies tant qu’elles n’ont pas à les manipuler”, confie Faissal Houhou.

Rédigé par Constance Guyon et Sophia Qadiri