Alors que l’évolution de l’industrie agroalimentaire soulève des problèmes d’ordre environnemental, des initiatives technologiques liées à l’impression 3D voient le jour pour tenter de les contrer.

Le salut de l’industrie agroalimentaire passera-t-il par l’impression 3D ?

L’industrie agroalimentaire a subi des mutations profondes ces dernières années entrainant un bouleversement colossal. C’est aujourd’hui un secteur industrialisé et productiviste qui en l’espace de 50 ans a échangé une bonne partie de ses traditions pour plus de rendement. Aux Etats-Unis plus particulièrement les paysages ruraux ont été modifiés pour laisser place à une agriculture intensive et les dégâts environnementaux qu’elle provoque à long terme sont colossaux. Mondialement, la production de viande a été multipliée par 5 depuis 50 ans. L’élevage qu’il soit intensif ou extensif est une des productions agricoles ayant le plus d’impacts environnementaux tant par l’espace qu’il requiert que par la consommation d’eau qu’il engendre ou encore par le gaz à effet de serre qu’il produit. La métamorphose productiviste que subit cette industrie doit trouver des solutions pour sa pérennisation.

L’impression 3D pourrait contribuer avec un regard nouveau et une solution partielle

Le secteur alimentaire ce n’est pas, à première vue, celui affilié à l’impression 3D. Cependant, depuis quelques mois c’est un thème qui prend de l’envergure. Plusieurs innovations sur ce sujet ont d’ailleurs été prsentées au salon CES 2014. Les recherches sur l’impression 3D alimentaire sont nombreuses, la NASA par exemple travaille sur un projet d’imprimante 3D alimentaire embarquée dans l’espace. A ce stade beaucoup d’aliments sont imprimables, la contrainte principale est qu’ils soient possiblement réduits en poudre avant l’impression. Le chocolat et le sucre sont ainsi les deux matières premières les plus travaillées aujourd’hui en impression 3D (exemples : ChocEdge et Sugar Lab). Même si c’est une avancée certaine dans le secteur, l’impression 3D de produits carnés pourrait, elle, avoir un impact réel sur l’industrie. En effet, la production d’un steak nécessite une abondante quantité d’eau (environ 200 litres), de l’espace et de l’énergie pour le transport et pour la production d’alimentation nécessaire à l’élevage (environ 300 watts) ; elle est aussi à l’origine d’émissions de 6kg d’équivalent CO2. L’équation révélée additionnée à la consommation mondiale de viande exponentielle est alarmante. C’est avec ce constat que la start-up américaine Modern Meadow s’est lancée dans la mise au point d’une imprimante 3D capable d’imprimer des produits carnés. Pour ce faire, les fondateurs ont élaboré la technique suivante : des cellules souches animales sont distinguées et misent en culture pour finir dans une cartouche d’impression, une fois imprimées elles s’agrègeront pour former un tissu biologique similaire à de la matière carnée naturelle.

Les défis spécifiques de l’impression de viande

Les questions de qualité, ou de sécurité ne sont pas encore abordées à ce stade de la recherche, cependant cette avancée technologique pourrait être un moyen de produire de la viande en quantité et ainsi de répondre à la demande grandissante des consommateurs sans passer par la case désastre environnemental. La FAO a annoncé qu’il est prévu que la consommation de viande double d’ici à 2050, le monde ne pourra très certainement pas produire cette quantité avec les ressources que cela demande aujourd’hui. Des techniques comme Modern Meadow tente de mettre en place nécessiteraient 96% d’eau en moins et 45% d’énergie en moins que l’agriculture qu’on connaît aujourd’hui et réduirait également les émissions de gaz à effet de serre de 96%. Le chemin est encore loin avant que de tels steaks soient proposés au public et encore plus loin avant qu’ils ne soient à un prix abordable. Des recherches sur le produit final quant à sa qualité nutritionnelle et ses aspects liés à la sécurité alimentaire sont aussi à prévoir. Cependant à ce stade, même si cela reste étonnant, il n’est pas absurde de penser que des technologies de ce type pourraient apporter un fragment de solution aux enjeux écologiques du productivisme agricole.

 
Rédigé par Agathe Foussat
Consultante