D'après une enquête* réalisée par le cabinet d'études McKinsey, la digitalisation des systèmes de santé franchissent une troisième étape. Des analystes y livrent leur vision des pistes à suivre et des écueils à éviter.

La santé entame une troisième phase de développement

L'utilisation des nouvelles technologies en médecine a commencé dans les années 1950 pour gérer les tâches administratives et statistiques... puis s'est poursuivie vingt ans plus tard avec la naissance des cartes électroniques de santé. Aujourd'hui, McKinsey parle d'une troisième étape que le domaine de la santé s'apprête à franchir : orienter les nouvelles technologies au service du patient. Mais certains problèmes comme la régulation, la confidentialité des données et la grande quantité de parties prenantes, semblent impacter particulièrement la santé et menacent de retarder cette troisième vague d'évolution technologique. Par où commencer pour intégrer complètement le digital dans les stratégies des acteurs du monde de la santé ? Les analystes de McKinsey relèvent que dans les autres secteurs, cette troisième vague s'est fondée sur l'étude des attentes des utilisateurs et c'est ce qui doit être fait dans la santé. Dans la manière de restituer les résultats de leur enquête, les analystes ont voulu briser certains préjugés, le premier étant la réticence des patients à avoir recours au digital dans un domaine aussi sensible que la santé.

Mobile : cibler le support selon la population

D'après l'étude, si les gens utilisent peu le digital dans le domaine de la santé, c'est parce que l’offre existante leur semble inutile ou de mauvaise qualité et ce alors que 75% des sondés affirment être disposés à se tourner vers de tels services, en complément des plus traditionnels. De même, l'enquête contredit l’idée d’après laquelle ces usages numériques ne répondent qu’au besoin d’une cible jeune. Les patients de plus de 50 ans sont tout aussi enclins à utiliser les mails et les sites internet pour leur santé. Il en va différemment en revanche des applications mobiles et des réseaux sociaux puisque seulement 11% des personnes âgées de 50 à 59 ans se sentent concernées par un éventuel usage dans le domaine de la santé là où 40% des moins de 30 ans pensent les utiliser au moins une fois dans l'avenir. Ce constat remet en cause un troisième préjugé selon lequel le mobile serait l'unique support d'avenir. Faux, lit-on dans le rapport. Mais si le mobile n’est pas le seul support à privilégier, cela ne signifie pas non plus qu'il faille ralentir les innovations en matière d'applications mobiles. Il faut juste éviter de développer un service au fort potentiel sur le mauvais support. Le cabinet d'étude McKinsey préconise donc de développer des outils différents selon la cible visée.

La recherche de la qualité et de l'efficacité avant tout

Un autre préjugé consiste à croire que les patients veulent des applications et des designs innovants. Or, il semble que dans ce domaine lié à la santé, les patients recherchent davantage la qualité et la création de valeur ou d'utilité. Ils attendent en priorité l'efficacité des services, un bon accès à l'information, une intégration à d'autres canaux et la disponibilité de personnes physiques au cas où ces services n'auraient pas rempli leur mission. Par ailleurs, il s'avère qu'être spécialisé peut aussi être vecteur de succès car permet une plus grande réactivité. Ce point tord le cou à un dernier préjugé comme quoi, être un gros acteur présent dans plusieurs domaines du secteur est un prérequis pour la création de valeur et le succès auprès du public. La transition digitale en santé relève donc, selon le cabinet, à la fois d'une fine analyse en amont des attentes des patients, de l'utilisation des ressources technologiques déjà existantes afin d'optimiser les investissements, et de l'apport constant de nouvelles fonctionnalités au service des patients.

* le sondage s’est adressé à des personnes provenant de pays et de classes sociales différents, de tous âges, et entretenant tous types de relations avec le digital.

 
Rédigé par Lucie Frontière
Journaliste