6,5 M

de décès

DANS LE MONDE /an

liés à la pollution 

La qualité de l’air est un enjeu majeur de santé publique. L’air pollué serait ainsi la cause de 6,5 millions de morts dans le monde tous les ans d’après une étude publiée le 20 octobre 2017 dans la revue médicale The Lancet. D’après un rapport de l’OCDE, les coûts médicaux liés à la pollution atteindraient les 21 milliards de dollars pour la seule année 2015 et risquent d’augmenter significativement. La qualité de l’air ne concerne pas seulement les pays réputés pollués comme la Chine. Au Danemark, par exemple, la capitale estime à 500 le nombre de Copenhaguois qui meurent des conséquences de la pollution. Pour y remédier, la municipalité mesure, en temps réel, la qualité de l’air. Avoir des données et la capacité de faire un constat est une chose. Encore faut-il agir. Comment les smart cities adressent-elles ce problème ? Quelle collaboration avec les start-up du domaine est possible ? Les villes peuvent prendre des engagements, définir des politiques qui à terme amélioreront la situation. Mais en attendant, que peuvent faire les citoyens à leur échelle ? Des start-up, dont certaines rencontrées au TechCrunch Disrupt 2017 ou au dernier DemoDay de l’accélérateur HAX à San Francisco, proposent des solutions.

Les start-up aident le citoyen à se protéger de la pollution

Regard d'expert

Cyrille Najjar

CEO et co-fondateur de Sensio AIR

Les organismes internationaux ne se sont pas encore mis d’accord sur un seuil pour chaque polluant au-delà duquel l’air est considéré comme mauvais

Près de 25 millions de personnes sont asthmatiques aux États-Unis, d’après la fondation d’Amérique pour l’Asthme et l’Allergie. Or d’après certaines études, non seulement la pollution peut empirer l’état respiratoire d’une personne asthmatique mais peut aussi provoquer la survenance de la maladie chez une personne jusque-là en bonne santé. Pour éviter de souffrir des symptômes, le mieux est encore de respirer un air pur. C’est l’objectif de Sensio AIR. Le CEO et co-fondateur de la jeune pousse Cyrille Najjar, rencontré au TechCrunch Disrupt 2017, explique que son application et son appareil sont destinés aux « gens qui voudraient connaître la qualité de l’air dans les villes mais aussi à la maison ».

Mais pour comprendre ce qu’on respire, à quel indice se vouer ? L’évaluation de la qualité de l’air est en effet encore subjective. « Les organismes internationaux ne se sont pas encore mis d’accord sur un seuil pour chaque polluant au delà duquel l’air est considéré comme mauvais. Chaque pays suit son propre indice de qualité de l’air, la politique joue donc un rôle primordial dans la détermination de ces seuils », précise l’expert. « La communauté scientifique n’est également pas encore sûre de savoir si une longue exposition modérée à un polluant est plus dangereuse qu’une exposition courte mais extrême… » Dans ces circonstances, Sensio AIR a décidé de choisir l’indice le plus protecteur pour les citoyens.

La start-up dispose d’un « réseau de capteurs immense » déployés dans les maisons et en ville, qui iront dans « les véhicules, les trains, les bâtiments publics, les hangars... ». Un bon moyen de connaître et communiquer avec précision le niveau de pollution ou d’éléments nocifs dans l’air à un endroit donné, pour prodiguer des conseils. « Nous pourrons connaître les causes et dire aux utilisateurs attention aujourd'hui il faut ouvrir les fenêtres, mettre un déshumidificateur etc. .» Ceux qui souffrent d’asthme et d’allergies peuvent « enregistrer les symptômes sur l’application. Plus ils le font, plus [Sensio AIR] est capable de prédire à l’avance quand cela va se reproduire », ajoute Cyrille Najjar. La start-up se concentre ainsi en particulier sur la prévention des maladies et allergies respiratoires.

Plume Labs a lancé un capteur portable, Flow, pour mesurer la qualité de l'air
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Un but qu’elle partage avec la start-up Plume Labs. Cette jeune pousse londonienne aide les utilisateurs à éviter les pics de pollutions grâce à son application Air Report. L’idée ? À défaut de pouvoir améliorer l’air que l’on respire, apprenons à adapter nos activités aux niveaux de pollution. Pour choisir quand aller faire son jogging, emmener les enfants au parc ou sortir le chien, l’utilisateur n’a plus qu’à vérifier le niveau de pollution à l’instant T et celui des heures suivantes, exactement comme il le ferait pour la météo. Et pour savoir ce qu’il en est le plus précisément possible à l’intérieur comme à l’extérieur de la maison, Plume Labs a lancé un capteur portable, Flow, une sorte de wearable qui s’attache au sac.

Dans le même esprit, la jeune pousse française Wair, présente au CES 2017, propose des foulards avec masque intégré, pour permettre aux piétons et conducteurs de deux roues dans des villes pollués de se protéger des éléments nocifs. Les citoyens sont ainsi poussés à changer leurs habitudes pour mieux respirer. Mais en réalité, leur pouvoir d’action est limité. Tout ne peut pas se régler à l’échelle de l’individu bien que les appareils et capteurs des utilisateurs ont le mérite de déclencher des prises de conscience. Seules les villes intelligentes peuvent avoir un impact significatif sur la qualité de l’air.

La bonne santé de l’Homme passe par celle de la Smart City au long-terme

3000

villes

mesurent activement la qualité de l'air

Pour améliorer la qualité de l’air, les smart cities déploient plusieurs stratégies. À Copenhague, l’entreprise CPH Sense et ses capteurs connectés fournissent des informations sur les niveaux de pollution en temps réel. L’équivalent existe dans plusieurs villes, comme à San Francisco avec notamment le site étatique AirNow. D’après la start-up Clarity, passée par l’accélérateur HAX, le nombre de villes qui mesurent activement la qualité de l’air a triplé en 6 ans : 3000 contre 1100 auparavant. Serait-ce la preuve d’une certaine prise de conscience ?

Dans la ville d’Oakland, au nord de San Francisco, plusieurs acteurs publics et privés ont en tout cas travaillé ensemble pour mieux comprendre les problèmes de pollution de l’air. Des chercheurs de l’Université du Texas à Austin, des équipes de Google Earth Outreach et de l’ONG Environmental defense fund ont dévoilé en juin dernier le résultat de leur collaboration avec Aclima, une start-up qui cherche à recueillir des données sur l’environnement. Les capteurs de cette dernière, placées pendant un an sur des véhicules de Google Street View, ont montré à quel point la qualité de l’air pouvait varier d’un pâté de maison à l’autre. Ce type d’étude démontre la nécessité de mesurer la qualité de l’air le plus localement possible. Et c’est en cela que les jeunes pousses comme Clarity peuvent aider. Son réseau dense de capteurs lui permet de disposer de données sur la qualité de l’air en temps réel qui sont directement téléchargés dans le cloud. « La précision des données est ensuite améliorée grâce à des algorithmes de machine learning, en fonction de celles collectées par les stations gouvernementales », raconte Meiling Gao, docteur en Santé publique et Environnementale et COO de Clarity.

AirNow, prévision 14 octobre 2017

Toshifumi Hotchi / Shutterstock, 12 octobre 2017

Le plan urbain de certaines villes a été modifié pour réduire les sources de pollutions ponctuelles et protéger les populations sensibles.

Cyrille Najjar

« Les villes possèdent souvent des stations de surveillance de la qualité de l’air qui ont l’avantage d’utiliser des méthodes de référence avec un niveau de précision élevé. En revanche, elles sont très onéreuses y compris en terme de maintenance, et donc rares », affirme Cyrille Najjar, en notant que le Royaume-Uni n’en possède que 150 pour tout le territoire. « Elles sont souvent sur le toit des bâtiments ou loin des zones densément peuplées », précise Meiling Gao. Les capteurs des jeunes pousses, plus nombreux, souvent à bas coût et faciles à entretenir, complètent ainsi ceux de la municipalité et laissent découvrir « une vue d’ensemble de la qualité de l’air de la ville » selon le CEO de Sensio AIR.

Sa start-up peut ainsi alerter la localité en cas de situations inhabituelles ou de problèmes majeurs et faire des recommandations. « Le plan urbain de certaines villes a ainsi été modifié en connaissance de cause pour réduire ces sources de pollutions ponctuelles », révèle le cofondateur de la start-up. « Les feux rouges sont de grandes sources de pollution à cause du redémarrage des véhicules, certains ont donc été déplacés et les routes repensées pour protéger des populations sensibles (enfants en bas-âge, personnes malades, âgées…). La mise en place d’un service de transport en commun renforcé sur des axes pollués a aussi permis de réduire drastiquement les niveaux de pollution. » Si ces recommandations relèvent du bon sens, elles ne sont pas toujours si aisées à mettre en oeuvre pour les villes, qui se heurtent à de nombreux obstacles.

Citoyens, acteurs publics et privés, la qualité de l’air doit être l’affaire de tous

Regard d'expert

Meiling Gao

Docteur en Santé Publique et Environnementale et COO de Clarity

Les informations sur la qualité de l’air devraient être aussi communes et répandues que la météo ou les alertes sur le trafic routier. 

L’une des difficultés est liée à « la nature multisectorielle de la gestion de la qualité de l’air », soutient Meiling Gao. « Les agences publiques de protection de l’environnement compétentes pour monitorer la qualité de l’air n’ont pas toujours l’autorité pour implémenter des politiques pour réduire les émissions de gaz à effet de serre comme rendre les bus municipaux électriques ou mettre en place des restrictions de circulation dans certaines zones de la ville. » La pollution de l’air concerne les responsables du transport, de l’énergie, de l’environnement et « tous doivent pouvoir s’asseoir à la même table pour régler le problème ». Par ailleurs, ces acteurs ont besoin de meilleures données pour prendre les bonnes décisions. « Les causes de pollution sont multiples, le climat ou l’activité humaine en font partie. Les décisionnaires doivent donc avoir des informations localisées pour comprendre quels facteurs impactent la qualité de l’air, comment y remédier, et quantifier en temps reel l’efficacité de leurs politiques publiques afin de les adapter à la réalité », souligne l’experte.

Sensibiliser la population, engager les habitants en leur faisant prendre conscience que leur comportement peut changer la donne est également une mission de la Smart City. La COO de Clarity considère ainsi que « les informations sur la qualité de l’air devraient être aussi communes et répandues que la météo ou les alertes sur le trafic routier. Et plus les informations concernent des lieux fréquentés par les citoyens comme les écoles, parcs, jardins publics, zones commerciales, plus c’est pertinent pour eux. »

Inversement, les citoyens ont également un rôle à jouer pour pousser la Smart City à prendre ses responsabilités. « Ils peuvent se renseigner sur les risques pour la santé associés à la pollution et encourager les politiques qui amélioreront la qualité de l’air. Des initiatives comme la création d’espaces verts, de voies cyclables, d’un meilleur réseau de transport public font partie de la direction dans laquelle nous voulons que les villes s’engagent afin de créer une ville durable avec des citoyens en bonne santé. Pour cela, avoir de meilleurs données et davantage de données est indispensable », avance Meiling Gao.

La purification de l’air est-elle une solution ?

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Archive Mars 2016

Reste une dernière piste pour améliorer l’air respiré : si l’air est pollué, pourquoi ne pas le filtrer ou le purifier ? Au-delà des politiques publiques long-termistes cette technique semble être une solution plus radicale, mais développée uniquement à petite échelle. Des start-up comme Molekule ou Arcadya proposent un produit conçu pour la maison, pour améliorer l’air en intérieur, où, disent-elles, l’homme passe le plus clair de son temps. Quand à l’extérieur, Londres teste un banc qui filtre l’air, dans une ruelle de la ville. Situé à Bird Street, AirLabs aspire l’air environnant et rejette de l’air purifié. « Une solution utile au court-terme, mais uniquement en attendant de s’attaquer directement à la source », pour Meiling Gao - autrement dit, un pansement sur une plaie plus importante.

Si mesurer la qualité de l’air peut paraître accessoire quand tout va bien, cela s’avère précieux quand les choses se gâtent. Les récents incendies en Californie ayant sérieusement altéré la qualité de l’air en Silicon Valley, les habitants ont été plus nombreux à se renseigner sur la situation et ses conséquences pour la santé et le mode de vie, et le seront peut-être encore à l’avenir. Espérons que cela motive les cerveaux de la baie à mettre en place de nouvelles GreenTech pour lutter contre la pollution. D’autres techniques modernes représentent déjà un espoir en la matière, comme cette usine islandaise qui absorbe plus de CO2 qu’elle n’en émet.



Rédigé par Sophia Qadiri
Responsable éditoriale et journaliste