E-book, applications… les jeunes entreprises du numérique innovent pour aider les « dys » à lire de manière plus autonome.

Les startups se mobilisent contre la dyslexie

Les publics empêchés de lire à cause d’un handicap physique sont nombreux. Dans le monde, 161 millions de personnes (dont 31 millions d’aveugles) présentent une déficience visuelle (OMS, 2002). Nombreuses sont les technologies de dernière génération qui tentent de les aider dans la lecture –  Finger Reader, liseuse Kindle Fire HDX,  livres audio, etc. – mais rares sont celles qui s’adaptent spécialement au public dyslexique, qui représente pourtant 10% de la population (Dyslexia International, 2014).

Le premier e-book nativement accessible aux dyslexiques

Toutefois, un effort est fait du côté des startups. Née en 2014, la jeune pousse nantaise Mobidys s’est donnée pour mission de produire des livres numériques 100% accessibles aux « dys » (dyslexiques, dysorthographiques et dyspraxiques). Ali Baba, leur premier ouvrage actuellement à l’état de prototype, a été pensé par une équipe pluridisciplinaire rassemblant le monde du numérique, de l’édition de pointe et du médical avec l’intervention d’ergothérapeutes et d’orthophonistes. C’est le premier e-book à utiliser la majorité des béquilles déjà existantes au sein d’un livre aux fonctionnalités ludiques.

L’histoire et le texte ont été également remaniés suivant la norme « facile à lire et à comprendre ». Des phrases claires dont l’organisation grammaticale balaie toute possibilité de contre-sens, l’usage de mots simples et l’emploi d’une typographie adaptée font partie des règles essentielles de cette norme européenne qui permet une lecture simplifiée.

Le livre Mobidys : un outil de lecture pour une autonomie progressive

Financé en partie par La French Tech, le projet fait actuellement l’objet d’une levée de fonds de 10 000 euros sur Ulule. Avec une quinzaine d’ouvrages à éditer d’ici deux ans, Mobidys joue la carte de la qualité plutôt que de la quantité. De quoi permettre aux enfants dyslexiques de mieux s’intégrer socialement en prenant confiance en eux par la lecture. En effet, c’est au collège, où les élèves apprennent à écrire des textes, que risque de « s’enclencher une spirale d’échec qui peut conduire à une situation d’exclusion » pour les dyslexiques, affirme Marion Berthaut, fondatrice de Mobidys. Mais toutes ces aides, si complètes soient-elles, n’ont pour vocation que de rendre autonome les jeunes lecteurs. L’entrepreneuse est formelle, le but de son action est de « permettre à un ‘dys’ de lire n’importe quel livre ».

Des logiciels pour rendre les textes plus intelligibles

Bien que Mobidys ait encore du mal à convaincre les grandes maisons de l’édition numérique, les dispositifs digitaux d’aide à la lecture pour les personnes empêchées semblent prendre de l’ampleur. En atteste une autre startup française qui s’attèle depuis 2014 à rendre accessible tous les contenus numériques aux dyslexiques. L’application en ligne Aidodys permet en effet d’adapter l’ergonomie des textes sur internet comme ceux au format Pdf ou Word. Déjà en 2013, une chercheuse espagnole avait développé un algorithme pour aider les dyslexiques dans leurs recherches sur le net : des polices de caractères plus lisibles, des mots simples et une ergonomie plus adaptée sur la base de la norme « facile à lire et à comprendre ».

Des applications  « dys-friendly » pour les smartphones

Plus de l’ordre du gadget, deux inventions venant des Etats-Unis sortent du lot. DyslexiaKey est un clavier numérique pour Iphone et Ipad qui s’adapte à la vision des dyslexiques. Jonah Kaner et Ativ Patel, deux jeunes étudiants de Wellesley, ont inventé cet outil après avoir édité un clavier transformant les textos en paroles de chanson hip-hop. En utilisant une police inédite dont les lettres sont plus épaisses en bas et les ouvertures plus grandes que la normale, ainsi qu’un clavier en ABC, plus intuitif qu’en QWERTY, ils ont réussi à faciliter l’écriture de message sur le téléphone. Enfin, il y a Dcodia, une application très simple mais qui peut sauver la vie lorsqu’un enfant lit en classe ou un adulte dans le métro, par exemple. En toute discrétion, le lecteur peut prendre en photo un mot qu’il ne comprend pas parce qu’il le prend pour un autre ou qu’il inverse machinalement les syllabes, et l’envoyer sur Dcodia. L’application va alors lire le mot difficile que la personne dyslexique entendra dans ses écouteurs.

Plus complexe à aborder, la dyslexie est une pathologie qui ne se limite pas à la vision. Ce trouble de la lecture est un frein à l’acquisition et à l’automatisation des mécanismes nécessaires à la maîtrise de l’écrit. Inversion de syllabes, confusions entre des lettres ou des mots dont les sons se rapprochent, et ainsi, problèmes dans la compréhension du sens des phrases … pour les personnes dyslexiques, lire un livre est trop souvent un calvaire. Et Marion Berthaut de Mobidys d’en expliquer les conséquences, in fine, sur la société : « Quand on sait qu’un illettré sur cinq est dyslexique, on se rend compte que c’est un vrai problème de santé publique. »

 

Rédigé par Anna Bochu
Journaliste