Jeudi 8 juin 2017, dans l’auditorium du bâtiment historique de BNP Paribas rue Bergère à Paris. Dans quelques heures, Sylvain Gariel sera désigné Innovateur de moins de 35 ans de l’année pour la France, mais il ne le sait pas encore. Pour l’heure, on discute de son parcours et de sa start-up, DNA Script, qui produit “de l’ADN synthétique grâce à une nouvelle technologie fondée sur les enzymes.” Sylvain détaille, avec des qualités de pédagogue certainement innées mais dont on sent qu’il les a aussi travaillées : “Écrire un code génétique, c’est comme faire un collier de perles : les enzymes sont utiles pour cela car elles vont chercher des perles et les collent au collier.”

Dompter des enzymes

Sylvain et son associé Thomas Ybert, avec qui il a fondé DNA Script en 2014, font des colliers, donc. À entendre ce jeune homme poli, souriant et très précis, on croirait presque qu’il était prédestiné à devenir entrepreneur dans la biotech. Il vient d’une famille de scientifiques — des médecins, surtout — et d’industriels : “Je suis assez marqué par la possibilité de faire exister une nouvelle réalité. C’est incroyable de pouvoir passer d’une simple idée dans son cerveau à un standard industriel”, s’enthousiasme-t-il. Depuis l’enfance, Sylvain Gariel est passionné par les biotech : “J’étais un enfant un peu bizarre. L’histoire de Genentech (entreprise pionnière de la biotechnologie, ndlr), je la trouvais incroyable.”


À sa sortie de l’école des Mines, Sylvain fait un stage chez Total pour y travailler sur les biocarburants. C’est là qu’il rencontre Thomas. “On a travaillé avec des start-up américaines qui produisaient des carburants à base de levures. On était très limités parce que les outils utilisés n’avaient pas évolué depuis des décennies, alors on a voulu mettre au point une nouvelle technologie inspirée de la nature.” En utilisant donc des enzymes, ces “petites machines biologiques”. Les deux amis poursuivent leur vie professionnelle chacun de leur côté mais ils consacrent leurs soirs et leurs week-ends à leur idée. Et finissent par s’apercevoir que l’institut Pasteur a ce qu’il leur faut. “On est allés les voir, on leur a dit qu’on voulait domestiquer les enzymes qu’ils avaient découvertes pour leur faire écrire du code génétique à façon. Ils nous ont proposé de collaborer et Thomas est devenu dompteur d’enzymes chez Pasteur.” La suite va vite : ils parviennent à fabriquer des petits fragments d’ADN qui convainquent des investisseurs de mettre deux millions et demi d’euros sur la table pour développer DNA Script. Un an après le début du travail à temps plein, ils sont désormais 14.

Vaccins ADN et soie d’araignée

Sylvain ne cache pas son enthousiasme face à la vie d’entrepreneur : “J’avais très envie de faire des choses par moi-même, de pouvoir me dire que j’avais agi sur des problèmes du quotidien. Il y a aussi la satisfaction de créer une équipe qui vient du monde entier, avec d’énormes nerds : c’est un bonheur de discuter avec eux, ils savent des choses que personne ne sait”, rigole-t-il. Mais la vraie excitation est dans le fait de créer une technologie “game changing”. Car fabriquer de l’ADN a des applications aussi variées que spectaculaires. Il y a d’abord la recherche contre le cancer : quand on cherche de nouveaux anticorps, “il faut fabriquer des grandes bibliothèques de séquences d’ADN qui codent pour des anticorps”. Savoir produire de l’ADN beaucoup plus vite permet de réduire les coûts et d’être plus efficace. L’idée s’applique également aux vaccins — au lieu d’injecter un anticorps, on injecte une séquence d’ADN qui code pour l’antigène — et à tout un tas de molécules chimiques qu’on ne peut pas produire industriellement, comme… la protéine de soie d’araignée. “On ne sait pas élever des araignées parce qu’elles se mangent entre elles. Mais leur soie a des propriétés incroyables ; la seule façon de la produire de façon industrielle, c’est de modifier les génomes de ces levures avec des gènes synthétiques.” Dernier exemple “waouh” que Sylvain sort de sa manche : le stockage de données en ADN. Puisque chaque “perle” permet de stocker de l’information, on pourrait conserver l’information produite en un an dans le coffre d’une voiture. Et pour ne rien gâcher, c’est un format universel et éternel.


DNA Script est donc bel et bien en train d’inventer un nouveau standard industriel. Après avoir fait sa preuve de concept, il faut passer à l’échelle industrielle, justement. Et lancer une seconde levée de fonds. Le prix de la MIT Technology Review tombe donc à pic pour donner plus de visibilité à la jeune start-up : “On a un projet très technologique dans un secteur où l’essentiel de l’information vient d’universités comme le MIT.  C’est une reconnaissance pour la société et l’équipe, c’est aussi une validation supplémentaire au plan technologique.” Et puis il y a le fait d’appartenir à une communauté d’innovateurs qui “ont des projets assez impressionnants et avec qui il y a toujours des choses à échanger. On est exposés à des gens bluffants !”


Initialement rédigé par Usbek & Rica 

Rédigé par L'Atelier BNP Paribas