La start-up suisse développe une application mobile pour aider les professionnels de santé à mieux suivre l'évolution des plaies et apporter un soin de meilleure qualité aux patients.

WoundDesk : le suivi des lésions se fait aussi à distance 

Marisol Touraine annonçait début mars 2015 un plan d'économie de 3 milliards d'euros pour 2017 dans les budgets des hôpitaux français dont 860 millions seraient dédiés à la maîtrise de la masse salariale. Ainsi, la pression exercée sur les professionnels de santé, chargés de fournir des soins de qualité aux patients malgré la baisse des moyens et des effectifs ne semble pas prête de s'affaiblir.

C'est dans ce contexte tendu que les concepteurs de WoundDesk, start-up suisse repérée au Hacking Health Camp de Strasbourg le 20 mars dernier, ont décidé de venir en aide au personnel soignant chargé de s'occuper du traitement et du suivi des plaies au travers d’une application mobile au but triple : permettre l'accès à des informations médicales sur l'historique du patient et des connaissances médicales sur les plaies, offrir un système de documentation de la plaie et enfin l'évaluation de celle-ci, qui repose sur une mesure semi-automatisée grâce à la prise de photo. Cette plateforme offre également des outils de visualisation des données, une analyse des données qui est clé non seulement pour les infirmiers mais aussi pour communiquer avec le patient « On s'est rendu compte qu'il s'agissait d'un outil très apprécié par les patients, à qui on est plus à même de faire un feedback intelligible », explique Patricia Sigam, médecin anciennement chirurgienne et co-fondatrice du projet. Selon des tests effectués par la start-up « montre en main », la solution permettrait aux soignants de gagner 20% sur le temps de travail quotidien grâce à une évaluation plus rapide. Et plus la personne aurait à traiter des données administratives, plus l'économie de temps serait conséquente – jusqu'à 40% pour les personnes en charge de l'administration médicale.  

+WoundDesk from digitalMedLab on Vimeo.

Une solution qui s'intègre au Dossier Médical Personnel (DMP)

« L'idée m'est venue alors que j'assistais à un congrès où les infirmières réaffirmaient la difficulté de suivi des plaies. J'ai alors pensé qu'il fallait trouver une solution pour leur faciliter la vie », explique Patricia Sigam. Les infirmier(e)s notamment celles et ceux qui se déplacent à domicile, peuvent se retrouver parfois isolé(e)s sans information préalable sur le patient. Par ailleurs, différents soignants peuvent être amenés à intervenir dans le suivi d'un patient. Or les plaies n'ont pas une évolution linéaire mais « capricieuse » selon les propos de Patricia Sigam. On comprend donc la nécessité de pouvoir établir un vrai suivi dans le temps, reposant des informations centralisées accessibles à l'ensemble des professionnels. WoundDesk propose alors une plateforme accessible sur support mobile dédiée aux professionnels de santé. Mais en plus de l'application mobile, une interface web a été développée. Pourquoi ? « Les personnes travaillant avec les soignants qui sont sur le terrain n'ont pas forcément les mêmes besoins d'usage ». D'après les tests effectués auprès des utilisateurs, l'équipe de WoundDesk a réalisé que les médecins traitants, les chirurgiens ou encore les personnes en charge de l'aspect administratif tendent à préférer le support web. Les informations issues de l'appli mobile, rassemblées en un « rapport des plaies », peuvent être exportées sous format PDF, partagées et intégrées très facilement aux DMP. « Notre solution n'est pas indépendante, elle s'intègre aux systèmes préexistants. Pas question de surcharger les médecins avec un système supplémentaire ! ».

Le suivi des plaies avec WoundDesk

L'application WoundDesk permet aux soignants de connaître des informations médicales sur le patient, de renforcer leurs connaissances et de documenter l'état de la plaie suivie. 

Communiquer entre professionnels de santé mais aussi avec les patients

Pour l'heure, l'application est disponible gratuitement au téléchargement sur Android depuis le 3 mars dernier mais Patricia Sigam et ses collaborateurs doivent progresser sur l'« intégration de la solution dans les systèmes existants », fruit d'un travail de paire avec des hôpitaux suisses et allemands notamment. Différents modèles économiques sont à l'étude pour l'instant, dont la vente de licence, avec pour objectif une mise sur le marché en septembre 2015. On peut très facilement imaginer la transposition de cette solution à d'autres problèmes médicaux, ce que relève également Patricia Sigam, « au fur et à mesure que nous développons notre solution, des idées de projets ne cessent de fleurir dans nos esprits ! ». Pour l'instant, une des étapes à venir consiste à proposer une interface simplifiée pour les patients. « Dans le cas de patients jeunes en particulier, on se rend compte que les proches peuvent être intéressés par suivre facilement l'évolution d'une plaie ».

Rédigé par Pauline Canteneur