Honni, detesté, rejeté, le terme « big data » est-il synonyme de « big mistake » ?

Vous avez dit big data ?

Si le terme « disrupter » hérisse les poils de certains, son petit frère « big data » affiche également un potentiel d’agacement certain. Et cette fois-ici, non pas parce qu’il s’agit d’un mot anglais francisé mais parce qu’on le retrouve aujourd’hui partout et en particulier dans les médias orientés nouvelles technologies. En aurait-on marre de « big data », ce super héros en phase de sauver le monde, employé parfois quand on ne sait pas vraiment expliquer les ressorts d’avancées technologiques complexes ? Alors le big data nous aide à prédire l’issue d’un match de football par ci, améliorer notre manière de cuisiner par là, appréhender les risques de santé des uns et comprendre l’impact du changement climatique sur les autres. Bientôt, le big data résoudra les conflits internationaux, sans nul doute.

Il semblerait donc que ce ne soit pas tant l’emploi du terme dans sa version anglaise que son utilisation massive qui gêne. Pourtant les pourfendeurs des anglicismes, qui sont aussi généralement de grands défenseurs de la langue française, sont nombreux à revendiquer l’éradication du big data. Le 22 août 2014, le Journal officiel publiait la traduction validée par la Commission générale de terminologie et de néologie du terme big data. Plutôt que d’affubler les textes de « big data » à tout va, les expressions de « mégadonnées » ou encore « données massives » devraient être préférées. Mais presque un an après l’annonce, qui au juste utilise ce terme de manière régulière en remplacement de big data ?

L’univers des nouvelles technologies et du numérique (on se retiendra de prononcer le mot magique « digital »), est un monde bourré d’anglicismes. Mais doit-on pour autant sortir nos griffes de coq ? Et si cela n’était pas un juste hommage aux pays anglo-saxons, les États-Unis en tête de file, en tant que vivier historique d’entrepreneurs ?

De surcroît, parler de big data, comme on parle de management, de marketing ou de start-up, permet peut-être simplement d’aller droit au but. Ce serait alors défendre l’idée selon laquelle la langue de Shakespeare, par sa merveilleuse concision, offre la possibilité de véhiculer une idée plus directement au lecteur. On reste d’accord que son emploi doit être mesuré, parcimonieux. Difficile de ne pas s’offusquer face aux Français dont le discours oral ou écrit se rapproche d’un gruyère aux trous comblés par quantités de processes, de choses touchy et uploadées, de team building et de reporting un peu trop boring, le tout dans le rush. L’excès n’a souvent rien de bon.

Illustration Manon Taillefer

Rédigé par Pauline Canteneur