A Melbourne, des salariés australiens sont connectés avec leurs homologues chinois 24h sur 24 grâce à des écrans appelés wormholes. Surveillance accrue ou meilleure communication ?

Au bureau, un écran “is watching you”

Wormholes. Voilà le nom des écrans installés dans l’entreprise australienne REA Group, portée sur les médias numériques et les biens immobiliers. Le nom est bien évocateur. En science physique, un « wormhole » (trou de vers) est un objet hypothétique supposé relier deux régions de l’espace - temps. C’est le cas à Melbourne, puisque ces écrans relient les salariés de l’entreprise à leurs collègues chinois situés à 7000 km de là. Des caméras peuplent les open space respectifs des collaborateurs et de larges écrans surplombent chaque rangée des bureaux. En soi, rien de plus qu’une visio-conférence, sa durée exceptée. 24 heures sur 24, il est par conséquent possible d’entrer en contact avec son coéquipier à l’autre bout du monde, d’un simple coup de tête.

La démarche de Nigel Dalton, le CIO de REA Group est celle-là: « Les emails sont des moyens de communication ni efficaces, ni très humains. » Ce qu’il faut en déduire, c’est qu’au cœur du dispositif se cache le désir d’une meilleure communication couplée à une meilleure collaboration. Une meilleure connaissance de l’autre également. Car parler à quelqu’un de visu et de vive voix ne peut rendre la conversation que plus chaleureuse et moins équivoque. Mais les moyens mis en œuvre pourtant laissent songeurs. Car Nigel Dalton le dit lui-même : “Vous avez vraiment la sensation de regarder à travers une fenêtre. » Et d’être observé en retour par le trou de la serrure ? Pourrait-on ajouter. Car les écrans encouragent malgré eux la surveillance et le voyeurisme, dans une société déjà peu encline au respect de l’intimité et de la vie privée. Dans cette mesure, il n’est pas certain que les pauses café se fassent dans la plus grande sérénité, un regard étranger au-dessus de l’épaule. Ainsi, après l’arrivée des capteurs en entreprise, les écrans, seront-il les Big Brother du Bureau ? A l’heure où le droit à la déconnexion entre dans les mœurs des entreprises, et que Flex office et télétravail gagnent progressivement du terrain, on a du mal à imaginer que cette initiative ne fasse pas figure d’exception.

Rédigé par Laura Frémy
Journaliste