La mise en place de politiques publiques d'incitation à l'entrepreneuriat, depuis les investissements dans l'éducation jusqu'aux fonds publics de soutien à l'innovation, serait sans effet notable sur la création de startups.

La création de startups, indépendante des politiques publiques ?

Les politiques publiques peuvent-elles réellement être efficaces dans la promotion et la création de startups? Avec les nombreux programmes qui se développent, et l'ensemble d'outils désormais disponibles pour les jeunes entrepreneurs, la dimension d'accompagnement et d'incitation semble avoir pris toute son ampleur, mais pour quel résultat concret ? Ce sont les questions que posent les chercheurs de la Fondation Kauffman dans leur étude sur les structures d'incitation aux startups aux États-Unis. Or, le résultat apparaît plutôt au détriment des politiques publiques. Quantitativement, aucun facteur extérieur publique ne semblent avoir d'impact notable. Cependant, c'est bien ce quantitativement qui est à soulever, et permet peut être de ne pas dénier aux politiques publiques structurelles une utilité certaine.

Aucune corrélation notable entre création d'entreprises et politiques publiques

Les chercheurs de la Fondation Kauffman ce sont ainsi attelés à rapprocher les données brutes disponibles concernant les différentes politiques publiques d'incitation à l'entrepreneuriat sur le territoire américain avec le taux de création de startups. L'un après l'autre, ce sont ainsi tous les mécanismes d'incitation qui apparaissent dénués d'impacts sur le nombre de startups créées. Il apparaît au contraire que, selon les endroits, ou plutôt selon la densité démographique, les startups aient déjà atteint leur masse critique. La politique d'éducation, au travers par exemple de programmes spécifiques dans les universités américaines n'influe ainsi pas sur le processus de création. De même, la présence de grandes entreprises technologiques, si elle peut avoir une influence sur les startups spécialisées dans les nouvelles technologies, ne dynamise pas les autres secteurs. La volonté ainsi de créer un "esprit startup" par le biais de centres rassemblant entreprises, universités et fonds d'aide publique à l'entrepreneuriat apparaît à la lecture de ce rapport relativement vaine. Enfin, l'analyse géographique, en termes d'intensité capitalistique et de présence ou non de nombreux fonds de Capital Venture, n'apparaît pas avoir de relation de cause à effet avec le dynamisme entrepreneurial.

L'approche qualitative

Si l'étude apparait bien avoir fait émerger certaines réalités statistiques, celles-ci restent avant tout appuyés sur la dimension quantitative. De même, si l'équipe de chercheurs n'a pu mettre en lumière de liens statistiques, ceci n'en nie pas l'existence possible. Enfin, et c'est sûrement le point le plus important à garder à l'esprit, quantitatif n'est pas qualitatif. Or, les apports des politiques publiques consistent d'abord à offrir aux jeunes entrepreneurs des aides et soutiens afin de permettre une certaine pérennité de la création de startups. Le rapport montre ainsi que si le taux de diplôme du secondaire n'est pas statistiquement pertinent, le taux de scolarisation est primordial. Il faut, dès lors, prendre ces conclusions avec la distance nécessaire : s'ils rappellent que la volonté de créer une entreprise est bien une décision individuelle difficilement impactable, la réussite du projet repose cependant sur la qualité de l'environnement. Le rapport termine ainsi, non pas sur l'inutilité des politiques publiques mais appelle à développer de nouveaux outils pour en mesurer l'impact sur la dynamique entrepreneuriale.

Rédigé par Quentin Capelle
Journaliste