En transposant les résultats d'une expérience menée sur des étudiants sur le thème de la collaboration, au monde de l'entreprise, on observe que celle-ci dépend grandement de la culture de la société et de ses employés.

Sans culture d'entreprise, difficile de collaborer spontanément

La coopération au sein d'un réseau social passe par la mise en place d'outils d'expression et d'information adéquats ainsi que par la présence préalable d'un terreau favorable. Des chercheurs ont mené une étude auprès de plus d'un millier d'étudiants espagnols, regroupés en un réseau social réel, afin de déterminer le taux de coopération entre eux autour d'un jeu orienté sur le dilemme du prisonnier. Les scientifiques ont ainsi pu constater que, même si le bénéfice à collaborer pour les deux parties est établi dès le départ, peu de personnes avaient tendance à le faire de manière régulière. On observe donc que 5% des individus collaborent systématiquement, 35%  jamais et 60% ne le font que suivant leur "humeur" (intérêt, historique de coopération avec les personnes concernées...). "On constate le même ratio de participation sur les plates-formes collaboratives des sociétés", décrit à ce sujet Pierre Milcent, consultant en réseaux sociaux d'entreprise chez IBM pour L'Atelier.

Des taux de coopération équivalents en entreprise

"Une petite portion des salariés contribuent activement, émettent de l'information, et une autre plus large agit comme un récepteur, s'implique pour recevoir cette information." D'autres enfin sont à l'écart de ce système. Les actions des employés ne seraient alors que le reflet d'une organisation sociologique, propre à l'espèce humaine. Si l’on en croit l’étude, la capacité à collaborer tient aussi compte d’autres critères : selon cette dernière, les filles coopéreraient plus que les garçons (de l’ordre d’environ 10%). Idem pour les étudiants en sciences humaines par rapport à ceux des disciplines technologiques (hausse de 4%). Reste que pour Pierre Milcent, l’engagement tient surtout à la culture d’entreprise ou du groupe. "S’il n’y a pas de volonté de diffuser et partager de l'information, un réseau social ne révolutionnera pas l'échange entre les salariés". 

La collaboration  forcée, inefficace sur le long terme

Mais au-delà de ces statistiques, existe-t-il des solutions pour pousser les gens à collaborer plus ? A priori non, les personnes ayant du mal à agir contre nature ou sous la contrainte. Les chercheurs espagnols évoquaient l’influence parfois bénéfique de la réprimande ou la possibilité d’établir des liens avec qui on le souhaitait. Des éléments peu en accord avec une vie d’entreprise. "Recourir à un système de valorisation grâce à des points ou des badges peut être efficace dans la phase tactique de démarrage du réseau", souligne Pierre Milcent. Un procédé qui marcherait très bien chez les anglo-saxons, qui apprécient d'avoir ce type de visibilité personnelle, mais beaucoup moins en France. Il est également possible de monétiser cette collaboration (créer du contenu, animer une communauté, partager des informations) mais pour la majorité des professions, il reste très complexe d'indexer la performance des employés sur ce type de critères.

Rédigé par Mathieu Paumard