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MILLIONS 

D'EUROS de recettes pour le marché des drones professionnels d'ici 2025

Changement de situation. Si le marché du drone grand public a décollé avant celui du monde professionnel, le second semble désormais promis à une belle destinée. Après des débuts timorés, la conjoncture lui semble désormais favorable et les usages se multiplient. Résultat : alors que le secteur des appareils de loisirs devrait passer de 90 millions d’euros en 2015 à 190 millions d’euros en 2025, celui des engins professionnels pourrait faire un bond de 65 millions d’euros à 461 millions d’euros, selon une étude du cabinet Oliver Wyman parue l’an dernier.

Mise en place d’un cadre réglementaire aux Etats-Unis depuis l’année dernière, baisse des coûts et miniaturisation des composants (capteurs, électronique embarquée, caméras…), amélioration des logiciels capables de fournir des diagnostics après enregistrement des données, en attendant une harmonisation européenne des réglementations … Les facteurs positifs ne manquent pas.

De fait, le véritable relai de croissance pour les fabricants de drones se situera bientôt du côté des applications commerciales. Les champions du drone de loisir ne s'y trompent pas. Soumis à la concurrence effrénée des acteurs chinois dans le grand public, Parrot a déjà investi le terrain, rachetant par exemple le spécialiste du drone agricole AirInnov en 2015. L’an dernier, il a lancé une nouvelle division dénommée Air Support, spécialisée dans la capture et le traitement de données numérisées pour l’industrie du bâtiment. L’ensemble de l’activité drones professionnels de Parrot a généré 11,7 millions d’euros de chiffres d’affaires (33% du CA du groupe) au deuxième trimestre 2017, soit une hausse de 42% par rapport à la période précédente. D’autres acteurs tels que Delair-Tech, Delta Drone , ou Airmarine ont centré, dès l’origine, leur activité sur les services associés aux professionnels.

Ready set action : quand les drones font leur cinema

DRONES

Shutterstock

L'audiovisuel, premier marché à adopter l'usage des drones

L'AUDIOVISUEL : PREMIER SECTEUR DES DRONES PROfessionnels

chambord

En France, le développement des drones pour un usage professionnel a profité d’un cadre réglementaire favorable, dès 2012, ce qui a permis à la filière d'émerger. Historiquement, l’audiovisuel s’est présenté comme l’un des premiers marchés à les adopter. Selon la DGAC, il reste le premier secteur de la filière drone concentrant la moitié du chiffre d'affaires en 2016. Les émissions de télé nécessitant de belles images aériennes, à l’instar de « des racines et des ailes », ou des événements sportifs tels que « Le Tour de France» sont friands de ces prises de vues qui permettent de magnifier le spectacle proposé. Le survol en drone de la cathédrale Notre-Dame ou encore celui des terrasses du château de Chambord permet de mieux nous faire apprécier les richesses architecturales. Au cinéma, de plus en plus de producteurs font appels à ces aéronefs sans pilote pour filmer de nombreuses scènes. L'utilisation des drones offre de nombreux avantages comme réduire les coûts de production, jusqu'à dix fois inférieurs à celui d'un hélicoptère, mais également la facilité d'accès, la sécurité et la proximité avec le sujet ou la scène filmée, souvent spectaculaire.

L'usage des drones dans le BTP et l'immobilier est en plein essor

thai binh phan
Regard d'expert

Thai-BINH Phan

Directeur Adjoint de Parrot Air Support

Le drone peut modéliser un bâtiment existant de cinq à dix étages de façon complète, sécurisée en quelques heures

Autre secteur en plein essor : la prise de mesures aériennes pour la topographie, la géomatique dans l’univers de la construction ou de l’extraction. « Les géomètres experts se sont emparés de cette technologie. Il y a désormais un marché bien établi » relève Michael de Lagarde, président de Delair-Tech, société pour qui cette activité représente la moitié des revenus. Parrot exécute ces prestations de mesure par drones pour l’industrie du bâtiment, « Le drone peut modéliser un bâtiment existant de cinq à dix étages de façon complète, sécurisée en quelques heures. Cela s’avère beaucoup plus simple que de monter un échafaudage ou faire appel à des cordistes ou des artisans sur les toits » relève Thai-Binh Phan, Directeur Adjoint de Parrot Air Support.

Ces capacités de mesure du drone sont également mises à profit pour suivre de manière précise l'évolution des activités de production menées dans des carrières, des mines et des chantiers de travaux publics nécessitant des excavations. Le but : obtenir un plan interactif 3D, remis à jour en continu, permettant d'analyser finement les matériaux extraits. Delta Drone, autre acteur du secteur, travaille ainsi pour le groupe cimentier Vicat et Eurovia, constructeur d’infrastructures de transport mais aussi principal producteur de granulats en Europe. Le spécialiste des drones effectue pour ce dernier des relevés de données sur ses 240 carrières situées en France

Le drone évalue aussi les granulats extraits des carrières

Escadrone
Escadrone

Dans la même veine, les drones sont des alliés précieux lors des missions d’inspections techniques et de surveillance d’ouvrages industriels. Un secteur où Parrot a conclu en début d’année un partenariat avec Bureau Veritas, grand spécialiste du marché des tests, inspections et certifications. Parrot exécute par exemple des missions d’inspection énergétique, domaine où il dispose d’un brevet lié à sa capacité à créer des modèles thermographiques 3D sur les  immeubles de grande taille. Fini les façades et toitures inaccessibles. Destinée à traquer les pertes thermiques en vue d'une opération de rénovation, la thermographie infrarouge par drone facilite le diagnostic, en proposant une reconstitution en 3D de l'enveloppe qui combine les photographies HD et les clichés thermographiques.

Assurer la surveillance linéaire de réseaux d'infrastructure d'Enedis, GDF ou SNCF

DES DRONES DE SURVEILLANCE

drone surveillance

La société Delair-Tech assure quant à elle la surveillance des infrastructures pour le compte de sociétés pétrolières ou de producteurs d’électricité. « Nos clients utilisent les données récoltées à des fins de maintenance de leurs installations qu’il s’agisse de diagnostiquer une ligne électrique ou un pipeline. Le drone remplace ainsi des moyens d’inspection traditionnels coûteux qu’il s’agisse de l’hélicoptère ou des équipes d’inspection à pied » souligne Michael de Lagarde, CEO de Delair. Les grands gestionnaires de réseau Enedis, GDF ou SNCF font partie des clients historiques de la société toulousaine pour lesquels elle effectue des missions de surveillance linéaire de leurs infrastructures. Le vol longue distance (plusieurs dizaines de km) hors de vue du pilote étant la spécialité de Delair-Tech. Cela n’empêche pas ces gestionnaires de disposer de leurs propres flottes. Mieux, SNCF a même inauguré en début d’année une nouvelle filiale, Altamétris, qui devrait faire concurrence aux prestataires en proposant aux entreprises ses propres services de surveillance pour la maintenance et l’inspection des bâtiments. 


" Le drone remplace des moyens d’inspection traditionnels coûteux qu’il s’agisse de l’hélicoptère ou des équipes d’inspection à pied "

Le secteur de la négociation immobilière n’est pas insensible non plus aux atouts de drones. Les clichés offerts par ces derniers peuvent être utiles comme argument de vente dans le cadre de la promotion de grands programmes immobiliers ou de maisons de prestige. « Lors d’un programme d’achat en Vefa (NDLR : achat sur plan d’un bien immobilier neuf non achevé) on peut intégrer la maquette numérique dans une véritable perspective aérienne » illustre Thai-Binh Phan.

D’autres croient beaucoup à l’émergence de la vidéoprotection par drone. Un segment sur lequel s’est par exemple positionné Azur Drones. Sa solution Drone'sGuard combine différentes technologies de vidéosurveillance telles que le tracking d'un individu, la lecture de plaque d'immatriculation, ou encore la transmission d'alertes en temps réel. Une offre que la société parisienne destine aux sites industriels et aux grands événements.

LES DRONES SONT DANS LE PRé

agridrone
Agridrone

L'agriculture, secteur naissant

de nombreux débouchés

drone agriculture

Encore naissant, l'agriculture est, aujourd'hui, l'un des autres débouchés prometteurs même si des doutes persistent quant au faible retour sur investissement. L’agriculture de précision utilise les drones dans le cadre de missions de conseil en apport en azote pour les grandes cultures, de réalisation de cartes de vigueur et de comptage des plants, et la mesure en 3D de la végétation dans le domaine viticole.

Ce rôle historiquement rempli par le satellite est aujourd’hui complété par le drone qui permet de couvrir les lacunes du premier : pas toujours au bon endroit au bon moment, moins précis et dont les performances dépendent de la couverture nuageuse. Delair-Tech effectue par exemple le comptage de plants dans le cadre de tests de cultures. « Les grands semenciers font des tests de semis sur de petites parcelles dont ils observent ensuite le rendement. Nous leur fournissons une solution de drone qui compte automatiquement les plants et estime leur vigueur. Au lieu de mettre plusieurs jours à répertorier ces parcelles, le drone effectue pour eux cette mission en quelques heures » décrit Michael de Lagarde. 

Les drones comme nouvelle source de la donnée

du drone et de la data

drone

Photos multi-spectrales, relevés thermographiques, mesures de cubature en carrières, images HD, les données captées par les drones sont de natures extrêmement diverses et peuvent servir les desseins de secteurs variés. L’utilisation du drone permet surtout d’ouvrir au numérique des opérations qui restaient très artisanales. Et devient ainsi une nouvelle source de données. Dans le BTP notamment, il rend l’inspection des grands ouvrages plus sûre et plus rapide, tout en augmentant le niveau de précision. Précision qui ne peut pas toujours être garantie avec les procédés d’inspections conventionnels, utilisant des cordistes ou des nacelles élévatrices. En complément, les opérateurs proposant ce genre de services s’équipent de solutions de traitement automatique des données comme en atteste la plateforme Intel Insight bâtie par Delair Tech et distribuée par le géant du numérique Intel. Avec pour bénéfice, la livraison d’informations directement exploitables par les clients.

Sophistication et miniaturisation des capteurs, évolution vers les drones autonomes (sans télépilote), automatisation de l’acquisition et du traitement des données par le biais de l’intelligence artificielle… Ces évolutions attendues devraient élargir le champ des possibles quant à l’utilisation des drones comme vecteur de collecte de données. 

Rédigé par Olivier Discazeaux