Depuis quelques années, la formation professionnelle profite de l’arrivée d’une nouvelle génération d’outils numériques : Mooc, serious games, classes virtuelles … Ces nouveaux modes d’apprentissage à distance suscitent l’intérêt des directions de ressources humaines, toujours à la recherche de la formule idéale pour former les salariés, de façon plus souple, à tout moment et quelle que soit leur localisation. Le tout dans une optique de réduction budgétaire des formations en présentiel qui mobilisent beaucoup de ressources et de logistique. L'arrivée des  « digital natives » sur le marché du travail, habitués à accéder à l’information rapidement en tout lieu, n’est évidemment pas étrangère à ce regain d’innovation en matière de formation.

L’explosion du format vidéo en ligne

Les Mooc ont réhabilité le concept d’autoformation à distance 

L’explosion du format vidéo en ligne joue actuellement un rôle crucial dans la démocratisation de l’apprentissage. Le succès des tutoriels YouTube ou des conférences TED, recueillant plusieurs milliards de vues, ne pouvait laisser indifférent l’univers de la formation professionnelle. Dans les parcours de formation, on assiste ainsi à une nette augmentation du recours à la vidéo que les apprenants sont invités à consulter de façon autonome. En vogue depuis quelques années, les Mooc (Massive Open Online Courses - ou Formation en Ligne Ouverte à tous) témoignent de cette tendance.  Selon le baromètre Cegos de 2016, un tiers des salariés interrogés par l’organisme de formation auraient suivi un Mooc ou un de ses avatars au cours de trois dernières années. Ces cours en ligne ont relancé l’intérêt pour la formation à distance en introduisant une dose de collaboratif, grâce à des interactions entre apprenants, une animation par des community managers et donc un recours privilégié à la vidéo. «  Les Mooc ont réhabilité le concept d’autoformation à distance » souligne Philippe Gil co-fondateur de IL&DI, cabinet de conseil et d’étude, spécialisé en innovation dans la formation et le Digital Learning.

Regard d'expert

Philippe Gil 

Co-fondateur d'IL&DI

Au sein d’un Mooc, l’apprenant fait partie d’une promotion. Il dispose ainsi de la possibilité d’échanger avec ses pairs ou avec un tuteur. Il n’est plus seul face à la machine 

Ils tendent en effet à gommer les défauts de leurs prédécesseurs : ces plateformes d’e-learning où l’apprenant était livré à lui-même face à un didacticiel, ou des documents numérisés rébarbatifs, bien souvent sans accompagnement ni interactions humaines. « Au sein d’un Mooc, l’apprenant fait partie d’une promotion. Il dispose ainsi de la possibilité d’échanger avec ses pairs ou avec un tuteur. Il n’est plus seul face à la machine » détaille Philippe Gil. Le cours est rythmé, échelonné. Les contenus suivants n’étant disponibles qu’après une étape franchie. Surtout, le programme se veut plus convivial, le parcours formation laissant une large place à la vidéo utilisée en séances courtes de dix ou quinze minutes réparties sur plusieurs semaines. Un argument de poids pour la génération YouTube. «  La durée des modules pédagogiques est une autre différence fondamentale avec la précédente génération d’outils d’e-learning qui pouvaient mobiliser l’apprenant plus d‘une heure » relève Patrick Galiano manager digital learning pour l’organisme de formation Cegos. Cela réduit les risques que le candidat décroche.  



de MOOC (etudiants) A COOC (entreprises)

coursera.org/enterprise

Réservés au départ aux étudiants, les Mooc se sont progressivement ouverts au monde de l’entreprise. Avec quelques adaptations. Les Cooc ( Corporate Online Courses) sont ainsi la version « entreprise » de ces formations en ligne. Ils reprennent les mêmes ingrédients que leur homologue grand public mais leur  contenu est construit spécifiquement pour les salariés d’une entreprise. Pour adapter le programme à leur environnement, les entreprises peuvent évidemment se tourner vers les organismes de formation mais aussi les plateformes spécialisées. Depuis 2016, le géant californien des Mooc, Coursera, s’est ainsi ouvert à la formation continue, histoire de ne pas rester cantonné au domaine académique. Il multiplie les partenariats avec les entreprises - notamment françaises comme L'Oréal, Air France, Criteo -  afin de fournir à leurs employés des cours en ligne.

L’ autoformation n’est pas à la portée de tout salarié

Le vrai défi des Mooc, depuis leur lancement, reste le taux d’abandon important des participants

Mais apprendre à distance, de façon autonome, n’est pas à la portée de tout salarié quand bien même on est un « digital native » coutumier des tutoriels YouTube.  L’apprenant doit conserver une bonne dose de persévérance et de motivation pour réussir, seul devant l’ordinateur, à suivre le programme de formation jusqu’au bout, en jonglant avec son activité professionnelle. Résultat : «Le vrai défi des Mooc, depuis leur lancement, reste le taux d’abandon important des participants » souligne Patrick Galiano.


le serious game "PROMISE" 

Un peu plus ancien, le serious game (ou jeu sérieux) vise quant à lui  à introduire des aspects ludiques dans la formation à distance. Il reprend les codes familiers du jeu vidéo : récompenses ou points cumulés, niveaux à franchir, utilisation d’avatars etc …. L'armée américaine a été l’une des premières organisations à utiliser un serious games, America's Army,  il y a 15 ans. Au travers ce jeu de simulation militaire, elle cherchait à inciter les jeunes générations à découvrir les opérations militaires et à valoriser son image. En France, le constructeur automobile Renault a été pionnier dans l’utilisation du jeu comme outil d’apprentissage en lançant Renault Academy , un jeu sérieux qui vise à améliorer les techniques de ventes de ses commerciaux au niveau mondial.

Apprendre en s’amusant, le jeu sérieux a fait un temps figure d’outil idéal à l’autoformation à distance. Après des débuts encourageants, les perspectives initiales de développement dans l’univers de la formation continue ne se sont pas complètement concrétisées. L’émergence des technologies de réalité virtuelle pourrait néanmoins relancer leur intérêt. Plusieurs raisons à cela. Souvent coûteux à développer, le jeu sérieux n’est pas à la portée de toutes les bourses. Même si, ces dernières années, la solution s’est démocratisée. Les éditeurs proposant désormais des outils de développement qui permettent de concevoir des solutions à moindre frais. « Aujourd’hui, les logiciels auteurs qui aident à la création de contenu grâce à des bibliothèques d’avatars, des scénarios et décors préétablis rendent accessible le développement d’un serious game pour quelques milliers d’euros » souligne Philippe Gil.

Les classes virtuelles ont fait une percée spectaculaire

Pulse
  • 1 min

Quoi qu’il en soit, le jeu sérieux reste réservé à certains sujets. Son intérêt pédagogique réside surtout dans l'expérimentation, la mise en pratique de ses connaissances, moins dans l’acquisition d’un savoir. « Il est particulièrement adapté aux formations qui nécessitent de recréer un environnement technique dans l’industrie ou dans la santé » observe Patrick Galiano. A l’image de Pulse, l'un des premiers serious games créés afin de former le personnel de santé par simulation dans un hôpital en 3D au rendu très réaliste. Le recrutement et l’entretien de la marque employeur est un autre domaine de prédilection. Le fabricant de produits d'hygiène et de beauté L’Oréal s’est fait une spécialité des jeux sérieux dédiés au recrutement comme par exemple Reveal qui initie les jeunes diplômés aux métiers du groupe.

Ces dernières années, ce sont en réalité les classes virtuelles qui font la percée la plus spectaculaire selon Patrick Galiano. En 2016, 33% des salariés l’ont déjà expérimenté, toujours selon le baromètre Cegos, soit une progression de 17 points, par rapport à l’année précédente. Avantage de cette modalité de formation : elle permet de reproduire une situation traditionnelle d'apprentissage en salle, par le biais d'un logiciel de webconférence évolué. En quelques instants, les utilisateurs sont plongés dans une interaction aussi vivante qu’en face à face avec des éléments d’animation similaires aux conditions réelles : tableau blanc, pointeur visuel, partage d’écran et de documents, messagerie instantanée  etc…  A la différence du webinaire, une classe virtuelle n’est pas une formation unilatérale où l’apprenant reçoit passivement des informations. Lors d’une session, ce dernier peut échanger non seulement avec le formateur mais aussi avec les autres participants via le tchat ou la vidéo caméra pendant la session. En ce sens, la classe virtuelle entretient la dimension sociale, si importante, de l’apprentissage. D’où son succès. Son utilisation s’inscrit généralement dans le besoin des entreprises de former plus de monde sur une période courte. En parallèle, les outils de e-learning n’ont pas disparu pour autant. Ils se distinguent désormais par une forte scénarisation pédagogique ainsi que des contenus très graphiques et interactifs. La scénarisation pédagogique peut être poussée jusqu’au « storytelling » avec des mises en situation impliquant décors et personnages, les contenus pédagogiques étant apportés au gré d’une histoire.

Le parcours de formation mixte devient la norme

KLAXOON

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Aussi intéressants soient-ils, ces outils d’apprentissage à distance sont loin d’avoir supplanté la formation traditionnelle, en présentiel, où un formateur dispense ses connaissances à un petit groupe d'apprenants. Sans surprise, la salle de cours reste le moment privilégié et incontournable. Mais les exigences vis-à-vis du formateur évoluent à la hausse. «  Il s’agit désormais de rendre la session en salle plus dynamique, avec des moments participatifs et une écoute plus attentive des participants » analyse Philippe Gil. Le formateur se doit de développer la collaboration et le partage d'expériences entre salariés formés. Ces derniers affectionnant l’échange de leurs impressions. Dans ce domaine, des solutions numériques comme Klaxoon, Kahoot et Socrative donnent la possibilité à l’intervenant de solliciter les échanges avec les participants au travers de quiz, sondage, challenges, brainstorming, messages instantanés ... Au-delà, les services de formation sont encouragés à évaluer les atouts de chacun des modes d’apprentissage - présentiel, e-learning scénarisé, serious game, classe virtuelle, Mooc - à l’heure de la conception d’un programme de formation donné. « La notion d’ingénierie pédagogique, c’est-à-dire la capacité à créer un dispositif pertinent en fonction du besoin de formation, est remise en avant » estime Philippe Gil.

En pratique, on assiste à une recrudescence des parcours de formation mixant session à distance en alternance avec les moments de présence en salle. Un salarié suit, par exemple, un MOOC puis se retrouve avec d’autres participants pour se réapproprier le contenu à travers des jeux, des quiz. Plus de la moitié des plans de formations bâtis par les entreprises font appel à ce cocktail "présentiel + à distance" selon le livre blanc « les chiffres 2017 du digital Learning » de l’ISTF. Cette formule a l’avantage de pas perdre le côté humain de la formation en salle tout en plaçant le salarié au cœur du dispositif en le rendant acteur de son propre apprentissage. Dans le cadre de ces dispositifs multimodaux, le candidat peut en effet apprendre la théorie à son rythme sur son ordinateur ou son smartphone, via une session en ligne, puis passer à la pratique en présentiel. Voilà qui devrait satisfaire les nouvelles générations qui se caractérisent non seulement par leur appétence pour les technologies numériques mais aussi par leur volonté d'autonomie.

Rédigé par Olivier Discazeaux