Malgré les bénéfices certains pour les différents acteurs concernés, les tiers lieux servant au co-working ne se développent pas encore assez vite. Pourtant les freins ne seraient pas si évidents.

[Digiworld Summit] Déploiement des espaces de co-working : des alibis plutôt que des freins

Dans une projection à l’horizon 2025, L’Ile de France et les 20 plus grandes agglomérations françaises devraient compter près de 21% de télétravailleurs dont 11% d’entre eux seraient utilisateurs de télécentres ou espaces de co-working. En conséquence, une étude, menée par la Caisse des Dépôts et Consignations en collaboration avec l’ENS Cachan à paraître en Décembre et présentée aujourd’hui même à l’occasion du Digiworld Summit à Montpellier, dévoile qu’il ne faudrait pas moins de 438 espaces de ce genre sur le territoire dont 300 en Ile de France pour absorber la demande. Cela suppose de résoudre deux problématiques préalables. La première au niveau micro-économique consiste pour les entreprises à réfléchir au déploiement des effectifs et la seconde de niveau macro-économique suppose d’organiser les externalités positives pour les espaces urbains.

Des alibis plutôt que des obstacles

Si le nomadisme prend du temps à se répandre, “c’est que certaines entreprises ont des alibis plutôt que des freins” explique Caroline Jessen, DRH France de Cisco, présente à la table ronde consacré à ces lieux tiers. Le premier de ces freins serait législatif. Le code du travail est complexe et peut souffrir d’une certaine rigidité. Néanmoins, des dispositions seraient faciles à prendre pour organiser le télétravail en vue d’améliorer l’attractivité de l’entreprise et la rétention des collaborateurs. Les contraintes organisationnelles supposeraient en fait un changement dans la conception du management. “Cela suppose de passer d’une relation parent-enfant à une relation entre adultes” au sein de l’entreprise, continue Caroline Jessen. Ainsi, s’il est légitime de savoir si un employé travaille ou non, il conviendrait de passer à une relation de confiance plutôt que de contrôle. Par ailleurs, les télécentres apparaitraient comme une solution de choix quant aux contraintes technologiques et de confidentialité, des espaces pouvant être aménagé à but « privatif ». Pour que l’entreprise puisse profiter des avantages du nomadisme, il faudrait que “les comités de direction se l’approprie” conclut-elle. En l’intégrant à leur stratégie, les “early adopters” du nomadisme pourrait bien en tirer des facteurs clé de succès.

Les vertus du télétravail comme base

Car les bénéfices existent. Ainsi, l’étude révèle que chaque individu télétravaillant deux jours par semaine dans l'un de ces espaces lorsque proche de son domicile économiserait 73 minutes par jour ainsi que 124 euros par mois en transports ou en repas par exemple. Le temps économisé par individu serait, par ailleurs, consacré à moitié à son épanouissement personnel et à moitié consacré au travail. L’intérêt pour l’entreprise serait principalement économique. Le télétravail permettrait de réduire l’absentéisme de 5,5 jours par an par télétravailleur. Le gain de production s'élèverait également à 13%, 7% de productivité et 6% en temps de travail. Enfin, les collectivités locales pourraient également profiter de ce mouvement puisque le nomadisme au sens large entraînerait 10 emplois induits en moyenne par agglomération et 55 500 euros de recettes fiscales supplémentaires. En fait, la généralisation du télétravail et à fortiori des télécentres pourraient faire économiser 549 millions d’euros par an à la collectivité.

Rédigé par Pierre-Marie Mateo
Journaliste