Il y a quelques mois, la French Tech a décerné son label à Abidjan. Zoom sur l'écosystème entrepreneurial ivoirien avec Patrick M'Bengue.

[Ecosystème] La Côte d’Ivoire parie sur l’entrepreneuriat innovant

Avec un taux de chômage de la jeunesse atteignant les 25% en 2014, la Côte d’Ivoire mise sur l’entrepreneuriat. Depuis son indépendance en 1960, s’est installé un esprit dynamique et innovant sur lequel se base encore aujourd’hui le développement économique du pays. Mais les fonds manquent et son écosystème a besoin de structuration. Ainsi, en février 2016, la French Tech a décerné son label à Abidjan, la capitale économique. Son but ? Faire rayonner les start-up françaises présentes dans le pays mais aussi apporter son expertise à l’écosystème en place.

Pour en savoir plus, nous sommes allés à la Semaine Digitale de Bordeaux pour rencontrer un entrepreneur ivoirien et, qui plus est, membre du comité de pilotage de la French Tech à Abidjan. Patrick M’Bengue, PDG d’Inova mais surtout expert en TIC et mentor de start-up, nous donne un aperçu de l’innovation digitale en Côte d’Ivoire.

Patrick M'Bengue dans son bureau.

Patrick M'Bengue à Abidjan ©Patrick M'Bengue

Abidjan a reçu le label French Tech en février 2016. Qu’apporte ce partenariat entre ces pays ?

Nous avions besoin de la French Tech à Abidjan afin de mettre en place de bonnes pratiques dans le domaine de l’incubation et de l’accélération des jeunes pousses d’origine française comme ivoirienne. La French Tech joue un rôle fondamental dans la fertilisation des écosystèmes ivoiriens et fait l’union entre les dispositifs publics et privés.

Mais à terme, le but n’est pas de s’émanciper d’elle. Elle n’est pas présente comme une enclave. Au contraire, elle se mue dans le pays. C’est pourquoi je préfère parler de « Francophonie Tech », expression qui définit mieux notre collaboration.

Vous parlez d’une union entre le public et le privé. Dans quel cadre ce rapprochement est-il actuellement nécessaire ?

Dans l’économie créative ivoirienne, il existe deux écosystèmes d’accompagnement marqués. L’écosystème public est mené par le Ministère de l’Economie Numérique et le Ministère de l’Entrepreneuriat. Ils se sont associés pour mettre en place une stratégie d’incubation autour d’une fondation qui permet aux jeunes de postuler sur des projets, de les incuber sur la plateforme de la Zone Franche de grand Bassam, grâce à un financement public pour accompagner le développement de ces entreprises dans leur phase d’amorçage. A côté de ça, se trouve le volet privé incarné par le Patronat ivoirien. Il a mis en place des fonds de garantie qui permettent aux jeunes entreprises de se développer.

Ces deux systèmes fonctionnent et cohabitent. Mais le but du jeu est d’aujourd’hui créer des interfaces entre eux deux pour améliorer le taux de viabilité des entreprises.

Une équipe ivoirienne au travail

Sur quels domaines le label va-t-il pouvoir influer concrètement?

En ce moment, l’effervescence se concentre sur le domaine du digital, des technologies de l’information et de la communication et du web média. L’avantage est que tous ces nouveaux métiers ne nécessitent pas de gros moyens en terme d’infrastructures et d’investissement financier et le numérique permet d’offrir beaucoup d’emplois.

Par contre, certains secteurs comme ceux de la distribution, du commerce, de l’agro-industrie et de l’artisanat ont besoin de leviers organisés pour booster l’innovation. Mais également d’acteurs qui soient capables d’accompagner financièrement cette économie créative. Et c’est tout le travail de la French Tech, d’ailleurs. Les transformations digitales qu’on pourrait leur apporter sont, à mon sens, très prometteuses pour le développement de l’entreprise ivoirienne.

Au niveau de l’entrepreneuriat innovant, de quoi la Côte d’Ivoire peut-elle être fière aujourd’hui ?

Sans aucun doute, les innovations dans l’inclusion financière. Avec le fort taux de pénétration de la téléphonie mobile dans le pays et la faible bancarisation des ménages, nous avons créé des applications mobiles qui permettent à chacun d’accéder au monde financier. C’est une chose que les Européens ne connaissent pas, car ils fonctionnent uniquement avec la carte bancaire. Nous, nous avons sauté cette étape pour agir directement au niveau du téléphone mobile.

Rédigé par Anna Bochu
Journaliste