Malgré un potentiel certain, la France est en retard dans le domaine de l’innovation. La cause de ce retard ? Des politiques culturelles souvent inadaptées et des outils d’appui trop complexes à utiliser.

Des entreprises françaises pas assez offensives avec l'innovation

En France, si l’innovation s’invite de plus en plus  en entreprise,  elle n’en que trop rarement un constituant à part entière. L’étude* menée par la CCI de Paris révèle que l’innovation n’est pas omniprésente dans les stratégies des entreprises, néanmoins « 62% des salariés du secteur privé ont été concernés au cours de cinq dernières années par une ou plusieurs innovations liées au numérique ». Considérée comme une « rupture technologique » l’innovation peut potentiellement bouleverser la vie de l’entreprise. Raison pour laquelle les employés ont tendance à assimiler innovation et risque, à percevoir celle-ci comme un élément difficile à maîtriser, plus que comme une réelle opportunité pour leur entreprise d’évoluer. De plus, L’accès au financement de projet d’innovation s’avère fastidieux : 36% ayant voulu accéder à un financement ont estimé le montage de dossier trop complexe, et 31% ont souligné la difficulté à identifier un interlocuteur. Malgré les obstacles, l’enquête fait ressortir une réelle demande des salariés : « 76% des actifs souhaiteraient que leur entreprise les incite d’avantage à innover au quotidien ». L’innovation est effectivement liée au risque puisque l’échec peut être rencontré, mais il doit être relativisé et utilisé comme outil d’apprentissage. L’innovation dans l’entreprise est d’autant plus importante que son impact positif est  démontré dans l’étude : « Pour 60% des salariés du secteur privé, l’innovation est essentielle pour créer de l’emploi.

Corriger l'articulation des pôles de compétitivité de la région

Près de la moitié des PME françaises n’a pas entrepris de démarche d’innovation au cours des deux dernières années. Malgré une récente évolution des politiques publiques, celles-ci restent très – voire trop – orientées vers la technologie et le domaine du high-tech alors que « 80% [des innovations] sont de nature sociale, organisationnelle, commerciale, marketing ou financière ». Les PME ne disposent pas toujours des compétences nécessaires pour appréhender les projets innovants, alors que la région parisienne possède un potentiel énorme en matière d’innovation.  En effet, l’Île-de-France dispose de nombreux pôles de compétitivité, ceux-ci jouissant de multiples ressources humaines, financières, technologiques et infrastructurelles. Et la CCI de promouvoir le projet du Grand Paris qui constituera, selon elle, un « réseau d’écosystèmes favorable à l’innovation » adapté aux nouveaux besoins des entreprises. Il devient primordial pour l’Île-de-France de porter ses projets d’innovation et d’améliorer les relations entre les différents pôles de compétitivité pour encourager les partenariats : « 40 %  des entreprises en Île-de-France qui ont abandonné des projets d’innovation au cours des deux dernières années, l’ont fait en raison d’un manque de partenaires.» C’est pourquoi il est nécessaire d’instaurer un accompagnement des entreprises pour les aider à identifier les marchés sur lesquels un renforcement de l’innovation est nécessaire. Les pôles de compétitivité constituent un soutien essentiel aux entreprises mais « seul un projet des pôles sur 4 débouche sur une innovation en tant que tel ». Les pôles ont une faible couverture des entreprises en Île-de-France, qui en recense plus de 800 000. En effet « Seulement 14% des établissements en Île-de-France ayant entrepris une démarche d’innovation au cours des 2 dernières années sont en relation régulière avec un pôle de compétitivité. »

Recherche d'informations, réorganisation ... les entreprises testent

L’analyse de la cinquantaine d’entretiens qualitatifs fait ressortir que les entreprises concernées cherchent à intégrer l’innovation dans leur fonctionnement en s’ouvrant au monde extérieur en initiant de plus en plus de « Learning Expeditions ». L’étude révèle également une quête d’informations de la part des entreprises beaucoup plus conséquente (informations de marché, veille technologique et autres sondages). En plus de cette politique d’agrégation d’informations, les entreprises travaillent sur leur politique de recrutement en privilégiant des profils créatifs au détriment de profils technologiques. Une réorganisation des équipes en interne est initiée au sein des entreprises : Une équipe est exclusivement dédiée au développement de l’innovation et l’implication du top management - qui est en mesure de déclencher les projets innovants -  est encouragée. Dégager du temps pour que les membres de la société puissent réfléchir à une stratégie face au digital est une autre mesure privilégiée par beaucoup d’entreprises. De plus, ces dernières estiment qu’il est nécessaire d’adapter les méthodes de travail à l’innovation en initiant des groupes de travail et une gestion différente des principaux projets. Toutes ces mesures, reliées les unes aux autres par un seul et même but, sont génératrices de nouveaux produits, de nouveaux modèles économiques, de nouvelles formes de commercialisation et de nouveaux marchés. L’enjeu de l’innovation est bien réel pour la France afin que celle-ci puisse améliorer sa compétitivité à l’échelle mondiale.

*Etude qui s’appuie sur une cinquantaine d’entretiens qualitatifs avec des responsables d’entreprise, une enquête quantitative auprès de 6000 entreprises et des auditions d’experts institutionnels.

Rédigé par Anthéa Delpuech