Du 12 au 18 octobre à Paris s'est tenu l'AdaWeek, une semaine de forums sur la place des femmes dans les sciences, technologies, mathématiques et en ingénierie. L’occasion de faire le point sur leur participation dans ces secteurs.

Les femmes dans les nouvelles technologies et l’importance de l’éducation

Le nom « AdaWeek » s'inspire de la comtesse anglaise Ada Lovelace qui fut la première personne au monde à coder en 1843. Le premier programmateur de l'Histoire est donc une femme. Pourtant nous sommes peu nombreux à le savoir et les femmes sont aujourd'hui sous représentées dans les écoles d'informatique. Cette sous-représentation se retrouve ensuite dans les entreprises du numérique. Vincent, qui travaille aux ressources humaines de Critéo, explique: « on a très peu de CV féminins mais on ne fait pas de discrimination positive ». Il reconnaît pourtant que la diversité est toujours bénéfique aux entreprises et qu'un plus grand équilibre hommes-femmes serait donc apprécié.

En effet, à l'heure de la révolution numérique et du Big Data, encore peu de femmes sont présentes dans ces domaines, on estime qu’elles représentent 3 à 30% des effectifs selon le secteur. Charlotte de Broglie, Présidente de l’AdaWeek, explique que nous sommes à un moment charnière où les métiers dans les STEM (sciences, technology, engineering & mathematics) vont prendre de plus en plus d’importance. “Peut-on décider de laisser 50% de la population à l’écart de cette révolution?” Le milieu académique notamment est celui qui se porte le plus mal. Il faut savoir que cette situation n’est pas que française, même si certains pays comme les pays nordiques sont à la pointe quant à l’égalité hommes femmes, une majorité de pays sont dans la même situation que la France.

L'orientation et l'éducation, des alliés de poids pour féminiser les STEM

Le thème de l’éducation est notamment central pour féminiser les STEM. On se rend compte qu'il existe toujours des clichés sexistes dans les manuels scolaires qui mettent très souvent en avant des scientifiques de sexe masculin et ne présentent des femmes de renom comme Marie Curie qu'accompagnées de leurs maris. Même si les filles sont en général plus studieuses et ont de meilleures moyennes en France, quand on se penche sur les plus hauts résultats en mathématiques, l'écrasante majorité est détenue par des garçons.

Adaweek conference

Il y a donc encore des progrès à faire dans l'orientation des jeunes filles vers les filières scientifiques - non seulement pour leur en donner le goût, mais aussi pour les soutenir et leur donner confiance en leur compétences. Laure Némée, CTO de de Leetchi, soutient ce constat et pense que des associations comme Duchess France qui promeut les femmes avec des profils techniques dans l’informatique sont essentielles. En effet, elles permettent de montrer aux jeunes filles qu’il est possible de percer dans le secteur informatique mais en plus d’y faire carrière. En plus de proposer des formations au code, Duchess France encourage les femmes développeuses à parler lors de conférences. Quand 10 à 15% des postes dans les STEM sont occupés par des femmes, elles ne sont que 2% à s’exprimer face au public sur le sujet.

Le code ne contrôle pas le monde mais il contrôle les machines qui contrôlent le monde. En apprenant le code aux femmes, on leur donne les clés pour s'ouvrir de nombreuses opportunités professionnelles. Contrairement aux idées reçues, il n'est par exemple pas nécessaire d'avoir une formation scientifique pour être une bonne développeuse. Sonia Prévost, Ruby Developer chez Agorize, raconte : “J'ai une licence de lettres, ça ne m'a pas empêchée d'apprendre à développer. Au contraire !”

Plus de modèles pour inspirer les jeunes filles

Enfin, il a souvent été répété que ce qu'il manque aux jeunes femmes d'aujourd'hui pour plus se lancer dans les STEM, ce sont des modèles. Joanna Shields par exemple est la première ministre en charge de la sécurité internet au Royaume-Uni après avoir été directrice de Facebook Europe. Elle est aussi à l'origine de la Tech City UK Initiative qui valorise le secteur des technologies dans le pays. Une preuve de plus qu'il est parfaitement envisageable de réussir en tant que femme dans ces secteurs autrefois réservés aux hommes.

Selon Charlotte de Broglie, “il faudra attendre une à deux générations pour constater un réel changement dans tout ce qui touche les sciences dures dans la mesure où elles impliquent un parcours académique completPour ce qui est du numérique, la prise en main de celui-ci par les populations est un enjeux sociétal, la reconversion peut être très rapide.” Il est en effet tout à fait possible d’intégrer les bases du codage en quelques semaines. Une bonne nouvelle quand on sait qu’en 2013, seulement 23% des effectifs des entreprises du numérique étaient des femmes selon un rapport Syntec, OCDE, IESF.  

 

 

 

 

Rédigé par Constance Guyon
Journaliste / attachée de production