L’idée de valeur s’est construite au fil des ans pour revêtir deux aspects majeurs : celui de la morale et celui de l’économie. Penser la valeur du travail en entreprise, c’est donc penser nécessairement l’adéquation de l’éthique et du financier. Sur le plan économique, les poules aux œufs d’or qui transformeront le visage du travail et les entreprises en termes de productivité et de bénéfices,  s’appuieront sans surprise sur une meilleure exploitation des données (de l’entreprise, des clients et des consommateurs). A plus long terme, sur l’insertion de l’intelligence artificielle. Un projet d’ambition quand on sait que la transition numérique des entreprises (ETI et PME) a du retard. C’est en tout cas ce que révèle l’étude du bureau McKinsey. Puis sur le plan de l’éthique, repenser la place de l’homme au milieu des nouvelles technologies, pour le laisser exprimer au travail cette créativité qui le placera toujours au-dessus de la machine, telle est la valeur de demain, en tout cas pour nos experts de l’Atelier BNP Paribas.


Maîtriser les "data"

Plus de 85% des dirigeants affirment qu’ils n’arrivent pas vraiment à atteindre les objectifs qu’ils se sont fixés dans l’analyse des données.

Depuis près de 5 ans, les entreprises se sont lancées dans la collecte des données et leur analyse pour valoriser leur activité. Pourtant, la plupart des entreprises qui en ont compris somme toute l’importance, ne parviennent qu’à en capturer une fraction de la valeur potentielle en termes de revenus et de profits. A ce titre, plus de 85% des dirigeants affirment qu’ils n’arrivent pas vraiment à atteindre les objectifs qu’ils se sont fixés dans l’analyse des données structurées. Cet écart entre opportunité et réalité trouve de nombreuses raisons comme l’incapacité à avoir une

vision stratégique sur l’utilisation de la data et l’impossibilité d’acquérir pour l’heure les compétences nécessaires. Ainsi que la difficulté à incorporer la data dans le process actuel des entreprises.

Or, surmonter ces obstacles serait pour les entreprises qui ont misé sur la data, une source de valorisation de taille.


La promesse de la data c’est de dire comment on peut façonner de nouveaux services à forte valeur ajoutée en fonction des préférences des clients et des utilisateurs.  Et si possible en anticipant leur préférence.

Yoni Abittan

Senior Strategic Analyst

L'Atelier BNP PARIBAS

Car les données remodèlent et transforment les organisations pour les faire entrer dans une économie moderne qui se base toujours sur la digitalisation. Leur valeur réside dans la capacité qu’ont les données à réduire la correspondance inadéquate entre l’offre et la demande, à diminuer l’importance de biens inutilisés, comprendre la part de l’erreur humaine, et avoir une analyse non plus démographique mais comportementale. Surtout le plus important est d'anticiper les préférences des clients et des consommateurs.

Miser sur l'IA

LES OPPORTUNITES QUE LAISSE PRESAGER L'IA POUR l'ENTREPRISE

Shutterstock

Les dernières avancées en terme de robotique, machine learning et IA laissent présager des opportunités substantielles dans le monde de l’entreprise. Pour rappel, les deux principales promesses de l’année 2016 reposent sur la rapidité et la capacité démultipliée de calcul et de stockage de la Machine illustrée par la défaite du champion mondial au jeu de Go par la machine AlphaGO de la société Deep Mind, et la capacité pour l’IA de s’incarner grâce à la voix. Ce qui ouvre ainsi le champ de la communication entre l’homme et la machine. Ces nouvelles donnes que l’on ne retrouvait pas dans les robots industriels classiques, déjà en place, promettent un gain de valeur et de productivité pour les entreprises qui investiraient dans ces technologies.

La valeur de l'IA reposera sur l'interaction homme-machine

Yoni Abittan, un de nos experts à l'Atelier BNP Paribas raconte : « A l’époque du taylorisme et du fordisme, on trouvait les prémices de la robotisation, et des machines en plus de la division du travail et du chronométrage des tâches. Dans les années 40, on trouvait déjà cette interaction homme-machine dans la chaîne de production. Et pour moi, quel que soit l’IA ou la machine, la valeur véritable repose sur cette interaction là.

Deep Mind - Go
  • 3 min

-40%

Google

Sur sa facture energetique


Car l’automatisation a le potentiel suivant : accroître la productivité, la cadence du travail, renforcer la précision, améliorer les revenus, ainsi que prévoir, optimiser et rechercher des solutions pour une meilleure flexibilité et agilité de l’entreprise. Pour exemple, Rio Tinto qui a mis l’accent sur des camions de transports autonomes dans les mines australiennes de Pilbara a vu sa productivité augmenter de 10 à 20%. Ou encore Google grâce à son IA Deep Mind a annoncé avoir pu réduire la facture énergétique de ses propres data centers de près de 40%. Enfin, en finance, l’automatisation des transactions permettrait de réduire de 50% les erreurs d’analyses. Et l’utilisation de l’IA touche de plus en plus de secteurs : de l’agriculture à la santé, en passant par l’énergie et les transports. Dans une autre étude, le bureau Mckinsey démontre que grâce à l’automatisation, la valeur d’un hôpital pourrait augmenter de 10 à 15%, celle de la maintenance aéronautique de 25%, celle enfin des prêts hypothécaires de 90%.


Parier sur la créativité humaine

Regard d'expert

Yoni Abittan

Senior Strategic Analyst

« l’IA permettra à l’humain de monter en compétences et en grade, va libérer la sphère de créativité, libérer du temps et des tâches répétitives »

La question de l’automatisation est épineuse car elle lance dans la sphère publique et médiatique, le débat sur la destruction d’emplois. Or la problématique n’est pas tant celle de la destruction d’emplois que celle de son déplacement et de sa création. Yoni Abittan en témoigne : "L'IA pousse l'humain à mettre à niveau ses connaissances, son background, ses compétences. Elle permet de générer de nouvelles filières, de nouveaux profils. Par exemple l’Insurtech Lemonade propose des services basés sur l’IA. En quelques clics ses clients peuvent être assurés, faire une réclamation et être dédommagés grâce à l’IA. Parallèlement, Lemonade a dû engager un ponte de l’analyse comportementale pour voir comment réduire les fraudes liées aux assurances. Je fais ce petit détour pour dire que la destruction d’emploi peut être créative."


Alexandre Cadain, responsable du programme Postdigital à l’ENS Ulm parle du remplacement de l’homme par la machine comme  l’expression d’un fantasme qui « vient globalement de la possibilité d’avoir une intelligence générale et forte alors que nous avons une intelligence artificielle spécifique et faible. C’est-à-dire, une IA douée pour certains domaines spécifiques et qui dépasse uniquement l’entendement humain sur des questions relatives à la mémoire, la répétition et la précision. La créativité, l’émotion, et la liberté humaine n’est pas prête d’être bouleversée par cette génération d’algorithmes. »


Certes, l’automatisation va déplacer le centre de gravité du travail, du service primaire et secondaire vers des emplois de plus en plus tertiarisés. Il y aura sans doute déplacement mais aussi création d’emplois. Par exemple, 1/3 des nouveaux emplois crées aujourd’hui n’existaient pas il y a 25 ans comme ceux du développement information, de la création de logiciels et d’applications mobiles. Le rôle croissant des data dans l’économie des entreprises augmentera la demande de statisticiens et de data analystes. En 10 ans, on estime le besoin de data scientists à près de 250 000 aux Etats-Unis. Qui sait aujourd’hui le type d’emploi que nécessitera l’arrivée de l’IA dans le monde du travail.


L'Ecole 42

L’homme sait s’adapter face à un environnement changeant. Et pour notre expert ces changement doivent être questionnés à la source :

" Quel est l’impact sur les modèles éducatifs ? Notre modèle éducatif en France ou aux USA est il toujours valable ou obsolète? Il y a déjà un problème de fond car à l’université , les programmes proposés ne sont pas en phase avec les besoins du marché. Faut-il alors repenser le modèle éducatif sur le modèle de l’école 42 où le maître mot est la solidarité entre pair et la résilience? Et dans l’entreprise faudra t-il répliquer ce modèle là ? A mon avis, il faudra développer au sein de l'entreprise, des approches telles que le reverse mentoring, la formation des digital starter et miser sur l'intergenérationnel."


Ces valeurs économiques et morales des usages de l’IA et de la data rencontrent néanmoins des freins quand on sait que la transition numérique mondiale est à la traîne. Par exemple, l’économie américaine n’a atteint que 18% de son potentiel digital, quand en France, elle atteint péniblement les 12%.



Rédigé par Laura Frémy
Journaliste