De manière générale, la propagation de nouvelles idées dans le milieu professionnel se fait encore trop du haut vers le bas. Les secteurs d’activité n’ont cependant pas tous les mêmes pratiques.

L’innovation en entreprise est encore trop une affaire d’élites, alertent trois chercheurs de l’université de Leuven, en Belgique. "On sait pourtant qu’il est essentiel que l’innovation ne soit pas un processus pyramidal, un privilège de cadres ou de départements spécialisés", assurent les chercheurs dans une étude. Et d’appeler les entreprises à mettre en place une innovation "grand public". Autrement dit, à faire participer l’ensemble de leur capital humain au changement. Pour l’instant, c’est loin d’être le cas. Pour analyser la réalité de l’innovation en entreprise, les chercheurs se sont intéressés à plusieurs secteurs d’activité différents en Belgique, comme le commerce de détail, l’hôtellerie, la restauration, ou encore l’industrie chimique. En tout, plus de 900 employés ont été interrogés, toutes catégories confondues.

Les petites mains pas assez impliquées

Le résultat est sans appel : les petites mains des entreprises (qu’ils soient cols blancs ou cols bleus) participent significativement moins au processus d’innovation. Des différences existent cependant entre les secteurs. Près de 60 % des employés dans l’hôtellerie et la restauration n’ont jamais innové dans leur entreprise, de quelque manière que ce soit. C’est également le cas de la moitié des employés du commerce de détail. A l’inverse, l’industrie chimique implique plus de 70 % de ses travailleurs dans ses processus d’innovation.  Des différences existent aussi dans la manière dont les employés sont impliqués. Près d’un tiers des travailleurs sociaux s’est vu délégué une activité innovante. C’est-à-dire qu’ils avaient la responsabilité de penser l’innovation, de la développer et de la mettre en pratique de manière autonome.

Innovation et formation continue intrinsèquement liés

A part dans l’industrie chimique (décidément le bon élève de cette étude), ce ratio tombe à moins de 20 % dans les autres secteurs. Dans la majorité des cas, notent les chercheurs, on ne demande pas leurs avis aux employés. L’idée vient d’en haut et eux sont simplement chargés de l’exécuter. Une double perte pour les entreprises, car l’implication des employés dans les processus d’innovation a également un impact sur leur performance. De plus en plus, les pays développés cherchent à promouvoir une forme de formation continue, tout au long de la carrière, pour tous les travailleurs. "Au travail, ce processus d’apprentissage est intrinsèquement lié à l’innovation des employés", notent les chercheurs. L’un et l’autre se renforcent mutuellement : le travailleur apprend en innovant, et cet apprentissage lui donne les outils et la capacité d’explorer de nouvelles opportunités d’innovation. Gagnant / gagnant.

Rédigé par Nathanaël Vittrant