Les modèles des magasins d'application et de la navigation sociale deviennent des modes d'accès dominants du web. Décryptage avec Yves Gassot, de l'Idate.

“Internet est désormais loin de se résumer au web”

Yves Gassot est directeur général de l'Idate, qui organisait cette semaine le DigiWorld Summit à Montpellier. 

Application store, réseaux sociaux... Les modes d'accès à Internet se multiplient. Est-ce la fin du modèle traditionnel ?

Non, heureusement ! Ce qui est intéressant, c'est que pendant plusieurs années, la dynamique d'évolution était le 2.0. Soit pour faire court le passage de Java à HTML5. On se rend compte aujourd'hui qu'Internet ne se résume pas qu'au web.

On peut dire qu'il y a aujourd'hui trois grands modèles d'accès à Internet : le web, dominé par Google, plus que dominant sur la recherche. L'application store, couplé avec des interfaces comme le fait Apple (sur le modèle hardware-software-content). Et enfin Facebook, une plate-forme qui au départ est un service de communication, et qui supporte de plus en plus d'applications et continue de jouer le rôle de prescripteur. Ce dernier est d'autant plus important qu'il s'exporte sur d'autres applications. En clair, son fonctionnement vise à faire venir le maximum de développeurs sur sa plate-forme et en même temps à exporter sa marque, via des API. Ce qui permet par exemple de regarder la TV tout en continuant à être sur Facebook. 

L'un de ces modèles est-il amené à dominer, ou vont-ils cohabiter ?

Difficile à dire. Ce dont on est sûr, c'est que le trafic représenté par ces nouveaux acteurs croît plus vite que celui du Net. La longue traîne, oui, mais un nombre restreint d'acteurs représente désormais la majorité du trafic total. De plus il est difficile, à cause de ce que l'on appelle l'économie de réseaux, de rattraper quelqu'un comme Facebook sur son registre social. Ces acteurs sont là pour durer. Maintenant, il y aura de nouveaux entrants, de nouvelles ruptures. Comme le mariage de la télévision et du Net, même si cela repose aussi sur Facebook ou Google, qui auront leur carte à jouer.

Le fait qu'un nombre important d'usages se réalise via des applications ou Facebook remet du coup en cause un certain nombre d'acquis du côté des acteurs traditionnels...

Oui, il suffit de voir du côté du paiement. Avant c'était l'opérateur réseau qui avait le contact avec le consommateur. Maintenant c'est le fabricant du terminal, comme l'iPhone. Il ne faut pas dramatiser : les opérateurs vivent bien du trafic et de la connectivité. Mais ils auront de meilleurs rendement avec cette dernière s'ils font du "tiered pricing" (de la tarification par paliers). On ne vend pas au même prix une connexion en 512K ou à plusieurs Mb. Il faut différencier et segmenter. Une autre piste se trouve du côté des développeurs. Les opérateurs de réseau ont un grand nombre d'informations qui ne sont pas exploitées. Or ils peuvent tirer parti de données réseau comme la localisation. Via des plates-formes ouvertes, ils seront attractifs pour les développeurs. Cela sous réserve de normalisation, ce qui est en train de se produire avec la WAC (Wholesale Applications Community), dont le but est d'augmenter le nombre d'applications développées via les moyens mis à disposition par les opérateurs.

Rédigé par Mathilde Cristiani
Head of Media