En juillet dernier, quelques semaines après le lancement de Debitel sur le marché de la téléphonie mobile, c'était au tour de Breizh Mobile, nouvel opérateur virtuel, de faire son apparition. Sa...

En juillet dernier, quelques semaines après le lancement de Debitel sur le marché de la téléphonie mobile, c'était au tour de Breizh Mobile, nouvel opérateur virtuel, de faire son apparition. Sa particularité ? Il concentre son offre sur les régions de l'Ouest français, avec des forfaits et des communications prépayées à des prix en deçà de ce que proposent les opérateurs SFR, Bouygues Télécom et Orange.

Julien Allisy est directeur marketing et développement de la société Omer Telecom , propriétaire de la marque Breizh Mobile et filiale du groupe britannique Carphone Warehouse (The Phone House).

Avec l'Atelier, il revient aujourd'hui sur l'offre de Breizh Mobile, sur ses particularités et sur la stratégie de l'opérateur sur le marché de la téléphonie mobile.

L'Atelier - Qu'est-ce qu'un opérateur virtuel, exactement ?

Julien Allisy - Un MVNO (Mobile Virtual Network Operator) est une société qui propose des offres de téléphonie mobile sans posséder d'infrastructure de télécommunications. Il achète des minutes de téléphonie à un opérateur "classique" de téléphonie mobile, dont il utilise le réseau, pour les revendre ensuite à ses clients. Breizh Mobile, par exemple, loue le réseau de l'opérateur Orange, filiale de France Télécom.

L'Atelier - Comment se décompose votre offre ?

J. Allisy - Depuis le 12 juillet dernier, date de son lancement, Breizh Mobile propose des offres prépayées : le client acquiert un pack incluant un téléphone mobile ou achète simplement une carte SIM Breizh Mobile seule, vendue au prix de 15 euros (chez les opérateurs classiques, le prix est généralement de 30 euros, ndlr).

Après cela, la tarification des communications dépend de l'endroit d'où elles sont passées. Si le client appelle depuis les régions Bretagne, Pays de la Loire et Basse Normandie, sa communication lui coûtera 33 centimes d'euro. S'il appelle depuis un autre endroit en France métropolitaine (Paris, Marseille...), sa communication lui coûtera 45 centimes d'euro.

L'Atelier - Qu'en est-il des forfaits, des SMS... ?

J. Allisy - Au mois de novembre, Breizh Mobile a lancé quatre forfaits, qui s'échelonnent de 30 minutes (à 8,90 euros, le moins cher du marché jusqu'à présent, ndlr) à quatre heures. Les forfaits reprennent le principe qui s'applique aux communications prépayées, c'est-à-dire que les communications sont moins chères lorsqu'elles sont passées depuis l'Ouest de la France. Si le client ne passe par exemple que des communications depuis Paris, son forfait de 30 minutes ne durera plus que 25 minutes environ.

Pour ce qui est des SMS, nous les proposons à 10 centimes d'euro, quels que soient le lieu et l'heure d'envoi. En moyenne, les opérateurs français vendent le SMS environ 13 centimes à l'unité.

L'Atelier - Quel est le réseau de distribution de toutes ces offres ?

J. Allisy - Depuis le lancement de la marque en juillet, les offres sont accessibles sur notre site Internet et elles peuvent être commandées par téléphone. Et depuis peu elles le sont aussi sur les réseaux de distribution Leclerc, Connexion, Tel and Com, Fnac... et dans les enseignes The Phone House, bien sûr.

L'Atelier - Un forfait maximal de quatre heures, ce n'est pas beaucoup...

J. Allisy - Notre objectif n'est pas, comme celui des opérateurs classiques, de vendre des forfaits de 6, 8 ou dix heures à nos clients. Nous avons une offre simple, de quatre forfaits seulement, qui ciblent les petits utilisateurs, ceux qui considèrent qu'ils paient trop cher leurs appels téléphoniques et ceux qui n'ont pas encore goûté à la téléphonie mobile parce que les prix les rebutent...

Il faut savoir qu'en Bretagne, le taux de pénétration de la téléphonie mobile n'est que de 52 %, contre 100 % dans la région Ile-de-France. La région compte l'un des trois plus bas taux de pénétration du pays (avec la Franche-Comté, notamment).

L'Atelier - Comment expliquez-vous que votre offre soit aussi low cost ?

J. Allisy - Nous avons choisi de nous concentrer sur une offre combinant les communications voix et les SMS, et de ne pas faire payer à nos clients le développement de portails Wap, par exemple, qui aujourd'hui n'ont pas fait leurs preuves. Nous avons pris en compte le fait que la majorité des clients de la téléphonie mobile aujourd'hui n'utilisent leur téléphone portable que pour téléphoner et envoyer des SMS...

Par ailleurs, nous avons des frais de structure très légers, puisque notre équipe est assez réduite. Et nous n'avons pas de frais de maintenance comme doivent en supporter les trois opérateurs Orange, SFR et Bouygues Télécom sur leurs réseaux ; nous supportons simplement le coût de "location" de l'un de ces réseaux (Breizh Mobile ne communique pas sur ce coût, ndlr).

L'Atelier - A l'heure où la 3G a récemment fait son entrée sur le marché français, ne craignez-vous pas de manquer votre positionnement face à des services de plus en plus attractifs ?

J. Allisy - Pour le moment, nous ne prévoyons pas de sortie 3G. Tant que les nouveaux services offerts par la téléphonie de troisième génération n'offriront pas de réelle valeur ajoutée, nous resterons sur nos positions, et puis nous y réfléchirons de nouveau le jour où véritablement nous jugerons que la 3G offre des services incontournables et utiles pour nos clients.

L'Atelier - Patrick Devedjian a récemment annoncé qu'il souhaitait l'arrivée d'un nouvel opérateur virtuel sur le marché français avant la fin de l'année. Est-ce réaliste, selon vous ?

J. Allisy - C'est possible, en effet. Il y a plusieurs candidats - comme Tele 2 ou encore Neuf Telecom - qui se manifestent depuis plusieurs mois déjà. Avec Orange, nous avons négocié pendant une année entière sur les conditions de location du réseau. L'Autorité de Régulation des Télécommunications a eu un rôle à jouer dans ces négociations, de même que Patrick Devedjian qui est intervenu pour faciliter cette phase de négociation.

L'Atelier - Peut-on envisager que le nombre de MVNO en France progresse fortement ces dix prochaines années ?

J. Allisy - Oui, c'est possible. Reste que n'importe quelle société ne peut pas s'improviser opérateur virtuel. Il faut bien sûr des connaissances sur les métiers des télécoms, un réseau de distribution qui appuie l'offre, etc.

Propos recueillis par Anaïs Grassat pour l'Atelier BNP Paribas