Le potentiel de l'Afrique en matière d'innovation devrait supplanter celui de la Chine d'ici quelques années.

[LIFT] L’Afrique, concurrente de la Chine en matière d’innovation ?

"On retrouve de nombreux points communs entre l’Afrique et la Chine d’il y a dix ans". Ce sont sur ces paroles de Porter Erisman, ex-VP du site de e-commerce alibaba.com que s’est ouvert ce matin la conférence "Markets Becoming Conversations, Finally!" à l’occasion de la conférence internationale du LIFT qui se tient actuellement à Genève du 5 au 7 Février. Celui-ci est en effet revenu sur l'histoire de l'entreprise et rappelle les défis et enjeux qu'a apporté l'e-commerce dans une Chine des années 2000 en plein essor. Avec seul 1% de la population chinoise utilisant internet à cette époque, le manque de consommateurs bancarisés et de structure logistique adéquate, Porter fait le rapprochement avec les entrepreneurs africains confrontés actuellement aux mêmes obstacles. Il met ainsi en avant la nécessité de créer des communautés

Les enjeux du e-commerce dans les pays émergents

"En 1999, les centres commerciaux aux Etats-Unis, c'était génial. Ils donnaient l’impression d’une vraie sortie, d’une attraction. En Chine, c'était différent, l'expérience de course était très difficile: on n'avait pas d'informations sur les vêtements, on ne pouvait certainement pas échanger et il fallait systématiquement marchander" explique Porter. Et si à l’époque l’idée poursuivie par le fondateur d'Alibaba semblait incongrue, 14 ans plus tard, The Economist prédis que l’enseigne a le potentiel de devenir l’une des entreprises les plus rentables du monde. "Quand je suis arrivé en Chine c'était très difficile d'acheter un produit. Il n'y avait aucune confiance dans l'achat" raconte l'ex-VP d'Alibaba. Il a fallu alors apporter une dimension humaine à l'e-commerce, "nous avons commencé à promouvoir l'échange entre les participants, peu à peu, s'est développée une communauté. C'était une véritable révolution par le bas !" poursuit-il. Une expérience sociale a ainsi été crée à travers la plateforme Taobao, à chaque changement, l'avis des clients était demandé à travers le vote. Le lien entre l'e-commercant et le consommateur a été fortement encouragé. "La plateforme Taobao, c'est l'expérience humaine des consommateurs" continue-t-il. Et bien avant la création de Groupon, des communautés se sont formés pour négocier des prix de groupe auprès des vendeurs.

L'e-commerce, un impact socio-économique d'envergure dans les pays émergents

Outre un générateur de lien social et un créateur d'emploi, Alibaba a su être à l'écoute des particularités de la culture chinoise. Ainsi, dans un pays où les transactions courantes ne sont pas très sûres (c'est également le cas en Afrique), Alibaba a lancé Alipay, une tierce main garantissant un achat en confiance. Alipay est aujourd'hui un des plus gros fonds chinois et aide les TPE/PME à se développer à l'aide de micro-crédits. "Le e-commerce dans un pays émergent est très important pour le marché, et peut énormément apporter, l'Afrique doit suivre l'exemple de la Chine pour relever à son tour ce défi” conclut Porter Erisman. Isaac Nortey, entrepreneur dans l'e-commerce et finaliste du concours mondial SSW 2014, confirme les priorités que sont la logistique, la livraison et le paiement; "En Afrique, tout se passe dans la rue. Donc pour la logistique, il faut réussir à créer une logistique de stock car les marchandises sont importées; pour la livraison, nous passons par des points relais car encore trop compliqué, et enfin pour le paiement, dans un pays où une grande partie des transactions se font en cash, nous avons opté pour l’alternative du paiement par mobile. Et ce qu’il faut retenir selon ce dernier, "c'est que les choses bougent en Afrique. Et que nous, jeunes entrepreneurs sommes en marche vers une vraie révolution !".

Rédigé par Kenza ADEÏDA
Journaliste