La localisation géographique et le ciblage d'utilisateurs précis joueraient un rôle aussi important, sinon plus, dans la recherche de personnes en cas de nécessité, comme un accident, une catastrophe naturelle ou une disparition.

La mobilisation d'internautes devient plus ciblée en fonction du temps et de l'espace

Plusieurs succès sont venus mettre en relief l'importance de la mobilisation des personnes sur les réseaux sociaux, comme dans le cas du DARPA Network Challenge, où des équipes devaient retrouver dix ballons à travers l'ensemble du territoire des Etats-Unis. La mobilisation des internautes avait permis à l'équipe gagnante de les retrouver en moins de neuf heures. En conséquence, une étude internationale* a voulu savoir si, en temps de crise (une catastrophe ou une disparition, par exemple), les messages généraux étaient privilégiés, ou plutôt les messages s'adressant à un contact en particulier. Il apparaît qu'en fait, bien au contraire de ce que l'on pourrait supposer, un message sur trois en situation de crise est envoyé vers un utilisateur situé dans un lieu géographique précis. Et, plus le temps passe, plus le contact d'une personne en particulier devient privilégié.

L'analyse des réseaux sociaux

La recherche a été réalisée dans le cadre du State Departement's Tag Challenge, qui demandait aux équipes participantes de retrouver cinq personnes dans cinq villes différentes (Londres, New-York, Washington, Stockholm et Bratislava) à partir de cinq photos d'identité, ce en l'espace de douze heures. Les chercheurs ont utilisé plusieurs plate-formes de réseaux sociaux pour parvenir à leurs résultats : Twitter, Facebook et Google Analytics. Le site de micro-blogging Twitter s'est révélé particulièrement efficace dans sa distinction des messages diffusés vers un large audimat et ceux dirigés vers un interlocuteur, signalés par un @. Les observations faites par l'équipe ont donc noté qu'avant le commencement d'un événement, les messages diffusés vers un large panel d'utilisateurs sont préférés. Cependant, dès lors que le temps devient une donnée critique (les douze heures imparties), le taux de messages ciblés vers des utilisateurs en particuliers s'accroissait au détriment de messages diffusés à l'attention d'un plus large spectre de lecteurs. Néanmoins la géographie joue grandement dans cette démarche, et les statistiques démontrent que dans 30% des cas, c'est la situation géographique d'une personne qui importe dans la prise de contact.

Un espace-temps à repenser

La mobilisation générée par l'équipe des chercheurs a pu retrouver trois des personnes concernées sur les cinq du concours. L'importance du message ciblé se retrouve dans le contexte d'amas d'informations qui défile sans cesse sur les pages Internet : lire un message diffusé à tous et à toutes ne demande pas le même effort cognitif de la part d'un interlocuteur que de recevoir un message ciblé. Par ailleurs, cette découverte relativise aussi notre conception de l'espace et du temps : dans les années soixante, Stanley Milgram avait montré qu'une chaîne de six personnes reliait deux citoyens états-uniens choisis au hasard. Cette étude montre aujourd'hui qu'il est dorénavant possible de retrouver un inconnu qui ne se cache pas, en ne disposant que de sa photographie, en une douzaine d'heures.

*L'étude a réuni des chercheurs de différents pays : Emirats Arabes-Unis, Royaume-Uni, Etats-Unis et Australie.

Rédigé par Guillaume Parodi
Rédacteur