Les succès du Velib’, de BlaBlaCar ou de OuiCar ne pouvaient rester plus longtemps aux portes des entreprises. Après avoir séduit les particuliers, les concepts du covoiturage, de l’autopartage ou du vélo en libre accès commencent lentement mais sûrement à gagner la sphère professionnelle. Opportuniste, BlaBlaCar a récemment lancé BlaBlaLines, Avec cette déclinaison professionnelle de son offre, le spécialiste s’attaquer aux trajets pendulaires domicile-travail.


Pour l’Observatoire du véhicule d’entreprise (OVE), une association fondée par BNP Paribas et Arval, tous les éléments sont réunis pour qu’émergent de nouvelles formes de mobilité en entreprise comme le démontre son dernier cahier de prospective. Pour Bernard Fourniou, président de l’OVE, il y a tout d’abord un effet générationnel. « Les jeunes actifs de la génération Y sont moins intéressés que leurs aînés par l’avantage en nature que représente une voiture fonction. Ils s’intéressent davantage aux aides à la mobilité au sens large que peut proposer leur employeur ».

Une indemnité kilométrique pour les salariés en vélo

Une indemnite kilometrique aux cyclistes

Vélo

Le cadre réglementaire va aussi dans ce sens. Avec « la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte », toute entreprise regroupant au moins cent employés sur un même site devra, d’ici au 1er janvier 2018, établir un plan de mobilité encourageant l’utilisation des transports en commun et le recours au covoiturage. Cette mesure n’a pas de pouvoir contraignant mais devrait favoriser le passage à l’acte des sociétés engagées dans une démarche de Responsabilité sociétale des entreprises (RSE).

La même loi a introduit une réduction de l’impôt société pour les sociétés qui mettent à disposition de leurs salariés une flotte de vélos. L’employeur peut aussi prendre en charge tout ou partie des frais engagés par ses collaborateurs pour leurs déplacements à vélo entre leur domicile et leur lieu de travail, sous la forme d'une indemnité kilométrique fixée à 25 centimes d’euro le kilomètre.


Toujours au niveau réglementaire, certaines municipalités comme Paris avec les vignettes crit’air restreignent la circulation aux véhicules les plus polluants. Les déplacements alternatifs participent plus largement à la décongestion des axes routiers. Le temps passé dans les embouteillages dans les grandes métropoles ne cesse d’allonger. Selon une étude de la Dares de 2015, l’aller-retour domicile-travail prend en moyenne 50 minutes par jour, dix minutes de plus qu’en 1998.

Un réseau de transports en commun privatif

En tête des nouvelles formes de mobilité, on trouve le covoiturage. Les plateformes WayzUp, Covivo ou Karos se positionnent ainsi sur les déplacements domicile-travail. Pour Matthieu Jacquot, directeur de Covivo-RoulezMalin, le succès de BlaBlaCar a évangélisé le marché. Plus la peine de rappeler le concept. A ses yeux, l’écart reste toutefois conséquent entre le covoiturage longue distance et les petits trajets du quotidien. « Un covoitureur qui économise plus de 30 euros sur un Paris Toulouse voit un intérêt immédiat. Sur les trajets domicile-travail, une routine s’est installée depuis des années. L’automobiliste ne raisonne plus que sur le prix à la pompe oubliant les coûts liés à l’entretien au moins cinq fois plus importants
WayzUp : l'application du covoiturage domicile-travail
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Président et fondateur de WayzUp qui a BNP Paribas Securities Services pour client, Julien Honnart voit, lui, trois freins majeurs au covoiturage en entreprise. « L’itinéraire est contraint, le covoitureur n’est pas prêt à faire de détour. Ce dernier a, par ailleurs, des horaires variables, il ne termine pas tous les soirs à la même heure. Enfin, il y a la délicate gestion du partage des frais. Nous sommes sur de plus petites sommes que BlaBlaCar mais régulières. »


Avec une masse critique d’utilisateurs, ces plateformes web visent à lever ces différents freins en assurant la mise en relation et le volet transactions financières. Chez WayzUp, le trajet moyen est de 30 kilomètres avec un tarif de dix cents au kilomètre par passager. « Avec un passager, le conducteur couvre ses frais en carburant, avec deux tous les coûts liés à sa voiture », estime Julien Honnart. « Pour les entreprises mal desservies par les transports en commun, le covoiturage est une alternative idéale. Le covoiturage, c’est le confort d’une voiture à un prix voisin du transport en commun. Une sorte de réseau de transports en commun privatif. » Entre autres innovations, ces plateformes s’appuient sur la géolocalisation pour rendre temps réel la mise en relation et permettre, le cas échéant, à un utilisateur de changer de covoitureur au dernier moment.

LE COVOITURAGE DU TRAVAIL AU DOMICILE

Covoiturage

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Le covoiturage évacue le stress des bouchons

Mais pour Matthieu Jacquot, il ne suffit pas de mettre l’outil à la disposition pour que la greffe prenne. L’entreprise doit assurer un rôle de communication et d’animation. Certaines sociétés organisent ainsi des challenges de la mobilité, récompensant le déplacement le moins carboné. Il plaide aussi pour une incitation fiscale calquée sur le remboursement à 50 % des titres de transports en commun comme une indemnité kilométrique pour le covoiturage. Seul moyen selon lui de le faire décoller. Par ailleurs l’entreprise doit, selon lui, y trouver son compte financièrement en élargissement le covoiturage aux déplacements professionnels, réduisant d’autant les notes de frais.

« En parlant avec des collègues, le covoitureur s’extrait du stress lié aux bouchons sur la route. Il arrive au travail dans de meilleures dispositions »

Le covoiturage présente aussi des bénéfices plus inattendus. « En parlant avec des collègues, le covoitureur s’extrait du stress lié aux bouchons sur la route. Il arrive au travail dans de meilleures dispositions », observe Julien Honnart. Quelle est la part du pro et perso dans les conversations sur la route ? Un peu de deux selon les témoignages recueillis sur le blog de WayzUp. « Des gens du marketing et de la R&D se mettent à se parler alors qu’ils ne faisaient que se croiser dans les couloirs. Ce ne sont pas des collègues directs sinon ils n’auraient pas eu besoin de WayzUp. C’est le brainstorming le moins cher du monde ! » Pour autant, le covoiturage ne prolonge pas d’une heure la journée de travail, rassure-t-il. « Il y a des discussions plus légères. »


Quant au covoiturage interentreprises, il serait, d’après lui, générateur de business. A Massy, les salariés de Carrefour covoiturent avec ceux de Thales. De même que ceux de l’Institut Français du Pétrole et des Energies Nouvelles (IFPEN) et de Vinci à Rueil Malmaison. Quid des entreprises concurrentes ou exerçant une activité sensible ? « Les salariés de Thales sont soumis à des règles de confidentialité dans la cadre du covoiturage comme lorsqu’ils sont dans le restaurant du coin ou à bord du TGV. »

L'autopartage renouvelle la mobilite

Autopartage

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L’autopartage pour mettre fin à la sacro-sainte voiture de fonction

7 a 40%

D'économie

 grâce a l'autopartage

L’autre tendance, c’est l’autopartage. Soit la mise à disposition d’un même véhicule auprès de plusieurs personnes. « Quand on regarde les parkings des entreprises, les véhicules restent 90 % de leur temps à leur place », s’insurge Bernard Fourniou. L’autopartage permet pour une société de restreindre son parc automobile et le nombre de places de parking. Elle réduit aussi les notes de frais. « Pourquoi faire appel à un taxi si une voiture est disponible en bas de l’immeuble ? » L’employeur donne, par ailleurs, accès à des véhicules à des salariés qui n’ont pas de voiture en propre avec des formules de location à titre privé le soir et le week-end.


Sur le plan écologique, l’autopartage permet une rotation plus saine des voitures, note Bernard Fourniou. « Elles sont plus souvent utilisées et donc remplacées plus vite au profit de technologies propres. L’autopartage fait ainsi la part belle aux modèles électriques. Quand la voiture n’est pas utilisée, elle se recharge. »


L’autopartage constitue toutefois un changement de paradigme pour le gestionnaire de flotte pour qui la culture du partage n’est pas un réflexe. Jusqu’alors, il devait acheter ou louer les véhicules au meilleur prix puis optimiser la gestion de son parc. Le gain financier pourrait faciliter le passage à l’acte. Selon Matthieu Jacquot, l’opération est rentable à partir de cinq véhicules. Chez ses clients, les économies réalisées oscillent entre 7 à 40 %.

La multimodalite

Multimodal

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Les promesses du multimodal

Covoiturage, autopartage, vélos en libre-service… On le voit, les nouvelles formes de mobilité se multiplient. Lesquelles choisir ? L’étape suivante, déjà mise en œuvre en Europe du Nord, c’est le multimodal. Soit la capacité à coordonner, pour chaque étape d’un déplacement professionnel, le meilleur mode de transport en termes de temps passé, de coût engagé, de facilité d’utilisation et d’empreinte carbone. Est-il plus judicieux de faire une combinaison « taxi + train », « marche + RER + train » ou « vélo + RER + train » ? Des applications comme Moovel de Daimler ou Citymapper calculent l’itinéraire optimal en fonction des différentes options de voyage.


En France, des entreprises de transports en commun se positionnent aussi sur le multimodal. Avec OuiCar (location de voitures entre particuliers), iDvroom (covoiturage), iDcab (VTC), la SNCF propose différentes options aux voyageurs pour rallier la gare à la destination finale. Elle les a réunies dans l’application iDPass. La RATP a, elle, investi dans le service d’autopartage Communauto.

Ubeeqo - Une voiture juste quand vous en avez besoin. #DontBeAbsurd
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La start-up française Ubeeqo, aujourd’hui filiale à 100 % d’Europcar, propose aux entreprises de donner à leurs salariés un crédit mobilité leur permettant de mixer plusieurs modes de déplacements. Tout se fait par voie électronique. Le boîtier télématique dans le véhicule enregistre le kilométrage, la vitesse, les distances parcourues et la position exacte. Ce qui facilite la vie du gestionnaire de parc.


La voiture autonome, votre futur espace de travail

Voiture autonome et securité

Mobilité

Enfin, si on fait de la prospective, la voiture autonome, annoncée en 2020 par les constructeurs, devrait révolutionner la mobilité en entreprise. « Le véhicule autonome offrira enfin des déplacements sécurisés quand on sait que le nombre de morts sur les routes est estimé à 1,3 million par an dans le monde », se réjouit Bernard Fourniou. Sachant que les principales causes de ces décès - l’alcool, la vitesse, la distraction, la prise de médicaments ou la fatigue – sont toutes d’origine humaine.


L’accidentologie se réduisant fortement, les primes d’assurance baisseront d’autant. Un changement de modèle pour les sociétés d’assurance dont certaines tirent de l’assurance auto jusqu’à 50 % de leur chiffre d’affaires. Les assureurs ont déjà anticipé le mouvement avec des formules de « pay as you drive » où la prime est indexée sur le nombre de kilomètres parcourus ou le comportement du conducteur au volant.

Compte tenu du coût élevé des premiers modèles, les collectivités locales et les entreprises devraient être les premières à utiliser la voiture autonome. Son usage dans un cadre professionnel se justifiera de fait pleinement. Muni de son GPS, le véhicule autonomes optimisera sa tournée pour prendre les différents collaborateurs d’une même zone. Ces derniers pourront mettre à profit le temps regagné pour peaufiner leur présentation PowerPoint ou se détendre.


« L’habitacle est conçu pour le travail collaboratif, note Bernard Fourniou. En retournant les sièges avant à 180°, la voiture devient salle de réunion. Avec la voiture connectée, les constructeurs automobiles ont déjà anticipé le mouvement offrant tous les moyens de communication pour en faire un prolongement du bureau en situation de mobilité. » Les voitures autonomes pourraient aussi remettre en cause la nature des déplacements professionnels. Pourquoi, par exemple, s’arrêter à l’hôtel quand on peut dormir sur la route ?

Rédigé par Xavier Biseul
Journaliste indépendant