La société Cogito a développé une IA qui coache les travailleurs d’un Call Center en temps réel. L’anecdote laisse entendre que l’IA pourrait endosser le futur rôle de manager en entreprise.

A Boston, les salariés d’un call center ont fait l’expérience d’un management qui sort de l’ordinaire : le coaching en temps réel par une intelligence artificielle. Développée par Cogito, cette dernière réalise l’analyse fine de la conversation entre un salarié et un client et peut déterminer la nature de leurs interactions. L’intelligence artificielle s’appuie sur la voix pour repérer l’agitation, la frustration du client. Une intelligence émotionnelle donc. En cas de problème, elle intervient pour donner avertissements et conseils au salarié. Ce n’est pas la première fois que Cogito est utilisé en entreprise. L’entreprise Humana qui a testé le logiciel, a vu la satisfaction-client  augmenté de 28%. Plus étonnant, les salariés estiment que l’expérience est positive et retrouve une certaine satisfaction dans leur travail.

Peter Robinson, professeur à l’université de Cambridge estime que si ce procédé peut créer de la valeur, il serait dangereux d’en abuser. Et sur ce point, il est suivi par Rosalind Picard , enseignante au MIT Media Lab. Selon la chercheuse, les individus ont des styles de conversation qui différent et qui sont issus d’héritage sociaux-culturels. A l’image des New Yorkais qui coupent souvent la parole de leurs interlocuteurs sans que cette manière de converser  soit perçu comme de l’impolitesse. Il n’est pas certain que l’IA en perçoive la particularité.

Au-delà de ces considérations, Cogito pose la question du management de demain. Peut-on se laisser manager par un logiciel? La formule mathématique peut-elle remplacer l’écoute sensible et somme toute humaine d’un manager, dans une société tournée plus que jamais vers la performance ? Pour rappel, en 2015, 72 % des salariés et 79 % des managers chiffraient leur stress à 7 et plus sur 10. En 2014, ils étaient 38% et 41%. Une autre question est à soulever, laisser une IA penser et percevoir à la place d’un individu, n’est-ce pas prendre le risque de tirer vers le bas les capacités cognitives et émotionnelles d’un individu ? Enfin, l’adage Cogito ergo sum, je pense donc je suis,  sera-t-il toujours vrai avec l’arrivée d’une IA manager ?

Rédigé par Laura Frémy
Journaliste