La transformation digitale des géants industriels lance une joute d’un nouveau genre : celle du recrutement des talents. Décryptage.

La parabole des talents du XXIème siècle, selon Carlos Ghosn

Carlos Ghosn, grand patron de Renault et Nissan, s’est fendu d’un billet début juillet, sur LinkedIn, rappelant l’importance de la chasse aux talents. Et d’affirmer que ce sera bien la capacité d’un Renault Nissan à attirer les talents qui assurera sa place sur le champ de bataille mondial. Et ses rivaux ne sont pas nécessairement ses concurrents traditionnels, mais bien les GAFA.

Un bras de fer qui se joue entre les industriels et... les GAFA

Ce que nous raconte Carlos Ghosn, c’est donc l’histoire d’un vaste marché mondial de l’intelligence, de l’énergie, du génie qui transcende les secteurs, les nations, les langues, les générations, les genres.

Le travail d’un CEO, aujourd’hui, est de mettre en place une organisation pour détecter et attirer ces talents, partout sur la planète, que ce soit en allant les chercher au sein d’un groupe brésilien, d’une université chinoise ou d’une PME indienne.

Et dans cette course aux talents, les géants de la Silicon Valley mais aussi les Alibaba et autres Samsung sont en embuscade.

L’idée n’est pas nouvelle. Elle avait déjà été évoquée, il y a près de quinze ans, au Forum économique de Davos qui affirmait que l’intelligence – cérébrale ou manuelle - deviendrait la nouvelle matière première recherchée du monde futur. L’idée est d’autant plus intéressante que l’on pensait jusque-là que le seul marché mondial existant des talents concernait les athlètes de haut niveau et les CEO des grands groupes… à la Carlos Ghosn.

C’est d’ailleurs cet argument qui était souvent utilisé pour justifier les salaires mirifiques qu’ils se font verser. Et le patron de Renault Nissan est l’un des plus gourmands en la matière.

Et le voilà qui nous prend à contre-pied en disant que le véritable marché mondial est celui des collaborateurs de talent.

Par là, il laisse envisager son rôle totalement différemment, celui d’un ambassadeur au service de l’attractivité de son entreprise, garant et animateur du déploiement des talents. Et cela passe par sa réussite à bâtir un environnement professionnel motivant : à la fois plein de défis et agréable à vivre.

Pas si facile

Un défi qui a été bel et bien appréhendé par les géants du web. Ils chouchoutent leurs salariés à coup de cantines haut de gamme, de salles de sport dernier cri, et de halls remplis de baby-foot et de tables de ping-pong. Et même si Carlos Ghosn ne tombe pas dans son article dans la surenchère face aux campus des GAFA, il fait rêver les collaborateurs potentiels en parlant de parcours international, d’une startup au sein même de L’Alliance Renault Nissan et détaille les compétences attendues - cloud computing, machine learning ou encore Big Data. Et rappelle l’importance de l’open innovation avec les partenaires et fournisseurs de Renault Nissan pour bâtir un monde meilleur.

Tous les ingrédients sont là pour faire ressembler le discours du patron d’un groupe industriel, peut-être moins attractif pour les Millenials, à celui d’un Sergey Brin ou d’un Elon Musk.

Une dernière question reste à poser. Que se passe-t-il pour toutes celles et tous ceux qui ne peuvent pas participer à cette course aux talents ?

Sont-ils condamnés à demeurer à des postes subalternes, invisibles, sous-payés, les « damnés de la terre 4.0 », coincés entre les futurs Michel Ange de l’entreprise de demain et les robots à intelligence artificielle qu’ils ont conçus pour accroître la productivité mondiale ?

Se prépare-t-on à un monde séparé en deux camps tel qu’imaginé par Fritz Lang dans Metropolis : ceux qui ont le pouvoir économique, entrepreneuriale, intellectuelle ou manuelle, et ceux qui exécutent, les tâches que l’on n’aura pas réussi ou voulu robotiser, parce que plus rentable faite par un humain ?

L’avènement d’un personal branding utile à l’entreprise

Cette vision sombre du monde de demain n’est heureusement pas la seule.

Il en existe une autre, beaucoup plus positive mais qui implique aussi un changement radical.

Elle consiste simplement à croire en l’être humain et à se dire : tout le monde a un talent, et un talent qui a de la valeur. Le tout est de le trouver et d’avoir le courage de s’en servir. La génération du salariat, et même, en France, du CDI, n’a pas vraiment encouragé cette dynamique.

Elle consistait plutôt à se trouver une place, et à y évoluer.  Sans forcément se demander si le job que l’on fait est bien celui qui nous permet d’exercer au mieux nos talents et, s’ils ne seraient pas mieux utilisés ailleurs ou autrement.

Cette question, vous l’avez bien compris, c’est celle de ce que les Américains appellent le « personal branding ».

C’est une question profonde car elle bouleverse nos organisations actuelles où le collectif l’emportait sur l’individu et en quelque sorte, le soumettait, plutôt que d’en faire une question de choix et d’alliance entre un talent personnel et une dynamique collective.

C’est aussi ça que nous raconte en filigrane Carlos Ghosn.

Un monde nouveau, accéléré par le digital qui permet de faire connaître ses talents partout dans le monde.

Une rupture avec la civilisation du village où l’on apprenait un métier pour le pratiquer au plus près de son lieu de vie.

Le basculement total vers ce village global vanté par MacLuhan.

Pour peu que l’on accepte d’être ouvert, mobile, innovant, il s’agit bien là d’une formidable opportunité pour tous nos enfants.

Rédigé par Guillaume DEGROISSE
Directeur marketing & contenus