Des chercheurs ont adapté un outil d’analyse comportementale des sportifs au monde de l’entreprise afin d’accroître la productivité des salariés. Au risque tout de même de peser sur les revenus de l’entreprise.

Quand productivité rime avec bien-être

En 2003, Michael Lewis  écrit "Moneyball "  l’histoire (adaptée huit ans plus tard au cinéma par Bennet Miller) du manager d’une équipe de baseball, les Oakland Athletics. Contraint de composer une équipe de compétition avec un budget restreint, il a recruté ses joueurs non pas selon leur cote du moment mais selon une approche statistique et comportementale. Une telle méthode pourrait-elle s’appliquer dans le monde professionnel ? Oui, le "Moneyball for business" est possible, affirment des chercheurs du MIT ,après plusieurs années de travail. Le système, baptisé Sociometric utilise  des badges d’identification sensorielle et des outils analytiques pour récupérer les données comportementales des salariés et déterminer les facteurs qui les rendent plus productifs que d’autres. Dans les faits, il s’agit d’identifier les salariés avec des capteurs Bluetooth qui analysent notamment leur position  et comment ils réagissent.  Des accéléromètres captent l’énergie de la personne à un moment donné et montrent leur degré d’engagement et d’acceptation dans une conversation. Un microphone enregistre uniquement la façon de parler des employés ,ainsi que le ton de la voix.  En aucun cas leur conversation, assurent les chercheurs. Plus le rythme de parole et son niveau sonore accélèrent, plus cela traduit un niveau de stress élevé.

Productivité et chiffre d’affaires  ne vont pas forcément de pair

En combinant les informations de ces enquêtes de comportement (capteurs, interview, statistiques,..) Sociometric peut identifier les zones d’une entreprise où il serait judicieux  d’installer de nouvelles machines à café ou des tables de déjeuner plus grandes, désignées comme des lieux d’interaction et in fine source de productivité. L’une des études a été menée avec le centre d’appel de Bank Of America pendant 3 mois. A son issue, Sociometric a préconisé d’autoriser certains employés à prendre leur pause ensemble pour relâcher la pression ou partager des idées sur leur travail.  Quand la Banque a décidé d’instaurer ce changement, Sociometric a mesuré un bond de 15 à 20 % de la productivité, une baisse du niveau de stress de l’ordre de 19% … mais et une diminution du chiffre d’affaires de 4 à 12%. Toutes expériences confondues, l’augmentation de la productivité  des salariés bondit en moyenne de 20% pour un chiffre d’affaires en recul d’autant…  Contradictoire ? Pas nécessairement car si le salarié ne travaille pas plus, il travaille mieux. Et le bien-être du salarié n’est-il pas un élément fondamental pour une entreprise ? Toujours est-il que la méthode ne rebute pas les 20 entreprises qui l’ont utilisée et les 60 centres de recherche dans le monde qui tentent d’adapter cette méthode à différents secteurs (médecine, informatique,...)

Sociabilité et productivité vont de pair

Au cours des années, Sociometric a observé des résultats étonnants. En particulier, ceux obtenus auprès d’une grosse entreprise de voyage en ligne. Les chercheurs s’intéressaient alors à l’interaction des salariés pendant le déjeuner. Une des mesures prédictives majeures de bonne performance a ainsi été découverte : à savoir le nombre de personnes avec qui déjeune un employé. Car plus on est, mieux c’est ! A la caféteria, il a été observé que certaines personnes s’asseyaient avec 3 autres personnes quand d’autres étaient 11 ! Or, ceux qui étaient aux tables les plus nombreuses étaient 36% plus productifs pendant la semaine. Quand l’entreprise avait recours à des licenciements au cours de l’étude, les employés qui déjeunaient sur des grandes tablées étaient 30% moins stressés que ceux qui déjeunaient en plus petit comité. Pour les chercheurs, la grandeur du groupe au cours d’un repas favorise la constitution d’un réseau plus conséquent, permet de récolter plus d’informations sur ce sur quoi travaillent les autres, etc.

 

 

 

 

 

 
Rédigé par Virginie de Kerautem
Journaliste