Stack Overflow, site internet dédié aux développeurs, a publié récemment les résultats de son étude annuelle sur les développeurs en France. Dans un contexte de pénurie des talents du numérique, couplé à un taux de chomâge des jeunes endémique, les résultats de cette enquête pourraient en intéresser plus d’un.

Recherche développeurs désespérément

Développeur. C'est le métier le plus recherché par les recruteurs en France sur Linkedin, selon une étude réalisée pour Le Monde Campus. En septembre dernier, le réseau social professionnel a croisé les données de ses 12 millions d’utilisateurs français et 6 millions d’offres d’emplois et a donné le top 20 des métiers les plus représentés Vs les métiers les plus recherchés. Dans les plus recherchés, figurent en tête les développeurs de logiciels (1er), les développeurs web (2ème), les ingénieurs en système d’information (3ème) et les ingénieurs commerciaux (4ème). Seuls les développeurs de logiciels (1ère place du classement) sont représentés sur le réseau professionnel autant qu’ils sont recherchés. A l’exception donc de cette première catégorie, pas de correspondance entre offre et demande pour les 3 autres catégories championnes de développeurs, ce qui leur confère une position de force sur le marché du travail, en peine face à la pénurie de ces bâtisseurs des autoroutes de l’information du Web », comme les définit Stéphane Boukris, l’un des fondateurs de Ametix, spécialiste en recrutement des métiers du digital, récemment passée sous giron de Docapost, filiale du Groupe La Poste.

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Extrait de l’étude LinkedIn France pour Le Monde Campus (septembre 2016)

Et cette tendance de pénurie des développeurs se confirme en dehors du cadre de Linkedin France. Bon nombres d’études confirment qu’en France, l’offre - nombre de développeurs sur le marché de l’emploi - est bien en deça de la demande - les recruteurs sont en peine quand il s’agit de trouver ces profils “geeks”, trop peu nombreux et donc très courtisés. L’organisme d’étude et de recherche du gouvernement France Stratégie, dans son exercice de prospective sur les métiers en 2022, avait calculé en avril 2015 que « les ingénieurs et cadres techniques de l’industrie, les personnels d’études et de recherche et les ingénieurs de l’informatique pourraient offrir au total 220 000 emplois supplémentaires, soit un taux de création nette de 2 % par an en moyenne”. Le métier de développeur a donc encore de belles années devant lui, et reste très prisé des recruteurs en France.

Portrait type du développeur français

Regardons donc de plus près, l’étude de Stack Overflow qui nous éclaire sur les différents types de métiers de ces professionnels du code, les types d’entreprises dans lesquelles ils travaillent, leur parcours (académique ou non), et leurs centres d’intérêt et motivations dans leur recherche d’emploi. Stack Overflow est une plateforme web réunissant la plus grande communauté de développeurs au monde. Chaque mois, 40 000 visiteurs se rendent sur ce site web où l’on échange sur des problématiques de programmation informatique, sous forme de Q&A notamment. Son étude sur le marché du recrutement des développeurs portait sur 213 pays et territoires allant des Etats-Unis au Pakistan et a mobilisé 64 000 répondants dont 1740 répondants français, ce qui en fait l’enquête sur les développeurs la plus importante au monde, selon ses dires. Dans l’étude Stack Overflow, plusieurs branches de métiers sont rattachées au tronc commun du développement informatique : développeurs web (68,9 %), développeurs d'applications desktop (31,8%), développeurs d’applications mobiles (20,8%), spécialistes DevOps (11,7 %), ingénieurs SI, data scientists (8,7%), designers (2,8%), etc. L’étude précise que plus leur intitulé de poste est spécialisé (Spécialiste DevOps, Développeur avec une formation en statistiques ou mathématiques) plus le salaire moyen est élevé (respectivement 49 699 € et 46 005 €), par rapport à des profils plus généralistes comme Développeurs web (42 073 €).

métiers de developpeur

Développeurs web et développeurs d'applications desktop sont les plus représentés dans la communauté des répondants de Stack Overflow

Ces hommes à 91 % travaillent majoritairement en Ile de France (38,9 %) et dans la région Auvergne-Rhone-Alpes (14,8 %). L’étude établit qu’ils sont 69,1 % à être employés à temps plein (10 % se présentent comme indépendants ou free lances) et sont majoritairement présents dans le secteur des logiciels (21,6 %), dans les services web (19,7%) et dans la finance, la banque et l’assurance (7,8%). Ils travaillent dans des entreprises de toutes tailles, de la start-up au grand Groupe, mais sont majoritairement représentés dans les entreprises de 20 à 99 employés (22%) et celles employant au moins 10 000 personnes (17%). Principalement dans le secteur privé (35,4%), un peu plus de 14 % d’entre eux travaillent dans des start-up. L’étude souligne que ce taux de 14% est plus élevé que celui des autres pays européens ou encore des Etats-Unis. Autre particularité des développeurs français, ils sont les plus diplômés: environ 85% d’entre eux sont au moins titulaires d’un diplôme de niveau bac+2 et 5,4 % sont titulaires d’un diplôme de niveau doctorat, "soit la plus forte proportion au monde", insiste le rapport. Bien qu’ayant des diplômes académiques au dessus de la moyenne, 89,8 % des développeurs français déclarent être au moins partiellement autodidactes (documentation officielle, Q&A, communautés en ligne, ils sont près d’un sur deux à suivre des formations en ligne et 40 % effectuent des contributions open source), et 32 % d’entre eux déclarent avoir appris “sur le tas” en étant en poste. À noter que pour beaucoup, le développement est une passion : 3 professionnels sur 4 codent en dehors des heures de travail sur des projets personnels. Concernant le recrutement, pour choisir les entreprises dans lesquelles ils travailleront, les développeurs français se basent en priorité sur les technologies et langages de programmation avec lesquels ils travailleront (JavaScript, Python, SQL, C++, Java, etc.). Ensuite arrivent dans leurs critères, les opportunités de développement de carrière, l’environnement de travail, et la façon dont les projets sont gérés dans l’entreprise. Pour ce qui est des conditions de travail hors rémunération, les développeurs français sont particulièrement attentifs aux jours de congés (59,3%), possibilités de télétravail (48,1%), au matériel à disposition tel que le type d’ordinateur (44%) , aux prestations de santé (41,3%) et aux horaires de travail (38,4%).

 

autodidactes

89,8 % des répondants français déclarent être au moins partiellement autodidactes

critères de choix d'un emploi

Pour choisir les entreprises qu'ils intégreront les développeurs français se basent en priorité sur les technologies et langages de programmation avec lesquels ils travailleront

Pour ce qui est de savoir comment ils ont trouvé leur poste actuel, ils sont 21,8% à répondre par l’intermédiaire d’un ami, proche ou ancien collègue et 33 % par l’intermédiaire d’un spécialiste du recrutement (interne et externe). Très courtisés, ils consacrent très peu de temps à leur recherche d’emploi, et en changent assez régulièrement. Ainsi il sont 32,8 % à occuper leur poste actuel depuis moins d’un an, 39,8 % à l’occuper depuis 1 à 4 ans tandis que 22,4 % l’occupent depuis plus de 4 ans. S’ils sont plutôt satisfaits de leur emploi, de nombreux développeurs sont actifs ou à l’écoute du marché : 8 % des développeurs sont en recherche active d’un emploi, tandis que 64,2 % se disent ouverts aux opportunités.

 

Aux dires des principaux intéressés-interrogés, et en ligne avec la philosophie des écoles de code gratuites telles que l’Ecole 42 de Xavier Niel, Simplon ou la Web@cademy, plutôt que de regarder l’excellence académique, les critères à privilégier dans le cadre du recrutement d’un professionnel du code seraient plutôt la connaissance des algorithmes, la capacité à développer un programme, la capacité à faire avancer un projet et à bien communiquer sur son travail. Les promotions qui intègrent ces écoles gratuites du web sont évaluées sur l’assiduité, la motivation, la résolution de problèmes algorithmiques lors de sessions d’admission intensives, dites “piscine”. Des makers qui doivent donc apprendre à nager tout seuls et faire preuve d’agilité et de persévérance, des compétences qui ne s’apprennent pas encore suffisamment dans l’école de la République, et qui pourraient former l’armée de développeurs français tant attendue par la révolution numérique, du moins pour quelques années encore.

Rédigé par Oriane Esposito
Responsable éditoriale