L'innovatrice

Regard d'expert

Grace Kraaijvanger

CEO et fondatrice

The Hivery

On pense qu'on a le temps mais ça va vite. Je ne pouvais plus passer une autre seconde sans faire un travail qui me passionnait.

Grace Kraaijvanger en est à sa troisième carrière. « J'ai commencé la danse classique à l'âge de trois ans puis j'en ai fait mon métier jusqu'à ce que j'ai à peu près trente ans. Après avoir eu mon deuxième enfant cela devenait de plus en plus difficile de rester au niveau en tant que danseuse tout en étant présente en tant que mère. » Elle se lance alors dans le marketing et travaille pour plusieurs entreprises de la Silicon Valley comme Intuit et Oracle. « J'étais douée et ça me plaisait mais il me manquait quelque chose. En particulier quand je travaillais à distance, depuis chez moi, je repensais souvent aux répétitions et à l'énergie créative qui s'en dégageait avec les autres danseurs, les musiciens, les décorateurs, les costumiers... » C'est en cherchant à retrouver cette atmosphère que le concept de The Hivery prend forme. Un jour, elle en parle à une amie qui lui dit : « tu m'as parlé de cette idée il y a dix ans, qu'est-ce que tu attends pour la concrétiser ? ». Cela a été le déclencheur. « Je venais de perdre ma mère qui avait vécu avec nous et dont je m'étais occupée. On pense qu'on a le temps mais ça va vite. Je ne pouvais plus passer une autre seconde sans faire un travail qui me passionnait. » L'ancienne danseuse est déterminée, elle n'a pas peur de travailler dur, cela fait partie de son ADN. « Lorsque j'avais 14-15 ans, je vendais des friandises pour pouvoir aller passer l'été dans une école d'art », se souvient-elle. Et puis Grace croit dur comme fer en la nécessité de se réaliser : « On devrait tout avoir ! Ne pas être parfait à tout prix mais exprimer son potentiel au maximum. Si vous ne le faites pas, le monde, la société ne pourra pas profiter de ce que vous pouvez apporter. » Cette envie d'aider les autres dans leur quête d'accomplissement de soi l'a poussée à créer The Hivery, il y a bientôt cinq ans.

Le projet

Un environnement inspirant

The Hivery (de Hive - la ruche en français) est une communauté de femmes entrepreneurs et un espace de coworking. Sa mission ? « Faire entendre, amplifier la voix des femmes. » L'espace est un moyen de « donner forme à un sens plus profond, il est le reflet de nos valeurs, de tout ce en quoi nous croyons pour les femmes, et permet la rencontre et la connexion. » Dès l'entrée, la communauté et ses idéaux s'affichent. Sur le mur de droite, des livres écrits par des membres, sur celui de gauche les photos des femmes, tout sourire, qui font partie de ce réseau, avec leur nom et leur métier. Sur les tableaux, on voit une femme sauter d'un plongeoir, on lit « Be brave, be you (Sois courageux(se) sois toi) ». L'endroit est lumineux, « audacieux et visible depuis la rue, pour encourager les femmes à oser. Commencer un nouveau chapitre dans sa vie peut faire peur mais les ondes et l'énergie qui se dégagent d'un espace peuvent changer l'état d'esprit ou l'état émotionnel d'une personne ». L'agencement, la décoration, « l'esthétique a son importance mais ce qui compte le plus, c'est le sentiment qu'on éprouve dans cette ambiance ». Exactement comme pour la danse « la technique est nécessaire, mais c'est la capacité à transmettre de l'émotion au public qui fait de vous un artiste ». L'environnement de Mill Valley est aussi propice à l'apaisement : « les membres peuvent aller faire une randonnée à midi ». Bref, The Hivery est « bien plus qu'un endroit où poser son ordinateur ». Grace considère que l'isolation peut être négative et qu'au contraire le sentiment d'appartenance à une communauté, le fait de se sentir soutenu, épaulé, encouragé, mentoré peut aider à surmonter sa peur de l'inconnu. L'objectif est que ses 400 membres soient inspirées à créer et à entreprendre. Tous les jours, une cinquantaine de personnes viennent y travailler, des femmes principalement, mais c'est ouvert aux hommes qui se sentent à l'aise dans cette atmosphère féminine. « Je ne crois pas à la discrimination », explique Grace, « mais je crois au mouvement pour les femmes ». Celle qui a dû sortir de sa zone de confort pour ouvrir The Hivery, et a réussi à être profitable la première année, espère faire bénéficier un maximum de personnes de son expérience.

SQ

Jacquelyn Warner - Credits: Raph de marliave

L'impact

400

membres

font partie de 

The Hivery

« Certaines membres ont rencontré leur(s) partenaire(s) professionnel(s) à The Hivery, d'autres leurs clientes ou leurs fournisseurs. » C'est par exemple au sein de ce riche réseau qu'Anne LaFollette et Kim Thompson Steel ont fait connaissance et ont décidé de collaborer sur un projet artistique. Pour faciliter ces interactions, The Hivery accueille aussi des évènements, des ateliers, organise des sessions de méditation, de mentorat, propose des programmes de coaching, des consultations individuelles, reçoit des auteurs.

Et pour avoir un plus grand impact, Grace vient de lancer un abonnement digital disponible partout dans le monde. « Les membres virtuels auront accès à la diffusion en direct ou à l'enregistrement des événements, à l'annuaire des membres, pourront faire appel à leur aide, ou prodiguer des conseils à leur tour et auront aussi ce sentiment d'appartenance à ce concept en lequel ils croient. » Le troisième sommet annuel « Entrepreneur and Inspiration lab », une journée de conférence avec des ateliers pratiques qui aura lieu cette année le 14 octobre, a aussi vocation à inspirer les femmes et à leur donner des outils pour qu'elles osent et qu'elles aient à leur tour un impact.

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Série de rentrée : Les femmes à la conquête de la Silicon...

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Le futur du travail ? « On parle beaucoup de la gig economy, je pense en effet qu'il y aura plus d'indépendants qui voudront exercer un métier qui a du sens pour eux, qui voudront faire la différence. Je crois aussi que les gens veulent reconnecter avec leur créativité. Mais rien ne remplacera le besoin de connexion entre humains, il y aura peut-être plus d'indépendants mais qui auront également besoin d'être entourés. » Grace travaille de chez elle une fois par semaine, parce qu'« il faut trouver son équilibre, pour moi c'est avoir du temps pour soi, et se sentir appartenir à une communauté ». Et dans cinq ans, à quoi ressemblera the Hivery ? « On espère pouvoir ouvrir un deuxième espace très bientôt, dans le Nord de San Francisco. On souhaite rester enracinés dans nos valeurs, s'assurer qu'en répliquant le modèle et en nous étendant progressivement nous gardons l'esprit qui fait notre identité. Pour nous le nombre d'emplacements n'est pas la métrique du succès, ce qui compte c'est l'impact qu'on a. » L'histoire de la ruche et de sa fondatrice est déjà un bel exemple pour les entrepreneurs qui en font partie.

Rédigé par Sophia Qadiri
Responsable éditoriale et journaliste