A l'occasion du SidO, Alain Dufossé, de Pernod/Ricard revient sur la prise en compte des objets connectés par les grands groupes "traditionnels" et la vision du groupe sur leur avenir par rapport au consommateur.

[SidO] Pernod « La faible adhésion aux objets connectés est liée à la pauvreté des expériences proposées »

Entretien d'Alain Dufossé, innovation leader du BIG, cellule d'innovation de rupture du groupe Pernod/Ricard, rencontré à l'occasion de sa participation à une conférence du SidO, événement consacré aux objets connectés.

L'Atelier : Nous parlions il y a quelques mois sur L'Atelier Numérique de votre structure, le BIG (pour Breakthrough Innovation Group), et plus particulièrement de votre projet Gutenberg de bibliothèque à alcools connectée. Où en êtes-vous aujourd'hui ?

Alain Dufossé : Nous allons seulement entrer en phase d'expérimentation afin de confronter ce service à ses futurs utilisateurs. Ainsi, pour cette année 2015, nous allons faire appel à des bêta-testeurs du grand public pour avoir un véritable retour d'expérience. Le but étant de voir quel est le véritable usage qui sera fait de cette nouvelle expérience consommateur, si celui-ci concordera avec ce que nous avions espéré ou si l'utilisateur aura une vision tout autre. Car la principale difficulté lorsque l'on s'attaque aux objets connectés et, plus généralement, à ce genre de technologie de rupture forte est l'adhésion du public.

On peut s'étonner que la phase d’expérimentation ne soit pas terminée, le projet ayant été dévoilé il y a maintenant plus d'un an...

Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'à l'origine, le travail du BIG a une visée moyen/long terme. La structure est externe à l'organisation de Pernod/Ricard et le principe même d'expérimentation s'inscrit dans son ADN. C'est pour cette raison que nous pouvons nous permettre par exemple de proposer très rapidement un prototype d'expérience consommateur et ce, sans pour autant s'attendre à un lancement définitif. Plus qu'un test classique ou un focus groupe, nous préférons confronter nos projets le plus rapidement possible à la réalité de leur environnement, voir ce qui en ressort. A l’instar des start-up nous essayons d’impliquer l’expérience utilisateur dans le cycle de développement du produit.

Vous étiez hier au SiDO pour témoigner des nouveaux usages et des nouvelles chaînes de valeur engendrés par les objets connectés. Qu'est-ce que cela implique pour une entreprise traditionnelle comme peut l'être Pernod/Ricard ?

C'est un véritable challenge puisque cela pousse les marques à elles-mêmes inventer de nouveaux usages, d'effectuer une travail de conceptualisation. Par contre, selon moi, la nécessité de s'adapter à l'usage des objets connectés par les entreprises traditionnelles est une conséquence plus qu'une fin en soi. Leur but est uniquement d'augmenter l'expérience autour de la marque, d'offrir une expérience valorisante, avec un intérêt. Car le problème d'adhésion est toujours là et même si la thématique est porteuse, elle en est toujours à son début. Le consommateur ne verra pas d'intérêt à partager son rythme cardiaque avec une marque. Ce n'est pas ce qu'il désire. L'intérêt est donc dans l'expérience mais pas dans l'objet en lui-même.

Une étude récente laissait entendre que l'année 2015 verrait apparaître l'usage des wearables et plus largement des objets connectés au sein même des entreprises. Quelle en est votre vision pour le groupe Pernod/Ricard ?

Selon moi, l'usage des objets connectés relèvent plutôt de la sphère privée. Le lien entre entreprise et objet connecté n'est pas une évidence, et il n'existe d'ailleurs pas de preuves que cela améliore la productivité. Je pense que tout cela est loin pour le moment et ne correspond pas à l'heure actuelle a un besoin identifié chez Pernod/Ricard. 

Rédigé par Aurore Geraud
Responsable éditoriale